mardi 12 août 2014

Histoire tarsienne de la Coupe du monde de balle au pied. Espagne 1982. Le début.

Pourquoi le début comme titre ? Parce que c'est la première coupe du monde que j'ai suivie. J'étais encore jeune. Le plus ancien souvenir de football que j'ai, reste encore ce 18 novembre 1981, quand Michel Platini ajuste un coup-franc parfait contre les Pays-Bas. Ce souvenir reste marqué car c'était l'anniversaire de mon père.

C'est aussi la seule fois où mes parents m'ont acheté un de ces magazines qui présentaient la compétition. On avait les qualifications, les équipes, les matchs, avec tout à remplir (et c'était pas évident à l'époque car il fallait attendre le journal du lendemain).

Cette coupe du monde est donc la première réellement tarsienne, puisque ce sont mes souvenirs -lointains-aussi que je vais raconter. Je n'ai pas raté une épreuve jusqu'à 2006.




Le contexte.

L'Espagne (re)venue à la démocratie organise la coupe du monde. Quelques mois avant, un colonel de l'armée avait tenté de prendre le pouvoir aux Cortes, et il s'était sagement rendu sur l'injonction du roi Juan Carlos. La démocratie débarquait aussi en Argentine, championne du monde en titre, avec un jeune prodige, qui allait aussi jouer en Espagne pour se faire massacrer plus tard par un certain Goecoïxea (orthographe non garantie) : Diego Maradona. Mais le pays est aussi englué dans la guerre des Malouines, où nos missiles Exocet et nos Super-Etendard, font apprécier aux marins du "Sheffield" leur précision et leur efficacité. Le lendemain du match d'ouverture, la guerre est terminée après deux mois et demi de combats.

Parmi les absents, les Pays-Bas, éliminés par la Belgique et la France, sur ce fameux coup-franc de Platini à la 53è minute (peu après j'ai dû aller me coucher et j'ai raté le deuxième but). Sinon, tous les grands sont là.

Cette Coupe du monde ancre le football un peu plus dans la mondialisation. On passe de 16 à 24 équipes. Par conséquent, l'Afrique obtient 2 qualifiés, l'Asie et l'Océanie forment une seule zone pour deux billets. Cet élargissement permet à plusieurs nations de participer pour la première fois à la compétition : l'Algérie, le Cameroun, le Koweït, la Nouvelle-Zélande (les All White) et le Honduras. Justement, le Honduras et le Salvador (qui s'étaient battus après le barrage de 1970) sont qualifiés ensemble, aux dépens du Mexique.

Le premier tour.

Sensation au Camp Nou. L'Argentine perd contre la Belgique dans le match d'ouverture. Un beau raté comme a été le coulage du "Général Belgrano" par les Anglais. C'est la première fois qu'un champion du monde perd son premier match, qui plus est un match d'ouverture où le 0-0 avait été la norme depuis 1966. Malgré tout, l'Argentine se qualifie en deuxième position derrière la Belgique, devant la Hongrie, qui a établi un record de buts marqués (10-1) contre le Salvador, tout en ayant égalé son propre record du plus grand écart (avec la Yougoslavie qui avait gagné 9-0 contre le Zaïre en 1974. Rappel, la Corée du Sud a pris 9 buts en 1954).

Il y a 6 groupes de 4 qui composent ce premier tour. L'Espagne ne brille pas particulièrement : elle laisse la première place à l'Irlande du Nord qui la bat 1-0. Deuxième présence et deuxième quart de finale pour la province britannique.

Le groupe 1 est celui qui est le plus serré. Tout le monde fait match nul lors des deux premiers matchs. La Pologne pulvérise le Pérou 5-1 et termine première devant l'Italie, qui se qualifie aux dépens du Cameroun par 3 nuls et une meilleure attaque que les Lions indomptables.

Après ce premier tour, le Brésil de Télé Santana fait impression. Entre Zico, Socrates et la démocratie corinthienne, la Seleçao produit un superbe jeu qui rappelle le Brésil qu'on aime. 3 matchs, 3 victoires. L'URSS termine deuxième en ayant souffert contre l'Ecosse, qui arrivait à gagner une coupe des coupes avec Aberdeen dans ces années.

La France, elle, s'en sort grâce à Manuel Amoros. Le jeune latéral monégasque sauve les Bleus d'un but tchécoslovaque et maintient le match nul. Car les Français ont perdu contre les Anglais 1-3, en ayant encaissé le but le plus rapide de la coupe du monde (avant Hakan Sukur en 2002), puis battu le Koweït 4-1 dans un match interrompu par le frère de l'émir, qui a fait annuler un but parfaitement valable. Le cheikh (dont j'ai négligé le nom) a été tué en défendant le palais royal lors de l'invasion de l'Irak en 1990 et l'arbitre a été radié.

Enfin il reste ce groupe 2. Ce groupe maudit où l'Algérie surprend l'Allemagne et devient la première équipe africaine à battre une équipe européenne, un pays champion du monde, en coupe du monde. Mais la défaite contre l'Autriche et la programmation ont raison des Fennecs. Connaissant le résultat (une victoire allemande qualifie l'Autriche et la RFA), les cousins se sont entendus sur une victoire allemande. Après le but rapide de Hrubesh, les deux formations n'ont pas joué : aux Allemands la première place, aux Autrichiens un groupe plus facile (France, Irlande du Nord c'est moins pire qu'Espagne et Angleterre). Le match de la honte a changé bien des choses : après cette coupe du monde, les derniers matchs de chaque groupe auront désormais lieu en même temps. Quant à l'image de la RFA, elle prend déjà un beau petit coup dans le coin.

Le deuxième tour.

La FIFA décide, pour des questions de sous, de conserver le format de groupes pour ce tour, qui est en fait un quart de finale à trois. Quatre groupes désignent quatre demi-finalistes.

Pour leur bonheur, les Français tombent dans le groupe le plus facile. Après avoir battu l'Autriche 1-0, ils battent l'Irlande du Nord 4-1 par des doublés de Rocheteau et Giresse. Ce dernier en met un de la tête. S'il a eu peu de sélection, alors qu'il a 30 ans, c'est parce qu'on a douté de son association avec Michel Platini. Mais Michel Hidalgo a trouvé la solution et même quand il le fallait, il a associé trois meneurs de jeu : Platini, Giresse et Genghini. C'est dire que cette équipe de France faisait le jeu.

L'Espagne, elle, tombe dans la désillusion. Battue par la RFA 1-2, elle ne bat pas l'Angleterre, qui est éliminée sans avoir pris, ni marqué de buts dans ce tour.

La Pologne, elle, s'en sort bien : elle bat la Belgique 3-0 et elle tient en échec l'URSS, qui lui impose l'état d'urgence depuis décembre 1980.

Terminons par le groupe de la mort, celui du Brésil, de l'Italie et de l'Argentine. Chanceuse et médiocre au premier tour, la Squadra se découvre un buteur, Paolo Rossi, qui sort de suspension dans l'affaire du Totonero et qui coule à lui seul le Brésil dans un match d'anthologie : 3-2 pour la Squadra, qui met fin au parcours de l'Argentine par une autre victoire.

Anthologie et drame.

L'Italie est un diesel et Paolo Rossi également : son doublé contre la Pologne permet aux doubles champions du monde d'aller en finale. L'autre match est évidemment un match unique en son genre. France-RFA est le premier match décidé aux tirs aux buts dans l'histoire de la Coupe du monde. Je n'ai pas vu le match à la télé (j'étais en vacances et on n'avait pas la télé, c'était la radio et France Inter qui retransmettait à une époque où les multiplex n'existaient pas encore).

Je ne reviendrai pas sur le scénario que tout le monde connaît (sauf pour les internationaux d'aujourd'hui qui n'étaient pas nés et que ça n'intéresse pas, selon leur inculte sélectionneur). Je n'ai vu ce match que 20 ans après, grâce à internet et la connexion illimitée.

Ce match fait du nom de Schumacher une insulte : d'ailleurs les sportifs nommés Schumacher sont des tricheurs et des malhonnêtes (le footballeur, le coureur de voitures ou le cycliste). Ce match entre dans la mythologie du sport mondial, comme il a suscité un communiqué de François Mitterrand et Helmut Schmidt appelant au calme, alors qu'une vague de germanophobie semblait déferler sur la France.

Platini refusera de jouer le match pour la troisième place. Comme en 1974, la Pologne s'impose (3-2). Mais la génération platinienne est née et cette défaite construit la victoire de 1984, comme elle a construit aussi la victoire de 1998.

En finale, les Allemands, épuisés, étaient à bout de souffle. Les Italiens ont raté un pénalty et le score est vierge à la mi-temps. Ils font la différence en deuxième période et gagnent 3-1. La victoire d'une équipe forgée à l'italienne : pas spectaculaire au début mais présente à la fin.

Paolo Rossi est élu meilleur joueur et meilleur buteur du tournoi et Manuel Amoros meilleur jeune. Le début d'une belle carrière pour celui qui a détenu pendant quelques années le record de sélection en équipe de France.

4 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Je pense que la bonne orthographe est quelque chose comme Goikotxea (sans en être complètement sur).

Je me rappelle de ce (non)match RFA-Autriche:c'était impressionnant. Ils ne faisaient même pas semblant de jouer pour essayer de sauver les apparences. C'était juste un grand doigt d'honneur !

Sinon, bien sur la fameuse demie.

Par contre, la finale ne m'a pas laissé un souvenir impérissable.

Tarswelder a dit…

Je n'ai pas vu la finale (pour les raisons que j'ai citées).

Les équipes africaines ont épaté le monde : 6 matchs, 2 victoires, 3 nuls, 1 défaite.

Je me souviens très bien d'avoir traité Schumacher de salaud. Il avait agressé Didier Six avant d'envoyer Battiston en l'air.

Six, je lui en ai longtemps voulu d'avoir tiré son pénalty trop vite (et pas Bossis que j'adorait). Et puis Ettori, le gardien qui sort pas, qui plonge pas. Sa sélection était critiquée et c'était même une surprise.

Mes parents m'avaient acheté le cahier où il y avait le nom supposé des 22 joueurs. On avait Castaneda, Bertrand-Demanes (ou Baratelli je ne sais plus) et Hiard (le gardien de Rennes). Ettori ? Non. C'était un bon gardien mais pas à la coupe du monde.

Gin Tonic a dit…

Suis allé faire un petit tour sur le net: ça devait être Baratelli.

Et apparemment, la bonne orthographe, c'est Goikoetxea. J'étais pas loin.

Tarswelder a dit…

C'était aussi l'époque où les clubs basques dominaient les deux géants. L'Athletic Bilbao et la Real Sociedad avaient remporté les 3 derniers championnat d'Espagne avant la coupe du monde je crois.