mercredi 20 août 2014

HIstoire tarsienne de la Coupe du monde. Mexique 1986. Des mains, du génie et des regrets.

Initialement c'était la Colombie qui devait organiser la Coupe du monde 1986. Mais le pays est confronté à de grosses difficultés économiques et la FIFA décide d'attribuer à nouveau au Mexique l'organisation du mondial. Le Mexique est le premier pays qui a organisé deux fois cette épreuve. La première avait été inoubliable par l'éclat du jeu qui avait illuminée la planète du ballon rond. La seconde n'était pas mal non plus.


Le contexte.

Rien de particulier à part ce qui a été écrit. La plupart des grands sont présents. Mais le format de la compétition a changé : finis le deuxième tour en poules, place aux matchs à élimination directe dès les huitièmes de finale. Mais le format de 24 équipes réparti en 6 poules impose de créer un système de "meilleurs troisièmes", au final injuste. Les quatre meilleurs troisièmes sont qualifiés de la sorte.

Deux équipes font leur première apparition en Coupe du monde : l'Irak et le Danemark, qui surfe sur sa génération qui a été en demi-finale de l'Euro français.

Le premier tour.

L'Italie avait été éliminée par la Roumanie aux qualifications de l'Euro 1984. Qualifiée d'office, elle confirme son déclin par une qualification assez pénible dans le groupe A. Un match contre la Bulgarie lors du match d'ouverture, puis contre l'Argentine, puis une victoire à l'arraché contre la Corée du Sud. L'Argentine de Maradona se qualifie assez facilement à la première place. Sans aucune victoire, la Bulgarie décroche un des tickets des troisièmes

Dans le groupe B, le Mexique assure l'essentiel dès le premier match en battant la Belgique. Cette dernière se qualifie quand même au 3è rang, derrière le Paraguay. Malgré 3 défaites, par un but d'écart, l'Irak n'a pas fait piètre figure.

Groupe C, celui de la France. Contre le Canada, Henri Michel lance un attaquant inconnu, qui joue en Belgique : Jean-Pierre Papin. Maladroit, il finit quand même par donner la victoire aux Bleus. Mais c'est l'URSS qui fait forte impression : elle inflige un 6-0 à la Hongrie, fait match nul contre la France et bat le Canada. Les champions d'Europe terminent tranquillement deuxième dans un groupe où aucun billet supplémentaire n'est donné.

Groupe D. Le Brésil régale : 5 buts marqués, aucun encaissé et trois victoires.L'Espagne monte en puissance et termine deuxième. L'Algérie se crashe tout comme l'Irlande du nord, deux équipes qui avaient fait sensation en 1982.

Groupe E., Personne n'arrête le Danemark d'Olsen, Elkjaer-Larsen et Laudrup. Même pas l'Allemagne, qui concède une défaite dans le troisième match (2-0). Le complot français contre l'Uruguay est en place car Joël Quiniou bat un record de précocité pour une exclusion : c'est le rioplatense Batista qui sort après une minute de jeu pour un attentat contre un joueur écossais. Malgré leur supériorité numérique, les Ecossais n'arrivent pas à vaincre ce pays de tradition bouchère et laisse la troisième place qualification à leur adversaire.

Enfin dans le groupe F, le Maroc termine premier du groupe -Une première pour l'Afrique-. Face à trois équipes européennes, il faut deux nuls contre la Pologne et l'Angleterre, puis bat un Portugal, qui ne ressemble pas à l'éblouissante équipe de 1984.Un triplé de Lineker contre la Pologne assure aux Anglais la deuxième place, juste devant les Polonais, eux-aussi qualifiés.

Les phases éliminatoires.

Les huitièmes de finale voient le Brésil écraser une Pologne vieillissante 4-0. La France, elle, élimine l'Italie championne du monde 2-0. A vrai dire, pas énormément de surprise. Non plus quand il s'agit de qualifier la victoire du Mexique sur la Bulgarie (2-0) ou de l'Argentine dans le derby rioplatense ou encore de l'Angleterre contre le Paraguay (3-0).

Par contre, la RFA a énormément souffert pour éliminer le Maroc : un but de Matthäus en fin de match suffit pour passer. Et les deux grosses sensations du premier tour explosent en huitième de finale. Dans un match marqué par des problèmes de hors-jeu, l'URSS sort contre la Belgique en prolongation (3-4). Mais le coup fort vient de l'Espagne, qui fait exploser le Danemark 5-1, à cause notamment d'une grosse erreur défensive, qui profite à Butrageno (pas envie d'aller chercher le tilde), qui réalise un quadruplé, le premier depuis Eusébio en 1966.

Les quarts de finale ont un côté historique et mythique. Je me souviens d'avoir été en voyage scolaire en Ardèche, où j'ai descendu la rivière, descendu dans les grottes, planté 26 points dans un match de basket (sur les 43 de mon équipe, improbable). Dans cette France marquée par la mort de Coluche, le jour de la libération d'otages du Liban (si vous regardez la vidéo sur Youtube du match commenté par Drucket et Piantoni), Brésil-France est rentré dans l'histoire. Celle d'un match joué à midi dans un rythme effréné, où Joël Bats sortit de sa boîte (avec l'aide des poteaux) pour vaincre le Brésil qu'on aime. Une faute, un pénalty stoppé, puis d'autres arrêts encore. C'est aussi Platini qui fête son 31è anniversaire par un but égalisateur, lui blessé, qui rate son seul pénalty (de mémoire) et qui ne marquera plus jamais en bleu. C'est aussi ce souvenir d'une séance de tirs aux buts qui rappelle encore Séville. Mais la chance était du côté bleu : Bellone qui tape le poteau et le ballon qui touche le gardien pour rentrer. L'autre poteau qui sauve Bats, avant que Fernandez ne conclut la séance. Les Français ont payé physiquement ce match.

La RFA a également été poussée aux tirs aux buts par le Mexique, mais pas avec la même intensité. Elle l'emporte aisément 4-1 dans cette séance, après un match sans but.

Autre séance, celle qui oppose la Belgique à l'Espagne. Les Diables Rouges s'imposent 5-4 après que le match soit conclu par un match nul 1-1.

Enfin il reste Angleterre-Argentine. Encore un duel chargé d'histoire, le génie diabolique de Maradona (main plus slalom de 50 mètres, le tout en 4 minutes) fait basculer le match, ainsi que l'incroyable aveuglement des arbitres (qui vaudra d'ailleurs à Thierry Roland l'accusation de racisme).

En demi-finale, la France est usée. Elle encaisse un but sur coup-franc de Brehme et elle n'a pas le jus pour revenir. Xuereb égalise mais il est hors-jeu. La défaite 0-2 est aussi le signal de la fin d'une grande génération de joueurs : le carré magique a vécu et la France s'enfonce dans la médiocrité.

Maradona n'a pas eu besoin de tricher mais seulement de son génie pour vaincre la Belgique. Encore deux buts pour lui et il élimine les Belges par 2 à 0.

Finales.

Pour la troisième place, les remplaçants français se sont davantage donnés de motivation que ceux de 1982. Contre la Belgique, les Bleus l'emportent 4-2 en prolongation. La performance de 1958 est égalée et c'est un minimum pour cette équipe, qui aurait pu être championne du monde avec un Platini en bonne santé.

En finale, l'Argentine et l'Allemagne inaugurent leur trilogie. L'Albicéleste prend une option sérieuse en menant 2-0 après des réalisations de Valdano et Brown. Mais dans le dernier quart d'heure, Rummenigge et Völler égalisent. Ceci dit, juste après, Burruchaga fonce vers l'infâme portier allemand pour l'ajuster. Et dire que ce joueur s'est enfoncé dans une histoire de billets planqués dans un jardin.

Huit ans après, l'Argentine gagne la Coupe du monde. Et comme en 1970, c'est l'éclat d'un génie qui a brillé sur ce mondial : Maradona. Mais contrairement à Pelé, ce génie a eu aussi des côtés négatifs sur le terrain. C'est le propre de ces êtres sensibles, dont la culture et l'intelligence relativement limitées, surspécialisée dans un domaine.

Au fait, c'est Gary Lineker qui est le meilleur buteur avec le total habituel de 6 réalisations.


5 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Enorme ce quart de finale !
Et c'est effectivement le seul pénalty raté par Platini.

Maradona a été un génie sur le terrain, mais ne sera jamais au niveau de Pelé à cause de ces cotés sombres que tu évoques.

Globalement une belle coupe du monde.

Tarswelder a dit…

On pense généralement que 1986 marque la fin du beau Brésil, avec ses échecs répétés. Mais pour moi c'est la fin d'un mythe aussi parce que les joueurs brésiliens s'expatrient massivement en Europe, qu'on les voit jouer régulièrement, et donc qu'ils ne font finalement plus aussi peur qu'avant.

C'était une belle coupe du monde, avec quelques grands matchs. La Belgique a été une belle surprise.

Gin Tonic a dit…

Tout est lié: l'expatriation des Brésiliens entraîne de fait une européanisation de leur jeu.
Ajouté au fait, comme tu le dis, qu'ils ne font plus peur.

Tarswelder a dit…

C'était une belle coupe du monde.

Je n'ai jamais vraiment aimé Maradona, à cause de ses excès.

Personnellement, je pense que 1986 constitue un tournant dans l'histoire de la coupe du monde. D'ailleurs la finale est la dernière où les deux équipes marquent, jusqu'à 2006.

Gin Tonic a dit…

Les suivantes vont être beaucoup plus fermées au niveau du jeu.