vendredi 25 juillet 2014

Petite histoire des Olympiades d'échecs.

Du 1er au 14 août, se tiendront les 41è Olympiades d'échecs à Tromso en Norvège. Après avoir été un moment incertaines, le financement n'étant pas assuré, elles rassemblent toutes les nations échiquéennes dans un tournoi qui fête son 87è anniversaire. En attendant de suivre les événements, je vous propose de faire un rapide récit de l'histoire de ce tournoi.





1924. Pierre Vincent, le fondateur de la FFE en 1921, organise à Paris une compétition par équipes arbitrée par Alexandre Alekhine, la compétition réunit 18 équipes du 12 au 20 juillet 1924. Mais elle n'est pas reconnue officiellement et le titre d'Olympiades n'est attribuée à ce tournoi par équipes qu'après la Seconde Guerre Mondiale. La Tchécoslovaquie l'emporte devant la Hongrie et la Suisse. La France termine 7è. A la fin du congrès, la FIDE est créé le 20 juillet à l'hôtel Majestic.

1927. Premier Tournoi des Nations (dénomination officielle) de l'histoire à Londres, lors de l'exposition impériale. La Hongrie s'impose devant l'Espagne et l'Angleterre. La France termine 13è sur 16.

1930. A l'Olympiade de Hambourg, Alexandre Alekhine représente la France. Le champion du monde est au sommet de sa forme et il gagne ses 10 parties. Mais c'est la Pologne d'un autre émigré installé en France, Savielly Tartacover, avec Akiba Rubinstein aussi, qui l'emporte devant la Hongrie et l'Allemagne. Malgré Alekhine, la France termine 12è sur 18.

De 1931 à 1937, les Etats-Unis l'emportent aux quatre épreuves qui ont lieu : la Pologne, la Tchécoslovaquie, la Suède se partagent le podium, avec la Hongrie à une reprise.

1939. Le premier Tournoi des Nations qui se déroule à l'étranger à Buenos Aires. Les Etats-Unis sont absents et le tournoi se dispute au moment où l'Allemagne envahit la Pologne. Ces deux équipes terminent aux deux premières places, devant l'Estonie d'un certain Paul Kérès. C'est la dernière apparition en carrière de José Raul Capablanca, qui obtient une médaille d'or au premier échiquier. De nombreux joueurs décident de ne pas rentrer en Europe : Meczislav (Miguel après sa naturalisation) Najdorf, Erich Eliskases notamment.

1950. Première olympiade dénominée ainsi. Elle se déroule à Dubrovnik en Yougoslavie. En raison des relations entre l'URSS et la Yougoslavie, la sélection soviétique est absente. C'est le pays hôte qui gagne devant l'Argentine et la RFA.

1952. Première apparition de l'URSS aux Olympiades d'Helsinki. Sans Botvinnik, elle domine largement l'épreuve. La compétition se déroule en groupes préliminaires puis une série de groupes finaux, regroupant les équipes selon leur classement en poule.

1958-1960. La FIDE veut faire les choses bien. Elle donne l'organisation du tournoi de 1958 à Munich et celui de 1960 à Leipzig. Grâce à Regina Fischer, la mère de Bobby Fischer, les Américains envoient une équipe. Le prodige américain enverra même balader sa mère au téléphone parce qu'il voulait blitzer avec Tal, le champion du monde.

1972. A Skopje, les hommes et les femmes participent aux mêmes olympiades. Le pendant féminin a été créé en 1957.

1974. La France organise pratiquement sans soutien les olympiades de 1974 à  Nice. Devant l'augmentation du nombre d'équipes participantes, on décide d'abandonner le système de poules (trop long car le tournoi dure plus de 3 semaines) pour un système suisse (où tout le monde peut affronter tout le monde, en fonction des résultats obtenus) après cette olympiade. Anatoli Karpov réussit un fantastique 12/14. L'URSS marque 71 points sur 88 possibles, sans concéder la moindre défaite. Karpov, Kortchnoi, Spassky, Petrossian et Tal font partie de l'équipe soviétique.

1976. Olympiades d'Haïfa. En raison du contexte politique, les pays de l'Est et les pays arabes et musulmans boycottent l'épreuve. Ces derniers organisent une contre-olympiade à Tripoli en Libye.

1978. Après avoir remporté tous les titres aux épreuves auxquelles elle a participé depuis 1952, l'URSS, sans Karpov, laisse la victoire à la Hongrie. aux olympiades de Buenos Aires. La défaite contre la RFA et le match nul contre Israël ont fait la différence en faveur des Hongrois (qui avaient annulé contre la RFA et battu ISraël).

1980. Malgré Karpov et Kasparov, l'URSS ne remporte le titre qu'au départage contre la Hongrie. C'est la victoire de la Grèce (!) contre l'Ecosse qui permet de donner cet avantage à l'URSS.

1984. Première participation de Boris Spassky pour le compte de la France. Elle réalise sa meilleure performance historique : la 7è place. Sans ses deux K, occupés à s'écharper pour le titre mondial, l'URSS gagne facilement.

1986. A Dubaï, Israël est boycotté, entrainant le refus d'équipes et de joueurs de participer. L'URSS des K s'en tire d'extrême justesse contre l'Angleterre : obligée de gagner 4-0 contre la Pologne, elle y parvient finalement.

1988. Pendant que l'URSS se balade chez les hommes, la Hongrie l'emporte chez les femmes et détrône l'URSS, qui avait gagné lors de ses 11 participations. Elle le doit aux soeurs Polgar (Susan, Sofia et Judit) : Susan marque 10,5/14 au premier échiquier et Judit 12,5/13 au deuxième.

2002. Dernière participation de Garri Kasparov aux Olympiades. En 8 épreuves, il a gagné 8 titres par équipes, gagné 7 médailles d'or individuelles, 2 en argent et 2 en bronze, en cumulant les positions par échiquier et par performance. Depuis son départ, plus jamais la Russie n'a gagné la médaille d'or par équipes

2004. Olympiades de Calvia en Espagne. L'équipe de France féminine prend la 5è place et réalise la meilleure performance jamais réalisée par une équipe nationale aux Olympiades

2006. Aux Olympiades de Turin, la France égale sa performance de 1984 (7è). Mais si elle n'avait pas perdu contre la Bulgarie à la dernière ronde, elle aurait pu espérer mieux (mais pas de médaille sauf sur un 4-0).

2010. Olympiades de Kanthy-Mansiysk en Russie. La France est en tête à l'avant-dernière ronde. Mais elle s'incline contre l'Ukraine, qui sera championne olympique, puis fait match nul contre Israël.

2014. Les Olympiades de Tromso vont battre des records de participation : 176 équipes mixtes et 139 féminines sont inscrites, malgré les difficultés annoncés et grâce au rattrapage de la FIDE qui a décidé de réintégrer 9 équipes (dont l'équipe féminine russe), qui n'avaient pas envoyé à temps leur inscription. Et pendant le congrès, c'est la politique russe qui va être en premier plan : l'élection à la présidence de la FIDE oppose le sortant Ilumjinov, plus que soutenu par le pouvoir, à Garri Kasparov l'ancien champion du monde, dissident et désormais naturalisé croate.

7 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Quelles équipes comme favorites ?

Tarswelder a dit…

Ce sont toujours les mêmes. Arménie, Russie, Ukraine, Israël, Etats-Unis chez les hommes. La France peut faire quelque chose mais à condition de jouer en équipe et que les joueurs soient enfin capables de battre des joueurs mieux classés qu'eux. C'est comme ça que l'équipe a fini vice-championne d'Europe l'an passé.

Chez les femmes, Chine, Russie, Ukraine s'expliqueront. La France n'a pas beaucoup de chances mais il y a deux ans, sans ses deux meilleures joueuses, elle a failli avoir une médaille.

Gin Tonic a dit…

Russie-Ukraine, ça peut être intéressant en ce moment...

Tarswelder a dit…

Surtout que la fédération russe a débauché, il y a un mois, une joueuse ukrainienne qui jouera désormais pour la Russie. L'Ukraine s'était d'abord opposé à ce qu'elle joue pour la Russie.

Et il y a eu deux autres joueurs ukrainiens qui ont rejoint la Russie il y a quelques années.

Tarswelder a dit…

La France est 3è tête de série.

Gin Tonic a dit…

C'est plutôt pas mal.

Tarswelder a dit…

Derrière la Russie et l'Ukraine mais ça ne veut pas dire grand-chose. Si on n'a pas l'esprit d'équipe, on ne battra pas des équipes aussi expérimentées que celles-là ou l'Arménie, les USA, l'Allemagne ou l'Angleterre.