mardi 1 juillet 2014

Histoire tarsienne de la Coupe du monde de balle au pied. Suisse 1954. Il a plu, il a plu... à regrets.

Du 16 juin au 4 juillet 1954, la cinquième Coupe du monde de football se déroule en Suisse. Le pays neutre a accueilli la compétition la plus prolifique en buts : 5,4 en moyenne par match, avec des rencontres hallucinantes.

Elle aurait pu consacrer une des plus belles équipes jamais vues dans l'histoire du football mais la pluie et la RFA ont décidé autrement du sort du Onze d'or hongrois.






Le contexte.

Neutre, la Suisse s'est vue attribuée l'organisation de la compétition en 1946, comme le Brésil pour 1950. Pour la première fois, des équipes du bloc soviétique participent aux éliminatoires, mais l'URSS n'y participe pas. La Tchécoslovaquie et la Hongrie se qualifie (mais la Hongrie a profité du forfait de la Pologne). Enfin, une sélection de la Sarre participe également aux éliminatoires, dans le groupe de la RFA et la Norvège. Rappelons qu'elle restait encore détachée du reste de l'Allemagne fédérale, jusqu'au référendum où la population décida de la rattacher à celle-ci. D'ailleurs, une équipe allemande fait sa réapparition depuis 1938.

Le premier tour.

Cette fois c'est définitif, le premier tour se disputera toujours en poules. L'Uruguay participe aussi pour la première fois à la Coupe du monde en Europe, comme tenante du titre (un vrai crève-cœur de devoir se justifier auprès des mécréants surtout que la même année naquit un géant du dessin industriel).

Cependant le format des poules est assez curieux : deux têtes de série sont désignées et elles ne s'affrontent pas si elles ne doivent pas se départager. Ainsi, toutes les équipes ne jouent pas trois matchs. D'autre part, l'Espagne, désignée tête de série dans le groupe de l'Allemagne et de la Hongrie, ayant été éliminée en tour qualificatif par la Turquie, elle laisse ce statut à ce dernier.

Dans le groupe A, le Brésil et la France ne se sont donc pas affrontés : en effet, si le Brésil s'est facilement qualifié, la France est éliminée par la Yougoslavie, alors qu'on nourrissait beaucoup d'espoirs.

Dans le groupe B, la Hongrie s'amuse : 9-0 contre la Corée du Sud et 8-3 contre la RFA ... amputée de ses meilleurs joueurs. Mais Puskas se blesse. La RFA passe par une victoire en match d'appui 7-2 contre la Turquie.

Dans le groupe C, l'Uruguay et l'Autriche passent avec 2 victoires. Le tirage au sort (il n'y a pas de départage en cas d'égalité) est favorable aux champions du monde qui terminent premiers du groupe.

Enfin dans le groupe D, l'Angleterre est accrochée par la Belgique 4-4 mais bat ensuite la Suisse 2-0. Ces derniers battent l'Italie en match d'appui 4-1 pour se qualifier. Chose incroyable aujourd'hui : les deux équipes s'étaient déjà affrontées dans le calendrier régulier (la Suisse avait déjà gagné 2-1).

Les phases finales.

Finie pour le moment les poules, place aux matchs à élimination, qui dureront jusqu'en 1970. A Berne, le 26 juin, s'est déroulé le match le plus prolifique de l'histoire de la Coupe du Monde : Suisse-Autriche.  Les Suisses mènent 3-0 avec 3 réalisations entre la 16è et la 20è minute. Coup sur coup, entre les 25è et 27è, les Autrichiens égalisent à 3-3. La chaleur use littéralement les Suisses qui encaissent deux autres buts juste après la demi-heure (5-3). Un  but helvète avant la pause réduit l'écart à 4-5. Le troisième but de Theodor Wagner porte la marque à 6-4 et le troisième de Josef Hügi permet aux Suisses de revenir à 5-6. Un 7è but de Probst conclut le score incroyable de 7-5.

Le même jour, le match de l'arrogance est également spectaculaire. L'Uruguay prend le dessus sur l'Angleterre, qui avait pris deux raclées historiques contre la Hongrie lors de la saison précédente par 4 à 2.

Le lendemain, le Brésil et la Hongrie s'affrontent. Le match est rude, les Brésiliens durcissent le jeu car ils sentent qu'ils ne peuvent rivaliser dans le jeu avec une équipe invaincue depuis 1950. Des buts rapides de Koscis et Hidegkuti donnent un avantage à la Hongrie que le Brésil n'a jamais comblé. Score final 4-2.

Enfin la RFA écarte la Yougoslavie 2-0. Elle est loin de la formation ridiculisée par les Hongrois.

La demi-finale du 30 juin a confirmé ce point de vue. Les Allemands ont caché leur jeu : ils pulvérisent l'Autriche 6-1, fatiguée par son match incroyable et par les errements de leur portier. Le match Hongrie-Uruguay est la finale avant la lettre. La Céleste résiste aux favoris : les Hongrois ont pourtant mené 2-0 mais les Uruguayens ont renversé la pente par deux buts en fin de match. D'un seul coup, la fragilité défensive des Hongrois apparaît. Deux buts (les 10è et 11è, record en coupe du monde) de Kocsis "tête d'or" ont raison des sud-américains, qui perdent leur invincibilité en Coupe du monde.

L'Uruguay n'a d'ailleurs pas digéré la défaite car elle s'incline 3-1 contre l'Autriche.

La finale, elle, reste dans l'histoire. On le sait, les Allemands étaient dopés. Mais cela n'aurait pas suffi sans des circonstances favorables : la pluie gêne le jeu hongrois, la malchance aussi (un but égalisateur de Puskas refusé pour un hors-jeu). Les Allemands sont toujours les méchants, même quand ils sont du bon côté. Le jeu magnifique de la Hongrie communiste enthousiasme tout le monde. Sauf les Est-Allemands, qui soutiennent leurs frères de l'Ouest en secret.

La Hongrie a pourtant fait le plus dur : Puskas et Czibor marquent dans les 10 premières minutes. Mais l'Allemagne gagne sa finale en égalisant dans les minutes qui suivent : Morlock et Rahn ramènent l'écart à 2-2. Le portier allemand, l'abnégation défensive ont aussi bloqué les tirs hongrois. Helmut Rahn frappe victorieusement à la 84è minute contre une défense mal organisée. Puskas n'a donc pas égalisé et sous la pluie, le miracle a eu lieu.

L'équipe hongroise a raté sa chance. Elle a encore brillé mais la révolution de 1956 l'a brisé définitivement. Au pays des arbres inclinés, le retour au pays a été des plus discrets. Puskas, Kocsis notamment ne rentrent pas en Hongrie alors qu'ils jouent avec le Honved à l'étranger. Jugé sur la fin, Ferenc Puskas le major galopant, réussit une formidable deuxième carrière au Real madrilène. Il disputera même la Coupe du monde 1962 avec la nationalité espagnole.

Quant à l'Allemagne, elle quitte son statut de paria. C'est aussi, avec le recul, la fin de la domination des petites nations d'Europe centrale, grandes nations du football mais dont la faiblesse démographique ne permet plus d'assurer un renouvellement permanent des générations de grands joueurs.


5 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Plein de petites références dans cet article. Super !

Une des grandes "injustices" sportive de l'histoire de la coupe du Monde. Comme la défaite des Pays-Bas en 74, à la différence toutefois que les Bataves, eux, n'avaient pas été victimes des circonstances.

Tarswelder a dit…

Pour moi, les Hongrois ont été usés par les matchs contre les Sud-américains. Les Brésiliens ont fait de la boucherie et déclenchent une bagarre. La demi-finale a continué d'user les Hongrois qui n'ont jamais fait tourner.

Et puis si les Allemands n'étaient pas revenus aussi vite, la Hongrie aurait été championne du monde.

Gin Tonic a dit…

Tout ça est vrai. Et l'état du terrain ne les a pas aidé. C'est le coté circonstances.

Tarswelder a dit…

Et ce sont les Allemands qui sont plutôt présents dans le jeu d'ailleurs.

On a parlé du dopage de la Mannschaft mais j'avoue toujours me poser la question du dopage des Hongrois et d'autres équipes. Après tout, tout est bon pour utiliser le foot comme arme de propagande. Je sais que Gabor n'aurait pas aimé mais lorsqu'on connaît les suites...

Et je repense à l'empoisonnement généralisé des Boks de 1995 aujourd'hui.

Gin Tonic a dit…

Pour moi, il n'y a pas beaucoup de doutes...