jeudi 1 décembre 2016

Championnat du monde d'échecs. Carlsen-Karjakin. Le match partie par partie (1 à 16). Carlsen conserve son titre dans le tie-break

Vendredi 11 novembre se disputera la première partie du championnat du monde d'échecs entre Magnus Carlsen (Norvège) et Sergey Karjakin (Russie). Voici une courte présentation, qui sera suivie du commentaire succinct des parties jouées.




Le lieu.

New York a accueilli les premières parties du premier championnat du monde entre Steinitz et Zukertort en 1886. Elle a déjà accueilli plusieurs fois le match suprême (en 1907 Lasker-Marshall, 1990 le dernier match Kasparov-Karpov partagé avec Lyon et le match Kasparov-Anand en 1995 dans les salles du World Trade Center).

Les protagonistes.

Magnus Carlsen (Norvège), 26 ans à la fin du mois. Champion du monde depuis 2013, il a conservé son titre en 2014 contre le même adversaire, Vishy Anand. Numéro un mondial (2853 au 1er novembre) depuis 2010, Carlsen a gagné trois tournois cette année : Wijk aan Zee, le Norway Chess Classic et la finale du Grand Chelem à Bilbao. Ajoutez une victoire dans le tournoi semi-rapide de Louvain et le champion norvégien a été bon cette année.

Son challenger est Sergey Karjakin, de 10 mois son aîné. Né en Ukraine (à l'époque encore en URSS), Karjakin a rejoint la Russie depuis 2009. Il est le plus jeune joueur de l'Histoire à avoir conquis le titre de grand-maître international ; il l'a obtenu à 12 ans (contre 13 pour Carlsen). Actuel numéro 9 mondial (2772 au 1er novembre) , il a remporté le tournoi des candidats en 2016 mais il a d'autres trophées à son palmarès : la Coupe du monde 2015, deux Norway Chess Classic (2013 et 2014 à chaque fois devant Carlsen) et le tournoi de Wijk aan Zee.

Le bilan avant le match : 20 parties longues jouées, 4 victoires à 1 pour Carlsen, qui a gagné récemment à Bilbao contre Karjakin.

Les conditions du match.

Les deux joueurs s'affrontent sur 12 parties longues. Le premier qui marque au moins 6,5 points est déclaré champion du monde. En cas d'égalité 6-6, on procédera à une série de matchs de départages en cadence semi-rapide puis en blitz. Et si l'égalité persiste, on départagera les finalistes par un blitz "Armageddon" : les Blancs ont l'avantage au temps (5 minutes contre 4) mais ils doivent gagner alors que les Noirs sont vainqueurs même en cas de match nul.

A noter que le président de la FIDE Kirsan Iloumjinov n'assiste pas au match. En effet, il est poursuivi par le fisc américain.

Les parties.

Retrouvez ici l'analyse des différentes parties au jour le jour

Partie 1 (vendredi 11 novembre).

Carlsen a tiré les Blancs. Ils les aura dans les parties 1,3,5,8,10 et 12. Il décide de jouer une ouverture, à ma connaissance, jamais jouée en championnat du monde. Il surprend certes Karjakin, qui prend beaucoup de temps au début, mais l'avantage que le Norvégien acquiert est bien trop petit pour qu'il soit exploitée. Fidèle à l'école soviétique, Karjakin est fort techniquement et il défend sans trop de difficultés une position assez fade. Les deux joueurs finissent par annuler.


Carlsen : 0.5 Karjakin : 0.5


Partie 2 (samedi 12 novembre)

Karjakin a les Blancs. L'ouverture est une partie Espagnole fermée jouée sans beaucoup d'ambition par les Blancs. Carlsen égalise assez facilement; L'avantage d'espace des Blancs ne suffit pas au Russe pour inquiéter le champion du monde et la partie se termine rapidement par un match nul.

Karjakin : 1 Carlsen : 1


Partie 3 (lundi 14 novembre)

Enfin une partie où il se passe quelque chose. Après un début de partie où Karjakin a neutralisé les Blancs, le Russe pêche par excès d'optimisme et Carlsen prend l'avantage. Néanmoins, il ne semble pas trouver la bonne voie et le Russe est tout proche de la nulle, sauf qu'il commet deux erreurs. Mais Carlsen ne trouve pas la réfutation et après le sacrifice de pièce des Noirs, la partie se termine par la nullité.

Carlsen : 1.5 Karjiakin : 1.5

Partie 4 (mardi 15 novembre)

Un deuxième petit miracle pour Sergey Karjakin. Dans une Espagnole, il construit quelque chose pour attaquer le roi mais il fait un mauvais choix et la position se retourne contre lui. Carlsen a la main et la finale est clairement en sa faveur. Sauf que le champion du monde est victime du même phénomène que tous les joueurs d'échecs : la position est gagnante en apparence (les ordinateurs donnent une évaluation de ce genre aussi) mais il n'y a pas le moyen d'entrer dans le camp adverse. Résultat, au bout de six heures de combat, la partie est nulle.

Karjakin : 2 Carlsen : 2

On peut s'interroger sur les points suivants :
- Comment Carlsen peut-il rater de conclure deux positions avantageuses, lui qui est si fort dans ce domaine ?
- Comment Karjakin se retrouve-t-il dans des positions où il doit défendre pendant des heures ?

Heureusement qu'il y a le jour de repos du mercredi.

Partie 5 (jeudi 17 novembre).

Karjakin relève la tête. Après avoir égalisé avec les Noirs, le Russe prend une petite initiative que Carlsen arrive à neutraliser. Le Norvégien, au lieu de se contenter de la nulle, joue de manière trop négligente mais il s'en sort sur un jeu imprécis du Russe. La partie se termine par un match nul.

Carlsen : 2.5 Karjakin : 2.5

Partie 6 (vendredi 18 novembre)

Pas grand-chose à signaler dans cette partie. Les deux joueurs reprennent la 4è partie mais Carlsen sacrifie un pion en échange de l'activité et d'un peu plus d'espace. Cela suffit à égaliser. Karjakin n'insiste pas et les deux joueurs filent vers la nulle.

Karjakin : 3 Carlsen : 3

On peut être déçu du spectacle à mi-parcours sans victoire. Mais il y a eu un peu d'action. Carlsen a manqué sa chance mais Karjakin essaie surtout de ne pas se compromettre et de saisir des opportunités (ce qu'il aurait pu faire dans la partie 5).

Des championnats du monde qui commencent ainsi, il y en a eu pas mal. En 1995, Kasparov et Anand ont commencé par 8 nulles. Karpov et Kortchnoi en avaient commencé par 7 en 1978 mais il y avait eu pas mal de mouvements. Enfin plus récemment, entre Anand et Gelfand en 2012, on avait commencé par 6 nulles aussi. Samedi est jour de repos et dimanche soir, Karjakin doublera les Blancs. Jusque-là, il n'a pas réussi à prendre un avantage quelconque en jouant en premier. Continuera-t-il d'affronter Carlsen dans la même variante de la partie espagnole ?

Partie 7 (dimanche 20 novembre)

Karjakin double les Blancs pour la deuxième partie du match. Il joue 1.d2-d4 et la partie transpose dans un gambit-dame accepté relativement aride. Le champion du monde néglige un coup et se fait surprendre par une "petite combinaison" qui donne l'avantage au Russe. Mais il choisit la bonne solution : plutôt que défendre une finale inférieur avec les fous de même couleur à égalité de pions, il préfère donner un pion mais entrer dans une finale avec les fous de couleur opposée -dont vous savez le haut facteur de nullité-. Karjakin aurait pu insister davantage mais il ne continue pas. La nulle est rapidement conclue.

Karjakin : 3.5 Carlsen : 3.5.

Partie 8 (lundi 21 novembre)

Karjakin a-t-il repris la méthode de Tigran Petrossian (champion du monde de 1963 à 1969) ? A force d'annuler, il met les nerfs de son adversaire à vif et celui-ci craque. C'est en tout cas ce qui s'est passé. Carlsen choisit encore une ouverture secondaire avec les Blancs et il essaie de construire quelque chose. Le Norvégien force, force et force. Il s'en sort déjà avant le contrôle du temps au 40è coup mais il pense qu'il peut gagner et il gaffe. Le challenger ouvre le score contre toute attente et avec les Noirs. Au vu de l'attitude de Carlsen après la partie, l'usure est la stratégie de Karjakin, qui n'a rien fait dans ce match.

Carlsen : 3.5 Karjakin : 4.5

Partie 9 (mercredi 23 novembre)

Le sens du match a tourné nettement en faveur du Russe. C'est Karjakin qui passe près d'une deuxième victoire. Carlsen sacrifie (encore avec les Noirs) un pion dans l'ouverture pour de l'activité mais il n'obtient qu'un léger désavantage. Pis encore, il commet une erreur qui aurait pu donner une position gagnante à Karjakin mais le champion russe choisit une ligne apparemment sûre et gagnante mais qui ne gagne finalement pas. Carlsen s'accroche et arrache le demi-point qui le maintient en vie.

Karjakin : 5 Carlsen : 4

Partie 10 (jeudi 24 novembre)

Une partie étrange mais un vrai tournant dans ce match. Après un début relativement tranquille, Carlsen se compromet par un coup (Fxe6) qui s'avère une erreur tactique. Même si, à froid, cela n'est pas si évident, les Noirs auraient pu forcer la nulle ou, si les Blancs la refusent, ils auraient pu mettre le champion du monde dans une situation où il aurait dû d'abord se battre pour ne pas perdre. Après cette séquence dramatique autour du 20è coup, Carlsen prend patiemment l'avantage, mine de rien. Karjakin se défend pied à pied mais sa position se dégrade et quand le Norvégien décide d'ouvrir le jeu, sa situation devient désespérée. Le champion du monde finit par s'imposer et par égaliser au score.

Carlsen : 5 Karjakin : 5

Partie 11 (samedi 26 novembre)

Faut-il jouer pour le gain ou non ? Faut-il tout miser sur les prolongations de mercredi ? Sergey Karjakin a répondu oui ; s'il gagne avant la limite, c'est parce que Carlsen se sera compromis. Il reprend l'ouverture de la deuxième partie et il n'obtient pas grand-chose. Carlsen est même actif et il tente de prendre l'initiative. Le Russe défend relativement tranquillement mais on aura pu voir que Carlsen a retrouvé le moral après sa victoire de jeudi.

Karjakin : 5.5 Carlsen : 5.5

Partie 12 (lundi 28 novembre).

Carlsen n'a pas cherché à jouer pour le gain et Karjakin a défendu simplement, le temps que tout le monde s'accorde sur les échanges de pièces. On s'expliquera mercredi pour les départages.

Carlsen : 6 Karjakin : 6

Le tie-break. (mercredi 30 novembre)

Le jour où Carlsen fête son 26è anniversaire, le départage se déroule de la façon suivante : 4 parties sont jouées où les joueurs ont 25 minutes pour jouer plus 5 secondes par coup. Si l'égalité persiste, on dispute une série de parties blitz. Et si la parité persiste on dispute un "blitz Armageddon" : les Blancs ont 5 minutes pour gagner et les Noirs 4 minutes pour faire nulle ou gagner.

Cette fois, le playoff est à sens unique : après une nulle sans histoire dans la 1ère, Carlsen domine complètement la deuxième mais il rate le gain. Va-t-il s'effondrer à force de se casser le nez contre Karjakin ? Non, le Norvégien fait montre de ses nerfs et de ses qualités de champion car il gagne en force les parties 3 et 4.

Même s'il n'a pas été en grande forme, Carlsen a mérité de gagner le championnat du monde. C'est lui qui a fait, seul, le jeu. Karjakin a passé son temps à défendre et n'a jamais lutté pour prendre l'avantage. Je pense que le monde des échecs se serait singulièrement attristé qu'une telle façon de jouer l'emporte sur Carlsen. Dommage pour Karjakin, qui a certainement laissé passer le match en ratant la nulle dans la partie 10. Carlsen remporte 525000 $ (en fait 550 000 moins les 25 000 $ d'amende qu'on lui a infligées pour avoir zappé la conférence de presse de la 8è partie alors qu'on l'a fait poireauter, et qu'il venait de perdre). Karjakin gagne 450 000 $

Les parties du tie-break


19 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Un début en douceur.
A priori, Carlsen est largement favori.

Tarswelder a dit…

Ce ne sera pas un match avec de grandes envolées.

Gin Tonic a dit…

Pour l'instant, c'est sur.

Gin Tonic a dit…

La partie des occasions manquées pour Carlsen.

Tarswelder a dit…

Quand je suis allé me coucher, j'ai cru que Carlsen allait gagner. Mais c'est rare qu'il laisse échapper une occasion.

A noter les commentaires de Judit Polgar sur le site officiel. La meilleure joueuse de tous les temps commente bien ce match.

Mais ce soir, Carlsen pourrait bien concrétiser cette fois-ci.

Bibbip78 Chess a dit…

Bonjour messieurs,

Juste une petite erreur de plume, Kariakine a le même âge que Carlsen (26 tous les deux).

Je rejoins Tars sur le manque d'ambition du Russe dans les parties jouées.

Par contre, sur les parties 3 et 4 qui se sont soldées par la nulle, s'il est vrai que les deux positions étaient durs à tenir, il n'y avait pas, à ma connaissance, de gain forcé.
Je sais qu'il faut se méfier des évaluations de l'ordinateur, mais il me semble qu'à aucun moment Carlsen n'a dépassé le +1 dans les parties 3 et 4, ce qui montre que même s'il était "légèrement mieux" (la plupart du temps) ou très rarement "beaucoup mieux" que son adversaire la conversion était loin d'être une partie de plaisir.

J'ai hâte de voir le match de ce soir car Carlsen vantait les qualités de défenseur de son adversaire pendant la conférence de presse d'ouverture, et du coup, je me demande si psychologiquement il ne surestime pas un peu trop le russe. La 5ème partie sera une nouvelle partie, est-ce qu'il sera assez fort pour passer outre les deux occasions manquées, se remobiliser, et recommencer une partie à égalité pour tenter à nouveau de prendre un petit avantage et convertir. On va voir s'il a du caractère.

Tarswelder a dit…

Carlsen fêtera ses 26 ans le 30 novembre.

Sinon, dans la partie 3, les chances de gain de Carlsen étaient bien plus évidentes que dans la partie 4. Comme je l'ai écrit dans les commentaires, l'ordinateur tourne tourne mais ne fait que répéter les coups (mon ordi donne une évaluation de +2 dans la finale de la partie 4 sans démontrer le gain). A mon avis, Carlsen a commis des imprécisions dans la partie 4 en prenant le pion h4 contre d6.

Karjakin ne fait que défendre. Certes il défend bien mais jamais il ne se crée des chances de gagner. A force, il va craquer. Carlsen doit maintenir la pression et ne pas simplifier trop vite la position. Car il y a un moment dans le jeu où le Russe se déconcentre et se met en difficulté.

Bibbip78 Chess a dit…

Sur la question de l'âge je faisais référence au passage où vous disiez que Kariakine est de 10 ans l’aîné de Carlsen.

Je trouve que la partie 5 est assez révélatrice de la confusion actuelle dans l'esprit du champion du monde. Carlsen joue de temps en temps l'italienne, avec quelques beau succès mais c'est pas une ouverture réputée très ambitieuse. Pourtant, la manière dont il l'a joué hier (poussée prématurée et hyper extension des pions à l'aile dame) m'a donné l'impression qu'il essayait d'obtenir un avantage dès l'ouverture et de prétendre à un avantage d'espace alors qu'il s'est avéré que cette avancée de pions non soutenue par un développement de pièces, a plus constitué une faiblesse qu'une force. Heureusement pour lui qu'après Cxe4 du Russe, il a trouvé les meilleurs coups de l'ordinateur sur une suite de 4, 5 coups ce qui lui a permis d'être juste un peu moins bien, mais il a du défendre.
Ce n'est que mon interprétation évidemment, et tout rentrera dans l'ordre s'il gagne la prochaine avec les noirs, mais j'ai l'impression qu'il joue "à l'envers" : lui qui est brillant pour "masser" ses adversaires dans des positions égales au sortir de l'ouverture jusqu'à ce qu'ils craquent, là il n'arrive pas à convertir des finales où il est mieux et sa partie d'hier avec les blancs me donne l'impression qu'il a forcé les choses pour obtenir un avantage dès l'ouverture dans l'italienne. Tout le contraire de d’habitude.
Je me demande vraiment si la peur n'a pas changé de camp. Surtout que Kariakine va avoir deux fois de suite les blancs. Il va se passer un truc ce soir.

Bibbip78 Chess a dit…

Bon, bah, il ne s'est rien passé.

Bibbip78 Chess a dit…

Kariakine encaisse le premier point ! On peut espérer un peu d'action dans les parties à venir avec Carlsen au pied du mur.

Gin Tonic a dit…

Carlsen est en hibernation...

Bibbip78 Chess a dit…

Fin de la période d'hibernation, Carlsen remporte la 10 ème partie et revient à égalité.

Bibbip78 Chess a dit…

Quand Carlsen joue Ce2 et que Cxf2 des Noirs forçait la nulle, Karjakin a expliqué en conférence de presse qu'une variante lui posait problème alors que si on regarde la vitesse à laquelle il a joué le coup suivant, on a vraiment l'impression qu'il a fait "confiance" au Norvégien en se disant s'il m'autorise le coup évident Cxf2 c'est que ça ne doit pas marcher (Partie 10).

Bibbip78 Chess a dit…

Oups c'est pas Ce2 mais bien Cd2. Et je viens de vérifier Karjakin à mis moins d'une minute pour jouer d5 au lieu de Cxf2. C'est impossible de calculer sérieusement Cxf2 en moins d'une minute.

Tarswelder a dit…

De toutes manières, Karjakin avait prévu de jouer d6-d5 sur Cd2. Le coup ne lui a pas paru suspect puisqu'il l'avait envisagé dans ses calculs du coup précédent.

Par contre, il y a quand même une erreur de la part de Karjakin. S'il s'était souvenu de la 6è partie du match Carlsen-Anand de 2014, où Carlsen gaffe et Anand ne trouve pas la réfutation simple, il devait se méfier de ce genre de coups qui est très engageant.

Carlsen fait des fautes mais il en fait moins que les autres et comme le disait Tartacover, il gagne parce qu'il commet l'avant-dernière faute.

Bibbip78 Chess a dit…

Les rapides de départage avaient un incrément de 10 secondes et non 5.

Kariakine s'est battu avec ses armes. Carlsen lui était supérieur dans quasiment tous les secteurs de jeu, à l'exception peut être des ouvertures (quoi que ça se discute car il n'a jamais rien obtenu de significatif au sortir de l'ouverture). Ce n'était donc pas à lui de faire le jeu. La pression était du côte du champion du monde, et il a réussi à le faire douter jusqu'à le pousser à la bourde qui lui a permis de gagner la première partie.

Là où quelque chose ne va pas c'est sur le format de jeu. Limiter le championnat du monde à 12 parties lentes c'est stupide en terme de qualité de jeu. Trop de conservatisme de la part des joueurs et surtout du joueur réputé moins fort. Ce serait beaucoup mieux de dire que le champion est celui qui arrive à X victoires car ça force les joueurs à être un peu plus ambitieux. L'inconvénient de "X victoires" c'est qu'on ne sait pas quand ça se termine (Cf Karpov c/ Kasparov) et du coup d'un point de vue marketing c'est moins vendeur et on sait à quel point les échecs ont deja du mal à se valoriser financièrement, mais franchement un championnat du monde qui se décide en rapide ça n'a pas de sens.

En tout cas, Kariakine, qui n'était pas dans le top 10 mondial avant cette rencontre à démontrer que Carlsen, qu'on croyait intouchable, est un colosse aux pieds (mental?) d'argiles.

Tarswelder a dit…

Je penche pour 16 parties mais en supprimant des jours de repos. Pour moi, le match doit durer 3 semaines (disons 4-5 jours de repos).

Ah vaste débat. Mais comme la nulle existe aux Echecs, on ne peut pas faire comme au go où le komi accordé est compté en demi-point.

Le championnat à X victoires a largement montré ses limites pour le haut niveau qui est celui d'aujourd'hui. Autant, il y a un siècle, cela avait du sens car les nulles étaient peu nombreuses, autant cela constitue un vrai problème d'organisation.

Un championnat du monde qui se joue en rapide ça n'a pas de sens ? Peut-être, je n'en suis pas sûr mais les propositions de Seïrawan sont carrément injustes. Les rapides sont les prolongations ou les tie-breaks. Mais instaurons une règle simple : la mort subite. Le premier qui gagne une partie gagne le match. Et encore, je trouve que la cadence choisie permet aux joueurs d'avoir une vraie réflexion. Jusque-là, on a fini par éviter de jouer un championnat du monde en blitz et pire, en armageddon.

Je préfère que les joueurs s'expliquent devant l'échiquier que par un quelconque règlement administratif.

Karjakin a fait un beau match mais surtout il n'a rien fait. Si Carlsen avait été plus précis, le match était plié après la partie 4. Le Norvégien n'a sans doute pas fait la préparation la plus optimale qui soit, mais c'est aussi sa personnalité et ce qu'on aime. Lui, il aime sortir des sentiers battus, il est quelqu'un qui n'est pas comme les autres. C'est un pur talent naturel, bien plus que les rivaux de sa génération. Après, c'est un peu comme les gens doués comme l'était Capablanca : il est tellement supérieur qu'il ne fournit peut-être pas les efforts nécessaires. Le Cubain l'avait payé contre Alekhine, qui l'avait attaqué. Karjakin a commis l'erreur de jouer les rapides comme il a joué les parties longues. Mais était-il vraiment capable de faire autre chose ?

Quant à la fragilité de Carlsen sur le plan mental, on peut le souligner mais on peut aussi relever que c'est aussi sur le plan mental qu'il a gagné le match. Parce qu'il aurait pu exploser après la partie 8 et le deuxième départage qu'il ne gagne pas. Non, il s'est remis en avant et il a enfoncé Karjakin, qui était au bout du bout.

Bibbip78 Chess a dit…

Sur la question du jour de repos je vous rejoins totalement, un jour de repos toutes les deux parties c'est trop, à mon sens, à cause des ordinateurs.

Beaucoup de gens pensent que le module a révolutionné les ouvertures, en réhabilitant des variantes réputées mauvaises, et c'est vrai, mais surtout l'ordinateur a permis aux joueurs de défendre mieux. Avec le module "c'est moche (visuellement) mais ça tient". Combien de fois je suis rentré de match officiels en me disant telle position est archi gagnante pour telle couleur, et l'ordinateur trouve la parade avec un coup d'apparence anodin que ni moi ni l'adversaire n'avaient envisagé. Donc, enlever un jour de repos ça fait entrer une dimension physique aux échecs, la résistance. Un bon joueur ne serait pas seulement un bon joueur d'échecs mais un bon joueur tout court avec des qualités physiques et mentales notamment. Les échecs seraient d'autant plus un sport.

Pour Seïrawan, si vous faites allusion à sa proposition d'un nombre de parties impaires et victoires, en cas de nul au total, de celui qui a eu le plus les noirs, je trouve ça d'une profonde débilité. Ce qui est d'autant plus étonnant que c'est un mec que je trouve absolument génial et très pédagogue (j'ai vu ses vidéos sur le site d'échecs de Saint Louis et je regarde dès que je le peux ses live notamment sur grand chess tournament).

Sur la comparaison Carlsen / Capablanca, c'est vous le spécialiste historique mais je ne pense pas que Carlsen ait une vie aussi dissolu que Capablanca. Carlsen est très entouré par sa famille, et pratique beaucoup de sports différents.

En revanche, je comprends qu'à 26 ans, le mec a dédié toute sa vie aux échecs, il est sur le toit de monde : champion du monde en battant Anand puis défense de son titre. Difficile à cet âge de trouver de la motivation, le mec est déjà dans la légende du jeu. C'est cet aspect mental qui consiste à comprendre que le plus dur c'est pas d'arriver au sommet mais d'y rester que je critique.Sa motivation devrait être là.

Quand il manque le gain dans la 2ème partie rapide mais qu'il gagne la 3ème, pour ma part je n'y vois pas un sursaut d'orgueil, je n'y vois pas la conséquence d'un gros mental, il a juste continué ce qu'il sait faire comme d'habitude c'est KARIAKINE qui a laché. Pour moi Carlsen ne s'est pas transcendé dans la 3ème.

Tarswelder a dit…

Petite précision. En comparant Carlsen et Capablanca, je parlais uniquement de talent, pas de mode de vie. Carlsen a un mode de vie tout à fait sain et il est bien entouré.

Carlsen n'a jamais dévié de son plan de jeu mais en se heurtant sans arrêt à Karjakin, il aurait pu craquer dans les prolongations. Il a été déterminé comme jamais et je pense que Karjakin ne pouvait plus tenir. On voit bien que dans la troisième partie, il lâche petit à petit.