C'était le Bastille Day d'il y a 40 ans.

14 juillet 1979. Cette date est historique dans l'histoire du rugby français car, pour la première fois, le XV de France battait les All Blacks chez eux. Retour sur un exploit énorme.






Un contexte.

C'était une époque où le rugby était amateur, où les tournées étaient longues : la France a disputé 10 matchs dans cette tournée entre les Fidji, la Nouvelle-Zélande, pour finir à Tahiti.C'étaient de vraies aventures humaines qui duraient entre un et deux mois, tradition maintenue seulement dans le cricket.

Le XV de France avait disputé le tournoi 1979 et terminé deuxième derrière les Gallois -qu'ils avaient pourtant battus-. L'équipe avait quand même pas mal changé depuis 1977, surtout après la déception du tournoi 1978. Quelques nouveaux noms étaient apparus dans cette tournée : un jeune centre, futur Frêche-man, nommé Didier Codorniou, un jeune arrière prometteur d'une vingtaine d'années, Serge Blanco. Mais aussi un nouveau talonneur, Philippe Dintrans, flanqué d'un autre jeune loup, Daniel Dubroca.

La tournée avait été longue : les Français avaient disputé 8 matchs (5 victoires, 3 défaites) mais surtout, ils avaient été concassés par les Néo-zélandais une semaine avant à Christchurch (défaite 23-9). Les Bleus avaient tellement été dominés que Jean-Pierre Rives se demandait à quelle sauce ils allaient être mangés le samedi suivant, malgré le réconfort du capitaine black Graham Mourie.

Une autre époque.

Ce rugby de 1979, ce n'est pas celui d'aujourd'hui. L'essai valait 4 points, les ascenseurs étaient interdits sur les touches, les ailiers lançaient les balles en touche là où les Blacks avaient envoyé leur talonneur. Et puis les styles n'étaient pas les mêmes. Les Blacks c'était d'abord un pack redoutable et puissant, un ouvreur qui tapait souvent au pied et des trois quarts qui finissaient le travail quand le pack avait fini d'achever la défense adverse. Les Français ? Ils essayaient au mieux de faire courir le ballon, ce fameux flair qui s'accompagnait d'un pack qui servait de baromètre aux performances de l'équipe de France. D'ailleurs, c'est la façon dont celui-ci s'est fait dominer qui a poussé les sélectionneurs à mettre de la puissance en changeant la deuxième ligne : Alain Maleig, troisième ligne centre, se retrouve en deuxième ligne dans cette optique.

Ce rugby c'est aussi un beau bordel : le rebond du ballon, l'impossibilité presque totale de le maîtriser sur une touche, les mêlées qui se jouent à toute allure -enlevant tout rituel d'ordre hormonal-, le fait que les Blacks n'exécutaient jamais le haka à domicile, tout ça peut nous amuser. C'était aussi le temps des passes rapides, où on ne rentrait pas dedans l'adversaire systématiquement et où on écartait vite (trop vite peut-être) sans fixer, ce qu'on retrouve un peu aujourd'hui dans le XIII. Et pourtant, cela a donné lieu à un des matchs les plus mémorables à l'Eden Park devant 55000 personnes, au bord du terrain.

Le rugby de 1979 c'était aussi un rugby de gabarits normaux : des grands, des gros, des petits, des rapides. Des piliers qui ne touchaient pas un ballon (en tout cas pour le jouer), des troisièmes lignes qui couraient à tout va, des arrières qui donnaient l'impression de transpercer les défenses par leur vitesse. Non ce n'était pas le rugby panzer.

Première mi-temps.

D'entrée, les Bleus affichent leurs intentions, ils sont plus performants que la semaine dernière. Jean-Michel Aguirre ouvre le score mais les Blacks réagissent aussi sur une pénalité de Wilson (3-3). Si les Bleus séduisent par leurs intentions, ils concèdent néanmoins le premier essai sur une offensive des Blacks, après une touche confuse. La balle part à gauche et ressort rapidement dans l'autre sens et l'ailier Wilson (pas l'arrière) qui marque en coin : transformation manquée (7-3) mais on peut se dire que les bonnes intentions françaises sont gâchées par un manque de réalisme, d'efficacité ou de chance.
Cette chance arrive dans les dernières minutes de la première mi-temps. Sur une mêlée, Jérome Gallion se transforme en Superman : il plaque le demi de mêlée, se relève et contre le dégagement de l'ouvreur black Taylor. Il pousse le ballon et va marquer (7-7). Aguirre rate la transformation. Puis juste avant la mi-temps, la tignasse blonde de Jean-Pierre Rives surgit pour provoquer l'action du deuxième essai. L'infatigable capitaine des Bleus accomplit un match énorme, sautant sur tous les ballons. Puis ça part à l'aile avec Costes qui sert Aguirre qui tape à suivre dans l'en-but... et l'ouvreur Alain Caussade surgit devant le pilier black pour aplatir : 11-7 avec un nouvel échec d'Aguirre dans une transformation en coin.

Les Bleus séduisent.

Deuxième mi-temps.

Les Blacks ne tardent pas à réagit à l'entame du deuxième acte : Bevan Wilson ajoute une nouvelle pénalité mais les vingt minutes qui suivent sont totalement françaises. Une magnifique action partie de la touche, un relais de Joinel, une percée du Gavatx (mot compte triple) Codorniou qui slalome dans la défense, Averous au finish pour le troisième essai, encore une fois non transformé (15-10). Les Bleus sont déchaînés. Une nouvelle offensive bleue pousse les Blacks à dégager le ballon en catastrophe. Sur la touche aux 22 néo-zélandais, Alain Caussade ajuste un superbe drop 18-10, ça devient sérieux comme le dit Roger Couderc. Et que dire encore de ce turn-over provoqué par Jean-Pierre Rives, Caussade -homme du match- récupère et sert le jeune Codorniou pour le quatrième essai. Remplaçant Aguerre au but, Caussade réussit la transformation (24-10). Le tout sous les acclamations de la foule néo-zélandaise conquise par ce "french flair" fait d'inspiration, de vitesse et d'enthousiasme.

Malmenés, les Blacks ne peuvent lâcher l'affaire. Ils reviennent à 13-24 sur une pénalité de Wilson puis ils marquent un essai par Mourie, sur une erreur des Français qui est fatale. 19-24, il reste quelques minutes à jouer. Les Bleus vont-ils craquer ? Dernière attaque : les Blacks percent à droite et tapent à suivre dans l'en-but mais l'ailier Costes surgit pour attraper le ballon et dégager en touche en catastrophe. C'est fini, l'exploit est fait.

Que reste-t-il de cet exploit ?

A l'heure où l'équipe de France fait de la muscu pour faire croire qu'elle va jouer au ballon à la Coupe du monde, il ne reste rien. A part la date. L'inspiration français a quasiment disparu sous le coup du professionnalisme et de la bourrinisation du rugby. Notre jeu de passes n'existe plus car il n'est plus fondé sur la capacité de réflexion, d'improvisation des joueurs. De même, le rugby néo-zélandais a bien changé : d'abord basé sur la puissance des avants, il s'appuie sur la vitesse et la relance des trois-quarts, accompagné depuis quelques années par la capacité à imposer son jeu, plus que de contrer par une défense agressive.

Le 14 juillet 1979 c'est d'abord une certaine idée du rugby qu'on a retrouvée aussi 20 ans plus tard, lorsque l'improvisation, alliée à une analyse des failles défensives adverses, ont permis le plus énorme coup du rugby français jusqu'à aujourd'hui. L'arrivée d'un escroc, spécialiste du copiage des autres, à la tête du XV de France a épuisé le capital intelligence du rugby français, qui a fini par s'épuiser en 2015.

Mais soyons honnête. Nous ne sommes plus capables de reproduire des matchs et des exploits pareils. Ceux qui ont semé le doute chez les All Blacks, plus lorsqu'ils affrontaient les Français que face à n'importe quelle autre nation. Mais aujourd'hui, ils n'ont plus peur ; ils sont suffisamment gentils pour dire qu'ils craignent ce genre de matchs mais nos joueurs en sont tout simplement incapables car infantilisés.

Commentaires

Gin Tonic a dit…
A l'époque, il y avait du talent, même chez les Gavatx !

Quand on regarde le match, on a l'impression (et ce n'est pas qu'une impression) que ce n'est pas le même sport que maintenant. Mêlées, touches, rucks, évitement et pas percussion, etc...

99 sera le chant du cygne du french flair.

Aujourd'hui, on joue en seconde division.

Un jour peut-être, on rebattra les Blacks, sur un malentendu...
Tarswelder a dit…
C'était un joyeux bordel où on passait le ballon le plus vite possible. Et là où le ballon traînait, tu avais Jean-Pierre Rives qui se jetait dessus.

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