vendredi 18 juillet 2014

Cleveland, c'est bien maintenant ?

Je ne vais pas me faire le porte-parole de l'office du tourisme de Cleveland. Mais on n'a jamais autant parlé de la ville depuis quelques jours et depuis quelques semaines. Comment cette ville, symbole du déclin de l'industrie américaine et de la lose permanente, est-elle désormais devenue une place dont on parle dans le sport ? Avec le retour de l'Elu chez lui ? Oui mais pas seulement.





8 mai 2014. Premier tour de la draft de la NFL. Les Browns de Cleveland sélectionnent au 8è rang le corner back Justin Gilbert, histoire de renforcer la défense contre la passe. Ils ont encore un autre choix au 22è et ils repêchent un quaterback, poste sinistré à Cleveland : Johnny "Football" Manziel.

Johnny Manziel n'est pas un inconnu : vainqueur du trophée Heisman après la saison 2012 (meilleur joueur universitaire), le passeur de l'université de Texas A&M est un des buzz médiatiques de cette draft. On le sait talentueux mais aussi extravagant ; capable de courir, il fait partie de ce style de QB dont le potentiel est incertain. En effet, Manziel comme d'autres, mise beaucoup sur sa mobilité plus que sur la qualité de sa passe. On a vu sur le moyen et le long terme que cela ne marchait pas tant que ça en NFL. Un bon QB est d'abord quelqu'un qui sait faire de bonnes passes et qui ne court qu'à bon escient.

Reste que les stats accumulées en deux saisons par Manziel au Texas sont impressionnantes. Mais il reste un prospect, dont on parle beaucoup lorsqu'il célèbre quelque chose. Manziel est un phénomène médiatique qui fait vendre des maillots à Cleveland. Pour autant, sa place de titulaire n'est pas du tout assurée.Mike Pettine, le nouveau coach des Browns, prédère l'expérience d'un Brian Hoyer, qui a passé une bonne partie de sa carrière à regarder Tom Brady, et qui a été titulaire quelques matchs l'an passé, avant de se blesser (et d'entrainer la chute des Browns).

Bref, à Cleveland, on se met à rêver des Browns. Mais on reste encore très loin de la réalité. Il y a une bonne équipe : une défense intéressante, autour du linebacker Joe Haden, mais l'attaque est en chantier. L'arrivée de Ben Tate, qui était performant comme remplaçant à Houston, peut donner enfin de la puissance au jeu de course. Et si le jeu de passe s'y met, les receveurs Josh Gordon et Jordan Cameron pourraient briller encore plus que d'ordinaire.

Johnny Manziel. Le sauveur des Browns ? Rien n'est moins sûr.



11 juillet 2014. LeBron James rentre chez lui, dans l'Ohio. Après quatre années passées à Miami (2 titres et 2 finales perdues), le natif d'Akron a décidé de revenir aux Cavaliers. Les motifs ? L'attachement à son Etat natal, le sentiment qu'il ne peut plus gagner d'autres titres avec le Heat (vaincu 4-1 par les Spurs, James a été pratiquement seul dans toute la série) et plein de choses personnelles.

Son retour à Cleveland est le parfait opposé de ce qu'a été son départ. Au lieu d'un show d'une heure (The decision), c'est un courrier publié par Sports Illustrated qui annonce son retour. Plutôt que d'annoncer vouloir gagner des titres, il dit vouloir faire grandir cette franchise sans garantir le succès. Certes, il ne revient pas au minimum salarial (il touche le maximum sur deux ans, en attendant une éventuelle hausse liée à l'inflation des droits TV pour la NBA) mais le style est vraiment contraire. LBJ a sans doute été choqué et surpris par la façon dont son départ a été surpris : lettre vengeresse du propriétaire Dan Gilbert -retiré quelques jours avant l'annonce de son retour et après que Gilbert ait personnellement rendu visite à James à Miami-, fans qui brûlent les maillots. La violence des réactions a été proportionnelle à la maladresse de l'annonce, que reconnaît l'intéressé.

Du coup, l'Elu redevient le Messie. Et l'équipe de Cleveland n'est pas totalement désarmée comme elle l'était en 2003 lors de sa sélection : un meneur all-star Kyrie Irving, deux autres premiers choix de draft (Bennett en 2013 même si sa saison a été calamiteuse et surtout Andrew Wiggins, premier en 2014, considéré comme le meilleur prospect de la draft). Plus de bons joueurs comme Dion Waiters, le flingueur ou le Brésilien Aderson Varejao, aussi combatif que blessé.

Dès lors, tout le monde veut aller à Cleveland. James a fait ramener deux anciens du Heat : les shooteurs Mike Miller et James Jones joueront quelques minutes pour apporter momentanément leurs talents de gâchette. Et Kevin Love veut aussi venir dans l'Ohio. La tristesse du Minnesota doit vraiment le déprimer mais surtout, Cleveland est un candidat sérieux aux playoffs avec le seul retour de LeBron. Lui, aux Wolves, il n'a jamais rien fait. Joueur complet, excellent attaquant, bon rebondeur mais médiocre défenseur, le neveu des Beach Boys est prêt à aller à Cleveland. Mais les Wolves, avec qui il est encore en contrat, ne le lâcheront pas pour rien. Andrew Wiggins est le pivot de l'échange, Anthony Bennett pourrait faire partie du package. Love devrait cependant prolonger dans la foulée. Bref, tout le monde veut aller dans l'Ohio, avec un nouveau coach, David Blatt, qui n'est rien d'autre que le coach vainqueur de l'Euroligue. Un expert du basket mondial.

Le vendredi 11 juillet, les rares fans du Progressive Field ont pu apprécier le message des Indians adressé à LeBron James. Il ne jouera pas très loin (le Quicken Loan Arena est juste à côté si vous regardez la photo de Cleveland).


Et les Indians ?

Ben dans tout ça, leur saison est moyenne (47-47 à la pause des étoiles). La faute à des résultats à l'extérieur mauvais (18-28 un des pires de la ligue), à une rotation inconstante (A part Kluber et Bauer qui s'affirme, il n'y a pas un lanceur capable de produire plusieurs bon matchs), à des blessures des joueurs-clés (Bourn, Masterson, Swisher) qui réduisent leur production. Sans compter les carences défensives (73 erreurs soit le pire total des majeures). Bref, on s'en sort pas trop mal. Avec Michael Brantley, devenu All-star cette année, Corey Kluber qui est un des meilleurs lanceurs de la ligue, un Lonnie Chisenhall qui produit enfin ce qu'on attend de lui, on a aussi du positif (avec Cory Allen en excellent lanceur de 9è manche et une bonne relève en général). Cela ne suffira pas pour aller en playoffs. Je ne parle pas du titre de division, encore annexé par les Tigers de Detroit. Ni du premier wild-card, qui devrait revenir au vaincu du duel A's-Angels dans l'AL ouest. Il faut gagner au moins 90 matchs et les Indians doivent réussir un 43-25 bien difficile. L'an passé toutefois, ils avaient fini septembre en force (10 victoires de rang) mais avec une rotation bien plus consistante que l'actuelle.

Reste alors à faire des transactions. Les Indians ont deux atouts dans leur manche : Asdrubal Cabrera et Carlos Santana. Cabrera est en fin de contrat et une équipe qui cherche un arrêt-court pour gagner sera intéressée. Les Indians demanderont certainement en retour un lanceur partant. La perte de Cabrera n'est pas si dramatique : ses stats ne sont pas exceptionnelles mais on a un excellent remplaçant (Mike Aviles) et une future star, selon les journalistes américains, qui devrait débarquer dans la ligue en 2015 : Francisco Lindor qui est très prometteur. Pour Carlos Santana (évoqué cet hiver dans un échange avec le lanceur étoile de Tampa Bay David Price), les choses sont encore possibles : après un début de saison calamiteux, Santana (muté du poste de receveur au troisième but puis au premier) s'est relevé. A un poste où Chisenhall (3è but) a pris sa place par ses performances offensives, échanger le puissant frappeur ambidextre, pour un lanceur aussi, n'est pas idiot. Sauf que Santana est un des piliers offensifs de l'équipe, surtout avec les difficultés de Swisher, de Kipnis et avec un banc qui n'apporte pas autant que l'an passé. Bref à suivre...

Mais à Cleveland, on commence à croire qu'on n'est plus maudit. Mais ça fait des lustres qu'on attend.

Michael Brantley (23 comme le numéro de LeBron James aux Cavs avant de partir) frappe un circuit contre les Tigers le 19 mai dernier. Très bon défenseur, joueur efficace quand il faut faire marquer, Brantley n'a jamais été un puissant frappeur (10 HR en 2013). Mais avec 15 HR cette saison, plus une excellente moyenne, supérieure à 31%, il a mérité sa place de joueur étoile. Et pour un salaire très abordable !

8 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Cleveland est en train de devenir l'endroit ou il faut être !

Tarswelder a dit…

Allez ! Tous à Cleveland ! C'est pourtant pas là où a été inventé le prozac.

En attendant qu'un procès interdise le logo des Indians voire leur nom. Ca ferait bien pour célébrer le siècle de la dénomination de la franchise.

Gin Tonic a dit…

C'est quoi cette histoire de procès ?

Tarswelder a dit…

Depuis plusieurs années, les associations représentant les Indiens veulent supprimer les références -selon elles toujours péjoratives- à leur communauté. Ils ont fait changer le nom de nombreuses équipes universitaires et ils mènent une action contre les Redskins de Washington. Son propriétaire refuse de changer le nom.

La prochaine cible est les Indians, dont le logo est jugé dégradant.

Gin Tonic a dit…

Je savais pour les Redskins, mais pas pour les Indians.

Tarswelder a dit…

Il n'y a pas de procédure contre les Indians mais la polémique porte déjà sur le logo. C'est vrai qu'il représente un peau rouge avec un sourire un peu niais. C'est comme ça aussi que je suis tombé amoureux de cette franchise.

La première fois que j'ai vu ça, je me suis demandé comment on pouvait avoir un tel logo ! Puis j'ai trouvé ça marrant et mignon.

Gin Tonic a dit…

Il y avait un coté prémonitoire quand tu m'avais fait la version sang et or !!

Tarswelder a dit…

L'année prochaine c'est le centenaire de la dénomination de la franchise. Je ne crois pas qu'on changera le nom mais le logo peut-être.