dimanche 6 juillet 2014

Histoire tarsienne de la Coupe du monde de soccer. Suède 1958, une coupe de légendes.

Après 1954, l'Europe accueille à nouveau la Coupe du monde. Le principe des rotations n'est pas encore validé, d'autant plus qu'à part  en Europe et l'Amérique latine, il n'y a pas d'équipes de premier plan.

La sixième édition suédoise est la première sans Jules Rimet, décédé en 1956. C'est aussi celle qui marque la naissance de la légende Peléenne et plein d'autres choses encore.



Le contexte.

16 équipes participent à l'édition et cette fois, tout le monde jouera trois matchs, dans un système de poules simple et efficace. Mais les départages, qui par définition sont toujours discutables, n'existant pas, les équipes à égalité sont départagées par un match d'appui quand la qualification est en jeu.

L'édition 1958 est exceptionnelle à plus d'un titre :
- C'est la seule fois que les quatre nations britanniques participent ensemble à l'épreuve.
- L'URSS participe aussi pour la première fois à la compétition.
- L'Italie n'arrive pas à se qualifier. Le football national azzuri traverse une période de creux à la fin des années 1950
- Le tirage au sort est légèrement orienté, c'est-à-dire qu'on répartit les équipes en quatre groupes, dont chacun sera représenté dans chaque poule (Europe de l'Ouest, de l'Est, Amérique latine, Royaume-Uni).
- A noter l'absence de l'Uruguay, écrasée 5-0 par le Paraguay, et qui n'a pu se qualifier. L'Argentine, elle, fait son retour après avoir manqué les éditions précédentes.

Le premier tour.

Dans le groupe A, les champions du monde ouest-allemands se qualifient sans briller : après une victoire 3-1 contre l'Argentine, ils concèdent le nul (2-2) aux Tchécoslovaques et aux surprenants nord-irlandais. Ces derniers avaient éliminé l'Italie en qualification, ils passent en quarts de finale en battant les Tchèques en match d'appui.

Dans le groupe B, la France sort en vainqueur de manière inattendue : elle pulvérise le Paraguay 7-3 bien que le score était de 2-2 à la pause. Battue par la Yougoslavie, autre qualifiée, elle passe en battant l'Ecosse. On commence à parler non pas de Raymond Kopa mais de Just Fontaine, auteur de 6 buts dans ce premier tour.

La Suède, pays organisateur, passe tranquillement en tête du groupe C. Elle écarte le Mexique, la Hongrie (malgré un but de Lajos Tichy). Le Pays de Galles, pour son unique participation, crée la sensation en terminant deuxième, à la faveur d'une victoire en barrage contre le vice-champion du monde sortant.

Enfin le groupe D était le plus homogène. On attendait beaucoup de l'URSS pour sa première participation. Si la légende Lev Yachine s'est mise en marche, il a peut-être manqué celui qui aurait pu briller ce mondial de tout son talent : embarqué dans une histoire douteuse de viol, Eduard Streltsov n'embarque pas pour la Suède, se retrouve en prison et ne disputera jamais une Coupe du monde. L'Angleterre, elle, n'en finit plus d'être traumatisée par la non-reconnaissance de sa supériorité. Certes, l'accident de Munich a décimé l'équipe de Manchester United et une partie de la sélection nationale mais ceci n'explique pas tout :  3 matchs nuls et une défaite en barrage contre l'URSS (1-0). Quant au Brésil, il passe sans histoire, sans convaincre mais sans encaisser de but non plus.

Les phases finales.

Spectaculaire et appréciée, l'équipe de France écrase l'Irlande du Nord 4-0. Elle réussit déjà son meilleur résultat historique en se qualifiant pour la première fois pour une demi-finale.

Comme en 1954, Allemands et Yougoslaves se retrouvent. Le résultat est le même : les Allemands gagnent mais par 1 à 0 cette fois..

La Suède écarte l'URSS 2-0 en ayant dominé la rencontre. Les Soviétiques manquent encore d'expérience contre une équipe qui a rappelé ses stars exilées en Italie.

Enfin le match Brésil-Galles tourne à l'impasse pour les Brésiliens. Jusqu'à un coup de génie d'un gamin de 17 ans, Pelé. 1-0 score final.

Les demi-finales opposent des équipes au style relativement proche : la puissance d'un côté, la technique de l'autre. La demi des puissances est gagnée par la Suède contre l'Allemagne (3-1). L'autre est plus épique : l'entraineur brésilien craint les Français. Il a raison : après l'ouverture rapide du score par le Brésil, Justo Fontaine égalise et trompe Gilmar pour la première fois dans cette compétition. Puis vient le choc entre Vava et Jonquet. Le capitaine de l'équipe de France est-il victime d'un attentat ? Quoiqu'il en soit, son courage infini le fait jouer avec une jambe cassée pendant une heure. Cette blessure déséquilibre la défense française, qui prend l'eau par 3 fois contre Pelé en 20 minutes. Le Brésil dispute une première finale de Coupe du monde après cette victoire 5-2.

France et RFA se retrouvent pour le match de classement. Just Fontaine inscrit 4 buts et pas le pénalty, dont la réalisation était confiée à Kopa. Les Français tapent les Allemands 6-3 et Justo établit un record inégalable : 13 buts marqués, un fusil offert alors que Kopa est élu meilleur joueur du tournoi.

La finale oppose les jaunes mais le Brésil, qui a abandonné son maillot blanc après 1950, se pare du bleu. La Suède ouvre rapidement le score par Liedholm. Vava égalise dans la foulée et marque à la demi-heure : 2-1 pour le Brésil. La virtuosité brésilienne devient une réalité. La Suède craque totalement : Pelé et Zagallo aggravent le score (4-1) que Simonson réduit avant un dernier but de Pelé.

Ce dernier devient le plus jeune champion du monde de l'histoire. Et dire qu'il a manqué les deux premiers matchs du tournoi. C'est aussi la naissance d'une autre légende, Garrincha. Et la Seleçao a conjuré le sort de 1950, en grande partie en tout cas.

6 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Je ne sais pas s'il y avait attentat, mais, pour casser une jambe, faut y aller sévère !

Tarswelder a dit…

Et jouer une heure avec tibia et péroné fracturés, c'est plus courageux que nos pleureuses qui se roulent par terre au moindre choc.

C'est en écrivant cet article que j'ai pensé à un article que j'avais écrit en critiquant la génération 98, qui se prend pour l'unique référence de l'EDF. On le voit dans Deschamps explique qu'il n'a pas parlé de 82 au motif que les joueurs n'étaient pas nés.

Gin Tonic a dit…

Pour m'être pété un péroné sur un terrain de hand, je confirme que c'est monstrueux de courage.

L'équipe de 58 a longtemps été LA référence du foot français, mais eux ne revendiquais rien.

Il a fallu les Verts et l'EDF de Platini pour avoir de nouvelles références.

La génération de 98 n'est jamais que la 3ème référence du foot français. Certes, en gagnant la Coupe du Monde.

Tarswelder a dit…

Oui mais Deschamps et les footix pense qu'elle est la seule qui existe. Sauf que s'il n'y avait pas eu les échecs de 82 et 86 (plus que 58), il n'y aurait pas eu la victoire de 98.

Il veut rasseoir sa légitimité en s'appuyant sur l'inculture générale de ceux qu'ils dirigeant.

Gin Tonic a dit…

L'échec de 58 est "trop ancien". Et pas beaucoup de télés.
D'ou cette inculture qui est vraiment affligeante.

Tarswelder a dit…

Quand tu vois que les joueurs n'ont pas été capable de se dépasser vendredi, un petit rappel historique peut leur donner un surplus d'envie en leur rappelant qu'ils ne se battent pas seulement pour leur contentement.