samedi 31 janvier 2015

Quel bilan pour Bud ?

Le dimanche 25 janvier, une page dans l'histoire de la MLB se tourne. William H. "Bud" (dit Moumouth man pour votre serviteur) quitte ses fonctions de commissaire de la MLB après plus de 22 ans d'exercice. Que doit-on retenir du travail de Selig ?


Bud Selig, au micro, a laissé la main à Rob Manfred à la tête de la MLB.



Bilan économique

En chiffres bruts, la MLB a accompagné la formidable expansion des ligues sportives depuis les années 1990. La ligue est passée de 1,7 milliards de $ à 9 milliards aujourd'hui en terme de valeur. La MLB a largement bénéficié de la hausse des droits publicitaires et de la croissance des affluences, jusqu'à la crise des subprimes. En conséquence, les salaires des joueurs ont gonflé et les stars signent des contrats qui dépassent largement les 100 millions de $ (325 millions pour Giancarlo Stanton des Marlins de Miami ou 210 millions pour le nouveau lanceur des Nationals Max Sherzer sont les exemples signés cet hiver). Pour le moment, parce que la MLB se porte bien, il n'y a pas de plafond salarial, qui limiterait ce type de contrats.

Pourtant, Selig a été très critiqué sous cet aspect. Les Montréalais ne lui disent pas merci : il a tout fait pour délocaliser les Expos, confiant la franchise au prédateur Jeffrey Loria, avant que la MLB ne la reprenne puis la vende à des actionnaires qui ont déménagé la franchise à Washington (pour devenir les Nationals). Les Twins du Minnesota ont failli connaître le même sort -vers la Caroline du Nord- en 2002 mais c'est le rejet du projet de construire un stade qui a stoppé le processus.

Pourtant sur le plan économique, tout n'a pas été simple : à l'été 1994, les joueurs déclenchent une grève pendant la saison régulière et la fin de celle-ci et la Série mondiale ont été annulées (une première depuis 1904). Mais les conséquences ont été telles sur l'image de la ligue que tout le monde a cherché à éviter ça. Alors que les conflits se sont multipliés dans les années 1970-80, Selig a évité qu'un autre se reproduit depuis 20 ans (alors que les autres grandes ligues ont été touchés par des conflits plus ou moins durs).

Bilan sportif.

Selig n'a pas fait grand-chose pendant les trois quarts de son commissariat en matière sportif. Sauf si on inclue l'expansion de la MLB à 30 équipes depuis 1997 et la délocalisation des Expos à Washington. Néanmoins le commissaire a soutenu des initiatives qui sont couronnées de succès, même s'il y a encore des critiques -ce qui est normal car le baseball est un sport dont les amateurs sont extrêmement conservateurs- : l'introduction des matchs interligues en saison régulière, qui s'est étendue avec l'arrivée de Houston de la ligue nationale à la ligue américaine, l'augmentation du nombre d'équipes qualifiées pour les playoffs de 4 à 5 par ligue. L'introduction de la vidéo est presque, à elle seule, une révolution des mentalités. Autre changement : le match des étoiles entre les ligues déterminera celle qui recevra en série mondiale (et non plus en alternance).

Et puis, si certains regrettent, c'est la fin des dynasties : ces équipes qui écrasent leur décennie sans concurrence. La dernière a été celle des Yankees de la fin des années 1990 mais depuis 2000, aucune équipe n'a gagné deux séries mondiales consécutives, même si les notions de dynastie peuvent s'étendre avec les succès des Giants (2010,2012,2014). En tout cas, tout le monde peut avoir sa chance, à un moment comme les Royals de Kansas City ont pu le montrer l'année dernière.

Selig et le dopage.

C'est un des gros points noirs de son bilan. Les années 1990 ont été celle de l'usage généralisée des stéroïdes et les performances offensives en sont devenus aberrantes (à l'image de Bonds, Sosa et Mc Gwire). Jusqu'à 2003, rien n'était fait pour stopper cette pratique (que tout le monde connaissait, journalistes inclus) et Selig n'a pas bougé. Le rapport Mitchell en 2007 a été particulièrement dur pour Selig : accusé de négligence, certains membres du congrès américain ont réclamé son départ pour avoir laissé faire.

Mais depuis, Bud Selig, face au syndicat des joueurs qui freine toujours un peu, a mis en place une politique de lutte, qui paraît dérisoire comparativement aux standards internationaux, mais qui a le mérite de montrer que la MLB ne reste pas inactive. La mise en place de sanctions s'est peu à peu alourdie et des scandales révèlent les pratiques des stars de la MLB (Alex Rodriguez a été suspendu toute la saison 2014 dans le cadre de l'affaire Biogenesis). Evidemment c'est loin des deux ans de punition mais par rapport aux autres ligues, ce n'est pas si mal.

Selig part et Manfred arrive.

C'est son adjoint, Rob Manfred, qui succède à l'ancien propriétaire des Brewers de Milwaukee. Cet avocat est spécialisé dans le droit du travail et sa compétence était particulièrement appréciée lorsqu'il s'agit de négocier les conventions collectives. Le nouveau commissaire, âgé de 56 ans, a quelques défis devant lui :

- Gérer les problèmes à Oakland et Tampa Bay. Ces deux équipes ont des affluences affreuses (et même pire que les Indians pour les Rays) et veulent un autre stade. Les A's veulent déménager vers Sacramento et les Rays veulent aller dans une autre banlieue de Tampa Bay que St Petersburg. A tel point que pour les Floridiens, on envisage une possible délocalisation à terme. Montréal est déjà sur les sentiers. L'absence de plafond salarial contente tout le monde : les gros attirent avec de gros contrats, les petits peuvent toucher des compensations et ils ne font plus du "tanking" comme avant (les Pirates, grands spécialistes de l'incompétence pendant deux décennies, ont atteint les playoffs ces deux dernières années).

- Accélérer le jeu. Les critiques sont de plus en plus nombreuses sur l'importance des temps morts dans un match de baseball. Selig a lancé l'expérimentation d'une limitation de temps entre deux lancers, dans la ligue rookie d'Arizona. A priori, le résultat serait positif mais il reste à savoir si l'instauration d'un chronomètre et l'application stricte d'une sanction (le tennis en prévoit mais on ne le fait jamais) sera possible. Il faudra attendre au moins 3-4 ans avant de voir cette expérience étendue aux ligues majeures.

- La popularité du jeu. Entendons-nous bien : le baseball reste le "national pastime" mais on constate que ce sport est de moins en moins populaire chez les Noirs (qui préfèrent le basket) alors qu'il est en progression chez les latinos. Manfred a évoqué l'importance de resserrer le lien avec les jeunes et les amateurs. Cela passe sans doute par l'accélération du  jeu et par une politique de détection plus importante, notamment en collaboration avec les ligues mineures (qui dépendent plus ou moins de la MLB) et les ligues indépendantes.


- Le dopage. La lutte contre le dopage n'est évidemment pas terminée et Manfred devrait suivre la ligne. Il reste à aller plus loin car après l'affaire Biogenesis, la MLB a découvert, après l'affaire BALCO qui était plus globale, qu'il existe désormais de vrais réseaux de dopage dans la MLB et que ce n'est plus seulement une multitude de cas isolés.

13 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Un bilan finalement assez mitigé.

Tarswelder a dit…

Oui enfin c'est un peu dur. Il a pris la tête de la MLB à une époque où le baseball était en perte de vitesse, surtout avec les histoires de drogue et en plus avec les successions incessantes des commissaires.

Après, il a été poussé à lutter contre le dopage mais Selig a plus fait lors des 5 dernières années qu'en 40 ans du baseball majeur. Les fans américains sont extrêmement conservateurs ; c'est dire quand même qu'il essaie de faire bouger les choses.

Si j'avais écrit cet article il y a 3-4 ans, j'aurai eu un ton différent.

A son crédit aussi on peut évoquer la Classique mondiale, coupe du monde de baseball, qui relance aussi l'intérêt pour les équipes nationales.

Gin Tonic a dit…

Plus d'hégémonie des Yankees à cause de lui !!

Sinon, comme tu le dis, la MLB a accompagné l'explosion économique des ligues majeures Elle l'aurait fait avec ou sans lui. Mais, peut être peut on mettre à son crédit la bonne santé financière qui dispense d'un salary cap.

Concernant la lutte anti dopage, il a certes fait nettement plus que les autres ligues majeures, mais il aura fallu qu'il soit montré du doigt pour qu'il se décide à bouger.

Il a en effet fait des bonnes choses, mais j'ai l'impression que c'est plus grâce (expansion économique) ou à cause (lutte contre le dopage) des circonstances que de sa propre volonté.

Tarswelder a dit…

Tu as raison. Mais au moins il l'a fait.

Quand tu sais à quel point le conservatisme est énorme dans le monde du baseball, tu te dis que changer un peu les choses est déjà une avancée.

Qu'est-ce qu'il y a eu des volées de bois vert quand on a introduit la règle du frappeur désigné en 1973. Et quelle révolution a été l'introduction des matchs interligues.

Quant aux Yankees, ils peuvent s'en prendre à eux-mêmes. Ils se sont sabordés en 2004 contre Boston et ce n'est pas cette année qu'ils gagneront.

Gin Tonic a dit…

On attendra des jours meilleurs pour les Yankees....

A ton avis, pourquoi ce conservatisme aussi important en MLB par rapport aux autres ligues ?

Tarswelder a dit…

Le baseball est profondément ancré dans la culture américaine. C'est le premier sport réellement américain. Les Américains sont très attachés à une tradition et on n'y touche pas comme ça.

Ensuite parce que les dirigeants ont été de grands conservateurs, des puritains. C'est un peu l'esprit des premiers colons qui l'emporte.

Maintenant, le milieu des propriétaires et des joueurs a changé. On cherche davantage la rentabilité du sport et avec la médiatisation, il faut s'adapter. D'où l'enjeu sur la réduction de la durée des matchs, qui rend le baseball parfois lourd à suivre.

Gin Tonic a dit…

Vont quand même pas créer des tie break comme au tennis ??

Tarswelder a dit…

Non. Au Japon, il existe le match nul mais il s'agit de réduire le temps de pause entre les manches et entre les lancers.

Gin Tonic a dit…

Fini de buller entre deux lancers !

Tarswelder a dit…

T'as un lancer toutes les 30 secondes. T'as aussi le frappeur qui se retire, qui revient, qui fait sa préparation. Ca prend un temps fou. On veut instaurer un chronomètre et les lanceurs sont déjà mécontents.

Gin Tonic a dit…

Un lancer toute les 30 secondes, ça va.
Y a pas de quoi s'endormir.

Tarswelder a dit…

Quand il y en a 250 par match ça fait plus !

Anonyme a dit…

Ooooh, les p'tits coquins.