mercredi 6 août 2014

Histoire tarsienne de la coupe du monde de football. Argentine 1978. Là aussi on aime bien aider les locaux.

Onzième volet de la saga insipide consacrée à l'histoire subjective de la coupe du monde de soccer. Oui j'ai pris quelques jours de repos, donc vous avez dû patienter.

Cette Coupe du monde est marquée par les questions politiques, les magouilles et le retour de l'Argentine au premier plan, 48 ans après sa seule finale disputée et perdue chez le voisin rioplatense.



Le contexte.

L'Argentine de Videla, c'est la dictature, c'est l'opération Condor (alors qu'aujourd'hui ce sont les vautours qui traînent) et les milliers de disparus et assassinés par la junte. D'ailleurs la question s'est même posée en France. Le football français, après des années de disette, relève un peu la tête : après l'épopée verte de 1976, l'équipe nationale arrache sa qualification en battant la Bulgarie (et après un match aller où un dénommé Thierry Roland s'est fait un nom en traitant l'arbitre de "salaud"). Michel Platini s'affirme aussi comme le nouveau leader de cette équipe. Quant à Michel Hidalgo, il est victime d'une tentative d'enlèvement assez curieuse.

Sinon, on prend presque les mêmes... sauf Johan Cruyjff. Le génie hollandais décide de renoncer à la Coupe du Monde argentine. A-t-on fait pression sur lui par des menaces ?

Comme en 1974, la compétition est divisée en deux phases de groupes, une formule qui ne donnera pas satisfaction on le verra. Une première qui qualifie les deux premiers des quatre groupes, une seconde dont le premier va en finale et le deuxième disputera le match pour la troisième place. Parmi les participants, on relève la première présence de la Tunisie et de l'Iran.

Le premier tour.

Groupe 1. Pas de chance pour la France, qui tombe avec l'Italie, l'Argentine et la Hongrie. Elle fait pourtant une très bonne figuration. Malgré le but express de Bernard Lacombe, elle perd contre l'Italie 2-1. Elle se fait voler par l'arbitrage face à l'Argentine : Trésor glisse involontairement et pose la main sur le ballon. Pénalty. Platini égalise mais l'Argentine gagne 2-1 (déjà qu'elle avait battu la Hongrie à 11 contre 9). La France bat la Hongrie 3-1 après cette rocambolesque histoire de maillot, qui a contraint les Tricolores à jouer avec le maillot de l'équipe locale. C'est l'Italie qui termine première à la faveur d'une victoire contre l'Argentine. Mais les Argentins n'étaient pas malheureux de ce résultat.

Groupe 2. La RFA semble en déclin. Championne du monde et vice-championne d'Europe, elle passe son temps à multiplier les matchs nuls, dont un contre la Tunisie. C'est une large victoire contre le Mexique (6-0) qui lui permet de terminer deuxième derrière la Pologne, qui a gagné deux matchs.

Groupe 3. La sensation autrichienne s'empare de la première place devant le Brésil et l'Espagne. La première place est acquise dès les deux premiers matchs et le Brésil s'arrache en battant l'Autriche dans le dernier match.

Groupe 4. Absent en 1974, le Pérou retrouve ses sensations de 1970. Il remporte le groupe par deux victoires contre l'Iran et l'Ecosse et un nul face aux Pays-Bas. Les Néerlandais n'ont pas été en danger même s'ils perdent le dernier match contre l'Ecosse (2-3). Cette dernière peut s'en vouloir d'avoir laissé le match nul à l'Iran, ce qui lui coûte sa qualification (Il aurait fallu battre les Pays-Bas par trois buts d'écart pour se qualifier).

Le second tour.

Toutes les équipes sont européennes dans le groupe A. Les Pays-Bas se retrouvent en pulvérisant l'Autriche 5-1 (alors qu'une banque autrichienne avait payé le voyage aux épouses des joueurs pour les soutenir). Puis après un nul 2-2 contre la RFA, ils battent l'Italie 2-1 (dont un splendide but de Haan) et gagnent la poule. La RFA se fait encore accrocher par deux nuls puis s'incline contre l'Autriche (2-3). Cette défaite l'élimine au profit de l'Italie, qui a battu l'Autriche. Mais la Squadra se contentera du match pour la troisième place.

Dans le groupe B, la Pologne est dominée par les Sud-Américains, qui sont 3 contre elle. Et si le Brésil semble faire le travail, il est aussi victime de l' "étrange défaite" (comme dirait Marc Bloch) du Pérou contre l'Argentine : 6-0 pour l'Albicéleste, qui se qualifie pour la finale à la différence de buts. N'oublions pas que Kempes stoppe volontairement de la main un tir polonais, sur sa ligne, et Fillol stoppe le pénalty qui a suivi.

Pour la troisième place, le Brésil bat l'Italie 2-1 mais cela ne contente pas les supporters, déçus de leur équipe et de leur jeu. L'effigie du sélectionneur Coutinho est brûlée en public (Scolari n'a pas eu cette chance).

La finale de cette coupe du monde oppose deux équipes qui n'avaient jamais gagné la coupe. C'est une première depuis 1958. Elle se termine par une prolongation. Kempes ouvre le score pour l'Argentine et Naninga égalise à la 82è. Kempes encore (pour son 6è but comme meilleur marqueur de la compétition) et Bertoni donnent la victoire à l'Argentine dans un océan de paillettes et sous les bravos de Videla et sa clique. Les Néerlandais accusent les Argentins d'avoir tout fait pour ralentir le match et reprochent à l'arbitre d'avoir été influencé pour forcer René Van de Kerkhof à changer son bandage, sans compter son "impartialité" consécutive à l'élimination de son pays par les Oranje ! (Cela incitera plus tard la FIFA à éviter ces problèmes en ne désignant pas des arbitres de pays encore qualifiés dans la dernière semaine)

Si la compétition a été une réussite pour l'Argentine (et un échec pour l'Uruguay absente) et son régime, on estime qu'elle a aussi permet l'entrée d'un air frais de démocratie, par le contact avec les supporters étrangers, ce qui accélérera la chute des militaires en 1982.

5 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Un titre qui aura été bien aidé, même si l'Argentine comptait quelques beaux joueurs comme Kempes, Bertoni ou Passarella.

Le but de Haan reste pour moi l'image de ce mondial.

Est ce que cette compétition a accéléré la chute des militaires ? J'en sais trop rien et j'en suis pas sur. Il a quand même fallu attendre 4 ans.

Tarswelder a dit…

De nombreux Argentins disent que la venue des supporters a donné un air frais dans un pays étouffé par la dictature. Des idées se sont diffusées. Et puis l'acceptation du régime a été de moins en moins grande avec cette prise de contact. Cela a pris du temps. Mais je pense, un peu comme Chypre pour la Grèce des colonels, c'est l'affaire des Malouines qui a accéléré la chute.

Sans compter non plus les difficultés économiques des pays sud-américains, qui ont vraiment plombé la dictature brésilienne par exemple.

Gin Tonic a dit…

C'est vrai que les Malouines, ça a bien aidé.

Après, peut être en effet pour les idées un peu fraîches. Ce sont les Argentins les mieux placés pour en parler.

Tarswelder a dit…

C'était une des coupes les plus partiales pour favoriser l'équipe à domicile. Les autres qui suivent sont moins visibles à part 2002.

Gin Tonic a dit…

Avec celle de 66 qui était aussi pas mal dans le genre.