samedi 21 juin 2014

Histoire tarsienne de la Coupe du monde de football. Brésil (I) 1950. Le délire fanatique du football

Le monde doit se relever de la guerre et le sport est mis en sommeil. Il n'y a pas de Coupe du monde en 1942 et évidemment en 1946. Celle de 1950 a lieu au Brésil : tout d'abord parce que le tour de l'Amérique du Sud était venu, ensuite parce que le Brésil est une des meilleures nations du monde, enfin parce que l'Europe a encore d'autres chats à fouetter qu'organiser une telle compétition.



Une nouvelle formule, encore.

Après les éditions de 1934 et 1938, on retourne à la formule originelle de 1930 : des poules qualifient une équipe et le seul vainqueur est qualifié. Par contre, on organise un tournoi final entre les quatre premiers.

Comme en 1950, il n'y a que 13 équipes qualifiées, alors que 16 étaient prévues. Une cascade de nations absente marqua la compétition :

- Les nations du bloc soviétiques refusèrent de participer à la compétition, y compris les vice-champions du monde 1934 et 1938 (Tchécoslovaquie et Hongrie)
- L'Inde, qualifiée, refusa de participer car la FIFA imposa de jouer les matchs chaussés.
- L'Ecosse se qualifia en terminant deuxième du tournoi britannique, derrière l'Angleterre, mais déclara forfait car son président fédéral avait dit que l'équipe ne traverserait l'Atlantique qu'en cas de victoire. Notons que l'invincible armée anglaise n'a pas cette bassesse de la lâcheté.
- L'Argentine renonça en raison d'un conflit avec la Fédération brésilienne. Est-ce une conséquence de la revendication de l'organisation du mondial sud-américain ?
- Les vaincus de la guerre sont encore exclus : le Japon, l'Allemagne.
- L'Autriche déclina sa participation car elle estima que son équipe n'était pas assez expérimentée.
- La Turquie renonça pour des questions financières. Bien qu'éliminée dans les qualifications, le Portugal et la France ont décliné le rattrapage, faute de temps invoqua la FFF. Celle-ci a pourtant été symboliquement reversée dans le groupe 4.

Par contre, on retrouve l'Uruguay, qui avait bravement décliné le voyage européen de 1934 et 1938. L'Italie, elle, défend son titre malgré la perte de nombreux joueurs du Torino, tués dans la catastrophe aérienne de Superga l'année dernière. Enfin l'Angleterre décida enfin de donner une belle leçon de son sport au reste du monde. Après une victoire triomphante d'une sélection britannique contre une sélection européenne, elle pensait pouvoir montrer au reste du monde la petitesse du football artisanal et du football samba.

Courageux premier tour.

Pas de souci pour le Brésil dans le groupe A qui montre d'emblée ses prétentions. Le Mexique et la Yougoslavie ne résistent pas mais seule la Suisse et son verrou bancaire sauve le match nul (2-2).

Dans le groupe B, l'Angleterre commence par une victoire sur le Chili 2-0 mais tombe contre les Etats-Unis (0-1). Cette humiliation est terrible contre une nation qu'elle méprise -et qui ne pratique pas le football-. La polémique vient de la sélection de joueurs qui ne sont pas américains comme le buteur Getjens. Mais les Anglais n'ont pas fini de manger leur arrogance car ils perdent 1-0 contre l'Espagne, qui a gagné ses 3 matchs.

Dans le groupe C, la Suède sort vainqueur de cette poule à 3. Sa victoire 3-2 contre l'Italie est rédhibitoire et le nul contre le Paraguay assure la qualification.

Enfin dans le groupe D, le complot franco-brésilien impose à l'Uruguay de ne jouer qu'un match contre la Bolivie. La lâcheté tricolore, le refus brésilien d'admirer un match de plus la Céleste et l'opposition d'une telle médiocrité (8-0 pour l'Uruguay) pour dévaloriser les champions, c'est tout ce qu'il faut pour provoquer un vrai scandale;

Tour final.

C'est la seule fois qu'une coupe du monde ne se décide pas sur une finale. L'Uruguay est accrochée par l'Espagne (2-2) alors que le Brésil entame son récital mené par Adémir : 7-1 contre la Suède et 6-1 contre l'Espagne (qui n'aime décidément pas le Brésil). L'Uruguay doit s'arracher contre la Suède pour avoir le droit de croire au titre contre le Brésil : menée 1-2, elle marque deux buts dans le dernier quart d'heure pour s'imposer. En battant l'Espagne 3-1, les Suédois terminent troisièmes du tournoi.

Le 16 juillet 1950 reste donc un jour noir dans l'histoire du Brésil. Dans un Maracana  surchauffé, le Brésil attaque sans arrêt le but uruguayen. Mais le score est vierge à la pause. Friaça débloque le verrou artisanal dès la 47è minute mais la Céleste se réveille. Schiaffino égalise à la 66è mais le Brésil reste vainqueur (un match nul suffit). A la 79à Ghiggia piège le pauvre Barbosa : il lui fait croire à un centre mais il tire à son intérieur et marque. 2-1, l'Uruguay transforme le temple du football en cimetière : le Maracanaço. Pendant ce temps-là, le pauvre portier se voit infligé une infamie injuste et exagérée, qu'il a traîné jusqu'à sa mort. Et un jeune gamin de 9 ans pleure comme tout le Brésil : Edson veut sa revanche.

Le football artisanal même déclinant et tendu vers la boucherie a triomphé. Le monde décerne glorieusement une quatrième étoile. Mais tout ça remonte 4 ans avant la naissance du dessinateur en chef...


3 commentaires:

Gin Tonic a dit…

La raison du forfait de l'Inde est grandiose !

Une étoile en pente déclinante...

Gin Tonic a dit…

Et l'affiche fait un peu "bruit de bottes". Pour un Mondial post guerre...

Tarswelder a dit…

On n'est pas totalement sûr de la cause du forfait de l'Inde. Les versions sont contradictoires. On aurait pu invoquer aussi les questions financières.

A noter le nom de Jules Rimet, le type qui remet la Coupe avec un énorme sentiment de solitude.