lundi 21 juillet 2014

Histoire tarsienne de la Coupe du monde de football. Mexique 1970. Le plus beau joyau.

Qu'est-ce qu'une grande coupe du monde de football ? Une coupe du monde avec des buts ? Oui. De grands matchs ? Oui et surtout beaucoup. Des moments de légende ? Surtout et en 1970, il y en a eu quelques-uns. Un joueur qui surclasse tout le monde ? Evidemment avec Pelé, à la tête d'une des équipes les plus spectaculaires de l'histoire. L'homme qui faisait parler sa classe par les buts qu'il marquait, autant que par ceux qu'il a manqués. C'est ça aussi un grand joueur.

Bref, on ne peut absolument pas nier que la Coupe du monde au Mexique en 1970 soit une référence. Et ceux qui parlent du Brésil en 2014 doivent se demander s'ils ont bien vu tous les matchs, notamment éliminatoires. Là où en 1970 on s'est déchaîné, en 2014 on s'est refroidi.





Le contexte.

16 équipes participent à la phase finale entre le 31 mai et le 21 juin 1970. Plus d'un an et demi après avoir accueilli les Jeux Olympiques, le Mexique organise l'autre grande compétition majeure. En France, c'est l'occasion de voir les matchs en couleur (pour ceux qui l'ont) et écouter Michel Drucker.

Pour l'équipe de France, on passera vite : la défaite concédée à Strasbourg contre les modestes Norvégiens finit de plomber une période bien tristounette, où passer deux tours en Coupe d'Europe signifie mener une épopée européenne. Parmi les autres victimes, la Hongrie, éliminée à Marseille dans un match de barrage par la Tchécoslovaquie (4-1). Enfin l'Afrique se voit attribuer pour la première fois un billet automatique : c'est le Maroc qui se qualifie.

Le contexte politique n'est jamais très lointain. La Corée du Nord refuse d'affronter Israël, versée dans une zone asiatique boycottée par les pays musulmans, où la Rhodésie se retrouve aussi qualifiée (je ne ferai pas un historique). En éliminant l'Australie, l'Etat hébreu décroche son premier et unique billet pour la phase finale.

Enfin le plus marquant reste la guerre qui opposa le Salvador et le Honduras. Sur fond de tensions migratoires et économiques, les deux sélections s'affrontent dans un contexte épouvantable : émeutes, équipes empêchées de dormir, etc. Lors du match d'appui, les Salavdoriens l'emportent. Du coup, les tensions se transforment en conflit. La "guerre du football' fit 3000 morts, des milliers de blessés. Terminons aussi par cette curieuse histoire de bijoux volés à Bogota qui impliqua Bobby Moore, le capitaine anglais.

Cette coupe du monde introduit deux changements majeurs : l'autorisation de deux remplacements (et pas trois comme nos journaleux de l'Epique 21 l'ont dit) et la distribution de cartons jaunes et rouges (aucun rouge n'a été levé durant l'épreuve).

Le premier tour.

C'est désormais une tradition qui va s'installer entre 1966 et 1978. Le match d'ouverture se termine sans but : 0-0 entre le Mexique et l'URSS. Les deux équipes se qualifient facilement pour les quarts de finale, aux dépens de la Belgique et du Salvador. Le tirage au sort attribue la première place aux Soviétiques dans le groupe A.

Le groupe B voit les deux premiers champions du monde (et puis plus rien disent les mauvaises langues de l'époque) passer laborieusement : l'Italie et l'Uruguay ne gagnent qu'un match et la Céleste perd même contre la Suède à la dernière minute, mais se qualifie à la différence de buts avec les Nordiques. Avec deux matchs nuls, Israël fait une bonne prestation.

Dans le groupe C, ce sont les deux derniers champions du monde qui passent. Le Brésil de Pelé (23 buts en 6 matchs de qualification) impose sa vista aux Tchèques (4-1 et ce lob insensé de Pelé qui manque la cage), puis bat l'Angleterre 1-0 sur un but de Jaizihno (le meilleur deuxième buteur qui n'a jamais été meilleur buteur d'une phase finale) et malgré un arrêt sensationnel de Banks sur une tête de Pelé. La Roumanie a fait meilleure figure mais c'est l'Angleterre qui finit deuxième avec deux victoires.

Enfin dans le groupe D, la RFA passe facilement. Gerd Müller inscrit 6 buts dont un triplé contre le Pérou (en première mi-temps) et un doublé contre la Bulgarie. Les Péruviens étonnent leur monde par un jeu spectaculaire et offensif, mené par Cubillas : l'équipe est spécialiste des fins de matchs. Elle remonte un déficit de 0-2 contre la Bulgarie et gagne 3-2 puis elle marque 3 fois dans la dernière demi-heure contre le Maroc.

Les phases finales.

Laborieuse, l'Italie se retrouve tiraillée par la rivalité entre Rivera le milaniste et Mazzola l'interiste. C'est le premier qui fait basculer le match en faveur de la Squadra contre le Mexique. Le tandem Riva-Rivera inscrit 3 buts en 10 minutes pour gagner 4-1.

L'Uruguay passe en fin de prolongations contre l'URSS. Dans son style chatoyant et artisanal, la Céleste a renversé une équipe supérieure mais peut-être pas assez vicieuse.

Mais ce sont les deux autres quarts, disputés en premier, qui rentrent dans la légende. Le match Brésil-Pérou est un hymne au jeu offensif : le Brésil mène rapidement 2-0 et malgré ses efforts, le Pérou n'a jamais pu combler ce retard. Et puis cet Angleterre-RFA n'est que le remake de la finale de 1966. Malgré l'absence de Banks malade, les Anglais mènent 2-0. Certains de montrer encore au monde leur supériorité, surtout sans aide de l'organisation ni de l'arbitrage, ils pensent se qualifier. Ramsey sort alors Bobby Charlton pour l'économiser (le Brésil en avait fait autant avec Léonidas et Tim en 1938). Les Allemands reviennent dans la partie par Beckenbauer et Seeler de la tête. Puis Müller crucifie les Anglais en prolongation : Wembley a été vengée (3-2).

Les demi-finales sont aussi des matchs grandioses. Même si on l'a oublié, l'Uruguay a quand même mené la vie dure au Brésil : après l'ouverture du score de Cubilla, les Brésiliens n'ont égalisé qu'à la fin de la première mi-temps. Et l'Uruguay s'est accrochée, tentant même le tout pour le tout après le deuxième but de Jairzihno (qui a marqué dans tous les matchs du Brésil). Et après le troisième de Rivelino, Pelé tente et rate l'une des actions les plus géniales jamais imaginées. Mazurkiewicz, l'excellent portier rioplatense, se fait embarquer.

Enfin l'autre demi-finale a vu la plus belle des prolongations. Les Allemands ont égalisé dans le temps additionnel contre l'Italie. Müller marque 2 buts, pour donner l'avantage (2-1) et égaliser à 3-3. C'est Rivera qui marque le 4è but italien et donne la victoire à son équipe, alors que Beckenbauer a fini le match avec une clavicule amochée (on est loin des pleurnicheurs qui se roulent par terre aujourd'hui). Müller finit le tournoi avec 10 buts. A note que ces demi-finales ont opposé 4 champions du monde sur cinq possibles : mais l'Angleterre avait été battue en quarts par la RFA.

La RFA remporte la consolante contre l'Uruguay (1-0) qui disparaît de la circulation pendant un moment (la faute à la dictature ?).

La finale Brésil-Italie s'est jouée sur l'endurance. Pelé ouvre le score d'une belle tête et Boninsegna profite d'une erreur du gardien brésilien pour égaliser. L'Italie a tenu le choc jusqu'aux vingt dernières minutes, où le poids de la prolongation a payé. Gerson et Jairzihno plient le match en 5 minutes et Pelé adresse la mythique passe décisive à Carlos Alberto : 4-1. C'est l'apogée du football champagne, incarnée par le roi Pelé. Le Brésil peut garder le trophée Jules Rimet, qui sera volé plus tard. Les années 1970 marquent le début d'une autre époque du football.

6 commentaires:

Gin Tonic a dit…

La première coupe du monde dont j'ai suivi des matchs à la télé.

Des images inoubliables.

Comme tu le dis, une épreuve de référence.

Tarswelder a dit…

Youtube m'a permis de revoir quelques matchs comme Brésil-Pérou et Brésil-Uruguay.

J'aime bien les critiques en disant que le rythme n'était pas le même. Mais justement, ce qui faisait la force du Brésil, et des équipes sud-américaines en général, c'était cette capacité à changer de rythme.

Maintenant, tout le monde joue sur le même tempo. Pour moi, c'est ce qui affaiblit aussi la force des Brésiliens aujourd'hui.

Gin Tonic a dit…

Et surtout, les changements de rythme se font aussi avec des passes et pas seulement avec des bourrins qui courent vite.
La fameuse passe de Pelé en est le meilleur exemple.

Tarswelder a dit…

J'ai revu Allemagne-Angleterre. Le but de la nuque de Seeler est mythique, autant que le gardien anglais a été passif sur les buts allemands.

Gin Tonic a dit…

La grande tradition des gardiens anglais !

Tarswelder a dit…

C'est vrai que la tradition des grands gardiens anglais n'est pas très longue : Banks, Shilton et puis après... les goals étaient écossais, irlandais avant l'arrêt Bosman et non anglais après.