dimanche 9 juin 2013

Histoire du jeu d échecs une approche (Partie 4). Politique, gros sous et magouilles 1972-


La période qui suit la victoire de Fischer nous amène vers les échecs actuels : la politique, l’argent, les scandales ponctuent les différents championnats du monde, ce qui leur donne un aura médiatique. Cette période est aussi marquée par la domination de deux champions d’exception : Anatoli Karpov et Garri Kasparov.



L’Empire contre-attaque face au Vaisseau fantôme.
La défaite de Spassky contre Fischer est un véritable choc pour les autorités soviétiques. Spassky est puni d’un an de privation de tournoi à l’étranger, tout comme Petrossian et Taïmanov ont été aussi sanctionnés. Le goulag n’est pas pour l’ancien champion qui bénéficie d’une protection due à son statut.
L’autre problème soulevé après cette débâcle est l’absence de relève de la génération de l’Américain. Comme dans d’autres activités, la Grande Guerre Patriotique a provoqué les « classes creuses », déjà entamées par les purges des années 30 et les joueurs nés entre 1941 et 1947 ne sont pas parmi les meilleurs. La Fédération Soviétique décide alors de miser sur un joueur plus jeune encore, Anatoli Karpov. Né en 1951, il a 21 ans quand Fischer détrône Spassky mais il est déjà connu : champion du monde junior, vainqueur du très fort Mémorial Alekhine en 1971, il incarne l’espoir d’une nation humiliée. Pourtant, Botvinnik n’avait une haute opinion de lui (faible dans le jeu positionnel, peu de talent) mais reconnut son erreur en l’intégrant dans l’école qu’il a créée.
Né en Oural, Karpov est une Russe pure souche. Jeune, il fait encore adolescent avec son frêle physique et un visage presque poupon. Mais son esprit est autrement plus fort. Le style de Karpov se résume à la main de fer dans un gant de velours. Sous des coups apparemment sans agressivité, il prépare, cisaille, torture son adversaire dans des manœuvres simples mais impossibles à contrer. Il incarne le jeu de position tout en étant très fort dans le jeu de combinaison.
En 1973, les meilleurs joueurs soviétiques sont « conviés » au Championnat d’URSS qu’ils avaient tendance à déserter. Beaucoup pensaient que la passation de pouvoir entre la génération dorée des années 60 et Karpov allait se produire. Pas tout à fait. Spassky remporte ce championnat, démontrant une volonté, une rage de vaincre qu’on aurait aimé voir contre Fischer. Karpov est deuxième, qui perd contre le troisième, Tigran Petrossian.
Toujours en 1973 débute le cycle qui doit amener Bobby Fischer à remettre son titre en jeu en 1975. L’Américain n’a pas été vu en compétition depuis sa victoire contre Spassky. Lors de l’Interzonal de Leningrad (pour la première fois, il y a plusieurs tournois interzonaux qualificatifs), Karpov s’impose mais à égalité avec Victor Kortchnoi (né en 1932). C’est le début de leur rivalité.
Les matches des candidats en 1974 confirment l’ascension des deux joueurs. Karpov élimine successivement Polugaïevsky et Spassky, pour la passation attendue. Quant à Kortchnoi, il écarte le prodige brésilien Mecking avant d’éliminer Petrossian, qui abandonne un match où les coups de pieds sous la table étaient légion.
Il faut dire que Kortchnoi n’a pas tout à fait le même état d’esprit que l’ancien champion du monde. Cet ancien boxeur, survivant du siège de Leningrad, diplômé d’histoire, avait ouvertement déclaré ses faveurs pour Fischer contre Spassky en 1972 et son « comportement individualiste » fut plusieurs fois sanctionné. Son jeu reposait sur ses capacités à défendre : pousser l’adversaire à attaquer, à sacrifier, manger le matériel, défendre et exploiter l’avantage ensuite. Puis, il changea son jeu : plus ambitieux, plus offensif mais toujours avec des manœuvres peu orthodoxes qui déstabilisaient ses adversaires mais parfois aussi sa propre position.
La finale des candidats de 1974 fut également marquée par une lourde atmosphère. Karpov mena rapidement mais céda sur la fin, victime une première fois de son manque d’endurance, et vit Kortchnoi revenir sur ses pas. Mais le plus jeune l’emporta finalement (3 victoires à 2 et 12,5 à 11,5)





 Anatoli Karpov à gauche debout pendant que Victor Kortchnoi réfléchit. Le match est tendu jusqu'au bout mais Karpov finit par l'emporter.
Karpov champion du monde. Une affaire de K
Le match tant attendu s’approchait. Mais Fischer n’avait toujours pas reparu. Il posa un grand nombre de conditions pour le match : tout d’abord que le vainqueur soit celui qui remporterait 6 victoires sans limite de nombre de parties. Ce système abolissait les matches nuls. Mais la FIDE, dirigée par l’ancien champion du monde Max Euwe, rejeta certaines de ses exigences. Elle lança à l’Américain un ultimatum : s’il ne répondait pas positivement avant le 24 avril 1975, il serait déchu du titre. Fischer ne répondit pas, Karpov fut proclamé champion du monde. Cette même année, un grand nom, un grand malchanceux meurt brutalement : à 59 ans Paul Kérès meurt alors qu’il rentrait d’un tournoi victorieux.
Pour le jeune Anatoli, ce titre portait pour les amateurs le sceau -injuste- de l’infamie. Mais comme pour démontrer qu’il méritait sa couronne, et pour ne pas reproduire les erreurs de ses prédécesseurs, il joua tournoi sur tournoi. En 2008, il totalise plus de 150 victoires, un record absolu et certainement jamais égalé.
Kortchnoi était maintenant sûr, depuis son match de 1974, que tout était misé sur Karpov. Pour lui, il n’avait plus qu’une solution : fuir. Mais encore fallait-il s’acheter une conduite pour pouvoir disputer des tournois en Europe Occidentale. Le tournoi IBM d’Amsterdam, joué en juillet 1976, lui procurait cette occasion de passer à l’Ouest. Lors de la dernière ronde, il demanda au grand-maître anglais Tony Miles (co-vainqueur du tournoi avec lui) comment dire en anglais « asile politique ». Le dernier soir, Victor se précipita dans un commissariat et prononça ses mots. Il était passé à l’Ouest.
Kortchnoi était obligé de se cacher dans un premier temps avant que la Suisse ne lui offre finalement un statut de résident (Il en obtiendra la nationalité quelques années plus tard). Les soviétiques l’effacèrent de leurs archives. Bien que champion d’URSS dans les années 60, son nom fut rayé du palmarès, des encyclopédies, n’étant cité que comme « celui qui ». En gros la bonne vieille photo truquée où on a oublié d’effacer les chaussures de celui qu’on retirait des photos officielles.
Une lettre de grand-maîtres fut publiée pour dénoncer l’attitude de Kortchnoi. Pourtant parmi les signatures manquantes on trouvait quelques noms prestigieux : Mikhaïl Botvinnik (qui refusait d’ordinaire de signer des lettres collectives), Boris Spassky et David Bronstein, qui avait aidé Kortchnoi dans son match de 1974. Sans compter le « refuznik » Boris Gulko. Tous ces champions furent sanctionnés d’une façon ou d’une autre. Les crédits de l’école de Botvinnik auraient été diminués, Bronstein fut privé de tournoi à l’étranger, Gulko avait déjà l’image de l’opposant. Spassky s’en tira le mieux mais son mariage avec une diplomate française incita les autorités soviétiques à le laisser partir (Il devient citoyen français en 1984).
La Diagonale du Fou
Le bon film de Richard Dembo (avec surtout un excellent Michel Piccoli) ne pouvait pas mieux illustrer cette période où Karpov et Kortchnoi ne cessent de se croiser et de se défier. Le film d’ailleurs s’est inspiré de leur histoire.
Soljenitsyne était passé à l’Ouest, Kortchnoi l’avait suivi. Si les livres du premier étaient déjà interdits, on boycotta le second dans les tournois : soit Kortchnoi jouait et les Soviétiques refusaient d’y participer, soit il était retiré et la Fédération envoyait des joueurs. Ce fut la marque de la période 1976-1983. Mais il n’était pas question de faire de même pour le championnat du monde.
Mais dans le cycle 1976-1978, Kortchnoi fit parler sa rage de vaincre. L’apatride battit à nouveau Petrossian avant d’écraser le pauvre Polugaïevsky à Evian. Puis Spassky se trouva devant lui. La finale des candidats réserva un scénario curieux : Kortchnoi mena 5-0 après 10 parties mais Spassky gagna les 4 suivantes avant que le premier ne marque deux points et remporte le match.
La revanche du « championnat du monde officieux de 1974 » se déroula à partir de juillet 1978 à Baguio aux Philippines. Le dictateur Marcos avait attiré la FIDE avec ses sous, tandis qu’un organisateur du nom de Campomanès s’illustre. La règle appliquée est celle des 6 victoires
Le match se déroule d’entrée dans une atmosphère incroyablement tendue et lourde, pas uniquement à cause de la chaleur. Les scandales plus ou moins folkloriques se succèdent. Après l’affaire des drapeaux (Kortchnoi étant apatride voulait jouer avec le drapeau de la fédération suisse où il est affilié), l’affaire des yaourts : Kortchnoi accuse les Soviétiques de faire passer des messages codés à Karpov au travers des yaourts qu’il consomme (couleur, moment) ; Karpov consommera désormais ses yaourts à moment fixe et toujours de la même couleur. Puis vint l’affaire Zoukhar : un parapsychologue se tient au premier rang et fixe Kortchnoi pendant les parties. Ce dernier l’accuse de vouloir l’hypnotiser et met des lunettes noires. En réplique vient l’affaire des gourous : un couple, issu d’une secte locale, passe son temps à observer le fameux Zoukhar. Bref tout cela agrémente un match déjà tendu.
Le match est intense : Kortchnoi met souvent Karpov en difficulté mais ce dernier s’accroche et Kortchnoi, pressé par la pendule, perd souvent son avantage et gaffe. Une partie s’achève après 124 coups (record en championnat du monde). Karpov prend l’avantage après 8 parties et prend l’ascendant 4-1 après 17 parties jouées. Kortchnoi semble découragé mais s’accroche. Après 27 parties et près de 3 mois de lutte, il est mené 5-2. Il ne manque plus qu’un succès à Karpov pour conserver son bien. Mais Kortchnoi change de tactique : en accumulant les petits avantages, comme Karpov, il le met en position déplaisante et remporte 3 des 4 parties qui suivent (5-5 après 31 parties). Le challenger commet l’erreur de choisir une ouverture trop ambitieuse, Karpov prend l’avantage et Kortchnoi abandonne à l’ajournement (victoire 6-5 pour Karpov). Il refuse la défaite, ne signe pas la feuille de partie et n’encaisse pas la bourse du vaincu (Il attendra plusieurs mois et la décision finale d’un tribunal néerlandais).


Kortchnoi contre Karpov en 1978. Les nombreux incidents qui ont émaillé le match témoignent de la pesanteur du climat de la rencontre, tout autant que du climat tropical des Philippines. Énorme champion, qui s'est battu toute sa vie, Kortchnoi a mené une carrière de plus de 60 ans qui s'est sans doute terminée en 2012 après de gros soucis de santé.
En cette même année 1978, un jeune joueur soviétique fait parler de lui. On dit que cet élève de Botvinnik a un grand talent : il s’appelle Garry Kasparov. Mais en l’absence de Karpov, l’URSS subit un camouflet incroyable : elle perd les Olympiades au profit de la Hongrie, alors qu’elle avait toujours gagné cette épreuve depuis 1952 (mais pas en 1976 non plus car l’URSS et les pays de l’Est ont boycotté l’épreuve disputée à Haïfa alors qu’ils avaient joué celle de Tel-Aviv en 1964). En 1980, c’est au départage que les Soviétiques remportent la victoire contre ces mêmes Hongrois. L’Empire soviétique est puissant mais son turbulent rival (cf. le football et le waterpolo) résiste aussi.
Une affaire de K, la suite. Après Kortchnoi, Kasparov.
En attendant, Karpov continue de dominer les Echecs mondiaux. A part Bobby Fischer (et ses 2785 points Elo), il est le seul joueur à atteindre la barre mythique des 2700 points du classement Elo. Mikhäil Tal a atteint cette barre une seule fois mais il détient le record d’invincibilité en tournoi (plus de 90 parties sans perdre, un exploit pour un attaquant comme lui même si son jeu est devenu plus posé).
Kortchnoi reste bien son adversaire principal mais sa chance est passée à Baguio. Il atteint la finale du championnat du monde 1981, il a plus de difficultés qu’avant. Et Karpov plie le match, qui se déroule à Mérano en Italie, en gagnant 3 des 4 premières parties. A Baguio, il lui avait fallu 32 parties pour gagner les 6 victoires, 18 suffisent 3 ans plus tard, ne perdant que deux fois (6-2). Là encore le match est marqué par une affaire de dissidence : le fils de Victor Kortchnoi, Igor, a été condamné à 12 ans de prison pour refus de faire son service militaire. Dès lors des rumeurs courent sur ces fameux matches : Kortchnoi aurait accepté de perdre pour que son fils n’aille pas en camp. Récemment, il raconte que Tal lui aurait confié qu’en cas de victoire contre Karpov, le KGB aurait prévu de l’assassiner (façon « accident bête » on suppose).
La menace sur Karpov commence toujours par un K mais n’est pas dissident, pas suisse et a 12 ans de moins que lui. Garry Kasparov fait déjà partie de l’élite mondiale quand Karpov étrille Kortchnoi à Mérano. Quelques semaines plus tard, il remporte le premier de ses deux championnats d’URSS (l’autre en 1988 avec Karpov).
Dans le nouveau cycle des candidats de 1982-1984, Kasparov fait partie des favoris. Facile vainqueur de l’Interzonal de Moscou, il écarte son compatriote Beliavsky au premier tour avant d’affronter Kortchnoi. Mais les histoires reprennent : l’URSS refuse d’envoyer ses deux Soviétiques (Kasparov et l’ancien champion du monde Smyslov) dans les pays où ils doivent affronter leurs adversaires respectifs (Kortchnoi à Pasadena, le Hongrois Ribli à Dubai). Pour revenir à Smyslov, sa qualification a fait l’objet de polémiques : son match l’opposait à l’Ouest-Allemand Robert Hübner (égyptologue de formation), mais n’arrivant pas à se départager, on finit par tirer au sort le qualifié. On se rend au casino le plus proche (Hübner scandalisé a quitté la ville) et évidemment lorsqu’on lança la boule, elle tomba sur le zéro avant de qualifier Smyslov.
Discussions, palabres menées par le curieux nouveau président de la FIDE, le Philippin Campomanès. Finalement, les deux matches se joueront à Londres à l’automne 1983 mais les Soviétiques doivent accepter de lever le boycott contre Kortchnoi (Conséquence, lors d’un tournoi aux Pays-Bas en 1987, Karpov et Kortchnoi se remettent à jouer ensemble au bridge en partenaires. Karpov est aussi un amateur de belote et de jeux de cartes en général, sans compter sa collection de timbres).
Le choc oppose bien évidemment le jeune loup à Kortchnoi. Kasparov démontre ses progrès dans les positions techniques : lui l’attaquant créatif et génial, exprime aussi sa force en fin de partie, déjouant ainsi l’expert qu’est Kortchnoi. Quant à Smyslov, il retrouve sa jeunesse en battant Ribli. Mais le vétéran ne résiste pas à Kasparov dans la finale des candidats (4 victoires et 9 nulles pour ce dernier). Kasparov devient le plus jeune finaliste d’un championnat du monde, à 21 ans et demi.
Karpov et Kasparov : du duel qui s’éternise au scandale.
Ces presque homonymes ont beaucoup de points opposés : Karpov est expérimenté, pas Kasparov, l’un est Russe, l’autre est d’origine arménienne, juive et né à Bakou en Azerbaïdjan. L’un est patient, l’autre brillant mais tous deux ne perdent pas plus de 4-5 parties par an. Ce match prévu en 6 gains risque d’être long, lorsqu’il débute en septembre 1984. Personne n’avait prévu que cette saga comportait 5 épisodes et 144 parties. Mais pour que l’un soit grand, il a fallu qu’il affronte l’autre.
Ce match promet d’être passionnant mais très vite Karpov prend le large : 4-0 après 9 parties. Il surprend son adversaire dans les ouvertures, repousse énergiquement ses tentatives et fait preuve de sa maîtrise technique contre un opposant par trop naïf et découragé. La rencontre semble pliée mais Kasparov décide de ne plus prendre de risques alors que Karpov attend patiemment la faute. 17 parties nulles se succèdent, un record. La 27ème tombe encore dans l’escarcelle de Karpov : 5-0 c’est fini, d’autant plus que la Fédération Soviétique annonce que Karpov pourrait renforcer l’équipe aux Olympiades.


Karpov contre Kasparov lors du match de 1984, le plus long de l'histoire et le seul qui ne s'est pas terminé.
Au bord du gouffre, sachant que sa Fédération souhaitait sa défaite, Kasparov trouve l’énergie pour se battre. Il profite d’une erreur (enfin) de Karpov pour remporter sa première victoire en carrière contre le champion du monde à la 32ème partie. Et le match s’éternise, décembre, janvier s’écoulent sans que la décision ne soit faite. Mais Karpov est usé, fatigué. Dans la 41ème partie, il manque une chance de gain qu’il aurait saisie en septembre. Mais Kasparov change de tactique, il rend le combat plus aigu alors que Karpov veut en finir. Mais il n’arrive pas. 30 janvier 1985, 47ème partie : Karpov avec les Blancs joue une de ses plus mauvaises parties en carrière et perd rapidement 5-2. Le match est arrêté et déplacé dans un hôtel de Moscou (le décès d’un officiel du régime oblige le déménagement du match de la Salle des Colonnes). Une semaine plus tard : 48ème partie, Kasparov exploite un avantage matériel acquis de haute lutte. 3-5. Karpov n’a plus gagné depuis le 27 novembre ! C’est dans la nuit que débarque Campomanès, « appelé » par la Fédération soviétique pour trouver une solution à ce match qui s’éternise. La 49ème partie est reportée pour des « raisons techniques ». Karpov serait épuisé, presque à l’hôpital. Puis très vite, Campomanès annonce l’annulation du match et la reprise en septembre à 0-0, avec la limitation à 24 parties.
C’est alors que le scandale surgit : Kasparov le dénonce, estimant qu’il avait enfin quelques chances de gagner. Karpov se défend plus mollement en disant qu’il menait au score. L’ère Gorbatchev est commencée avant même son intronisation, qui arrive quelques semaines plus tard après la mort de Tchernenko. Kasparov accuse Karpov et la FIDE de magouille, il leur en voudra jusqu’au bout, c’est le début d’une guerre tous azimuts où l’échiquier n’est qu’un théâtre parmi d’autres de la farce politique que devient la FIDE.
Des matches palpitants.
Le nouveau championnat du monde commence en septembre 1985. Cette fois, les deux joueurs se limitent au strict minimum de la bienséance : la poignée de mains et c’est tout. Kasparov frappe d’entrée comme si on jouait la 49ème partie du match précédent mais par deux victoires (4ème et 5ème) Karpov prend l’avantage. Il n’arrive pas à exploiter son bénéfice : Kasparov est souvent en difficulté mais ses talents tactiques et son imagination lui permettent de s’en sortir. Et c’est même Karpov qui flanche : une incroyable bourde dans la 11ème donne l’égalité à son challenger. Et dans la 16ème c’est un festival de Kasparov qui remporte sa plus belle victoire contre Karpov. Enchanté par un festival liant la stratégie à la tactique, il est même ovationné par la foule qui scande son prénom. Et dans la 19ème, Karpov joue curieusement l’ouverture et se retrouve proprement dominé. Mais en gagnant la 22ème, il se donne une chance de conserver son titre. Mené 11-12 (3 victoires contre 4) avant l’ultime partie, il peut le faire en gagnant puisque l’égalité lui est favorable.
Dans ce match, quand Karpov provoque les complications tactiques, c’est Kasparov qui joue mieux que lui. Il manque une chance de gagner mais son adversaire n’en donne pas une autre et sa contre-attaque force le champion du monde à laisser le rideau tomber devant lui. A 22 ans, Garry Kasparov devient le plus jeune champion du monde de l’Histoire (Score finale 13-11, 5 victoires contre 3).
Kasparov couvert par la traditionnelle couronne des champions du monde après sa victoire en 1985
Karpov n’a pas renoncé et réclame la revanche, dont on a curieusement rétabli le droit avant sa défaite. Mais l’intérêt de l’Occident pour ce duel qui symbolise sommairement la lutte entre conservateurs (Karpov qui est aussi député au Soviet Suprême) et réformateurs de Gorbatchev (Kasparov, occidental et pro-Glasnost), impose de délocaliser le match, moitié à Londres, moitié à Léningrad entre août et octobre 1986. Kasparov prend le dessus dans la première phase londonienne : 2 victoires à 1 mais la meilleure partie fut nulle après que l’un et l’autre ont raté une bonne occasion. La moitié de Leningrad est d’une intensité supérieure. Kasparov marque 2 fois et mène 4-1 mais en 3 parties Karpov égalise. On parle d’espionnage au sein de l’équipe de Kasparov : un de ses secondants, soupçonné, s’en va. Kasparov remporte la 22ème partie et assure sa victoire. Il est le premier champion du monde à gagner un match revanche (12,5 à 11,5 5 victoires à 4).
Pendant ce temps, le cycle 1984-1987 s’était déroulé tranquillement (NB.Le tournoi des Candidats qualificatif pour ce cycle, avait lieu à Montpellier pendant le match K-K de 1985). L’inconnu francophone, francophile et aujourd’hui français Andreï Sokolov en sort vainqueur après des victoires contre ses compatriotes Vaganian et Youssoupov. Il doit cependant affronter Karpov, qui a été automatiquement qualifié pour la finale des Candidats puisque ses matches à répétitions n’ont pas permis de participer normalement au cycle). La différence est de taille : 4 victoires, 7 nulles pour Karpov. Sokolov ne se remit jamais de cette déroute, glissant progressivement au classement avant de s’installer à Mulhouse.
Donc à l’automne 1987, revoilà nos deux K à Séville. L’ambiance est lourde : Kasparov a sorti un livre autobiographique (Et le Fou devint Roi) où il règle ses comptes. Mais sur l’échiquier il est en difficulté. Dans la 2ème partie, un coup surprise de Karpov le fait réfléchir 1 h 25 minutes (record absolu. Chaque joueur dispose de 2 h 30 pour jouer 40 coups) ; en manque de temps, Kasparov craque et perd. Les deux hommes essaient de se surprendre dans les ouvertures, jouant des variantes qu’ils n’ont jamais employé l’un contre l’autre. A ce jeu-là, Karpov est pour une fois meilleur mais Kasparov s’accroche. Il passe même devant après une gaffe de Karpov dans la 11ème partie : après le coup joué, il regarde son adversaire, joue son coup, puis dans son rituel de mimiques, se dit que ce n’est pas possible. Karpov n’a pas pu gaffer. Puis il se met la main devant la bouche, hésitant entre le rire et la confusion. Pourtant après 22 parties d’un match médiocre le score est de 11-11 (3 victoires chacun).
Dans la 23ème partie, Karpov finit par vaincre Kasparov à l’usure par une pression constante. Comme en 1985, mais les rôles sont inversés, le champion du monde peut s’en sortir par une victoire. Kasparov débute tranquillement, pour endormir la vigilance de Karpov, prend l’avantage mais dans le zeitnot (crise de temps) réciproque, le premier manque le gain puis le second la nulle. Kasparov s’impose et obtient le match nul (12-12 et 4 victoires partout) sans gloire mais qui signifie la victoire.
Entre temps, le champion du monde veut régler son compte à la FIDE et imposer ses idées. Les Echecs doivent être un spectacle. Avec l’aide de quelques amis, il organise une Coupe du Monde de 6 tournois (dont un à Belfort patronné par J-P Chevènement alors ministre de la Défense). Il remporte 4 tournois (dont 2 ex-æquo), Karpov 3 (dont un avec Kasparov).
En 1990, les deux joueurs se retrouvent entre New York et Lyon. Les deux hommes sont sur une autre planète. Karpov élimine nettement tous ses rivaux alors que Kasparov bat le record de Fischer et franchit la barre des 2800 Elo. Il est nettement favori mais Karpov en match est un os dur à ronger. Dans la première moitié à New York, les deux joueurs ne se départagent pas (6-6) mais à Lyon, Kasparov est nettement meilleur même si la marque finale (12,5 à 11,5, 4 victoires à 3) montre que Karpov a sacrément bien résisté. C’est le 5ème match entre les deux, 144 parties et le dernier.


Kasparov et Karpov lors du championnat du monde 1990, dont la deuxième moitié s'est disputée à Lyon. Après une première moitié équilibrée, Kasparov domine globalement la deuxième phase et il aurait pu gagner sur un score plus large s'il avait été un peu plus volontaire dans les choix finaux.
La rupture et l’éclatement.
La disparition de l’URSS n’a pas empêché de nouveaux talents d’émerger. Vassili Ivantchuk, Boris Gelfand et un peu plus tard, le jeune Vladimir Kramnik (1975-). Les Echecs ne se limitent plus à la seule URSS : les Anglais se réveillent, emmenés par Short, les Indiens avec le surprenant « Vishy » Anand, et même la France avec Joël Lautier, qui triomphe au nez et à la barbe des Soviétiques dans le championnat du monde junior de 1988. Chez les femmes, un triple phénomène familial n’en finit pas d’étonner : les sœurs hongroises Polgar dominent la planète échiquéenne féminine mais refusent de disputer les tournois féminins. L’aînée Susan, fera une exception pour remporter (facilement) le titre mondial féminin des mains de la Chinoise Xie Jun. Sofia s’éclipsera progressivement alors que la benjamine Judith est tout simplement la meilleure joueuse de l’Histoire, dépassant la barre symbolique des 2700 points Elo (aujourd’hui près de 100 points de plus que la seconde joueuse mondiale), sans avoir eu toutefois de sérieuses chances pour s’emparer du titre masculin.
Moins d’une semaine après la disparition officielle de l’URSS, le tournoi de Reggio Emilia rassemble neuf ex-Soviétiques (dont Kasparov et Karpov) et Anand. A la grande surprise de tout le monde, l’Indien l’emporte devant tout le monde, après avoir vaincu Kasparov.
La fin de l’URSS conduit curieusement aussi à la fin de l’unité de la FIDE. Kasparov cherche à l’abattre et à créer une organisation qui apportera un maximum d’argent aux joueurs. Pendant ce temps, Karpov est éliminé par l’anglais Short (meilleur joueur occidental avec Timman) en 1992.  Une surprise. Short acceptera de rompre, avec Kasparov, contre la FIDE et un match est organisé sans son accord à Londres ; Kasparov est même un temps exclu du classement. Il bat facilement l’Anglais (6 victoires à 1) alors que la FIDE organise en urgence un match des vaincus entre Karpov et le Hollandais Timman, que le premier gagne facilement (6 victoires à 2).
Kasparov crée la PCA (Professionnal Chess Association, un peu sur le modèle de l’ATP) et  deux cycles parallèles se disputent. Avec comme conséquence de remettre sur pied Karpov.
Et pendant ce temps, un géant fait son retour, enfermé dans sa paranoïa et dans un contexte de guerre. Bobby Fischer joue le match revanche contre Spassky en septembre 1992 dans la Yougoslavie de Milosevic en plein conflit dans les Balkans. Cet événement qu’on n’attendait est devenu un événement qu’on ne voulait plus attendre. L’Américain détruit son propre mythe. Il gagne ce match (10 à 5 et 15 nulles) et disparaît à nouveau, non sans avoir breveté une pendule de son invention (qui permet d’ajouter du temps de réflexion à chaque coup joué).
Les tournois se multiplient : celui de Linarès devient le « Wimbledon des Echecs ». Kasparov s’impose 7 fois mais suit deux revers éclatants en 1991 (victoire d’Ivantchouk) et en 1994 (victoire de Karpov). Celui de Wijk aan Zee est aussi un tournoi majeur ainsi que Dortmund et Bienne.
En 1995, Campomanès quitte la présidence d’une FIDE qu’il a contribuée à décrédibiliser et c’est le kalmouke Kirsan Iloumjinov qui s’improvisera président de la FIDE et mécène, quelques années avant M. Abramovitch. Le temps des magouilles n’est pas fini.
Un monde échiquéen sans tête.
Pour les amateurs, Kasparov reste le champion légitime et il s’appuie sur cela. Il conserve son titre contre Anand en 1995 dans un match organisé dans une des tours du World Trade Center (10,5 à 7,5 soit 4 victoires à 1). Karpov, en 1996, vainc l’américain d’origine russe Gata Kamsky qui fit une pause d’une dizaine d’années avant de revenir (10,5 à 7,5, 6 victoires à 3).
Faute d’adversaire crédible, Kasparov n’arrive pas à trouver les fonds pour financer son organisation. Mais ceux pour organiser des matchs contre l’ordinateur oui (merci M. IBM). Kasparov a révolutionné la préparation en introduisant l’informatique. Il défie aussi la machine Deep Blue, rompant avec son sponsor, qu’il bat 4-2 en 1996. Mais en 1997, il est battu à la surprise générale par Deeper Blue. Consterné, Kasparov accuse les informaticiens d’avoir reçu l’aide pendant le match de grands-maîtres. Mais on pourra noter aussi que dans l’ultime partie qu’il perd, Kasparov joue une variante d’ouverture qu’il n’adopte jamais et une ligne qui est connue pour être perdante.
Le ressort est-il cassé ? Peut-être mais il arrive à organiser un match contre Kramnik, un peu comme dans le vieux temps où le champion choisissait son adversaire. A Londres, Kasparov n’arrive pas à franchir la défense berlinoise de son adversaire (défense rebaptisée évidemment « Mur de Berlin ») : Kramnik, sans être génial, s’impose par deux fois, Kasparov se contentant de 13 nullités sans défaites. Après 15 ans de règne, Kasparov est vaincu par son élève.
Quant à Karpov, il doit conjuguer avec un championnat du monde version tennis. Des matches en 2 parties à élimination directe. S’il conserve « son titre en 1998 », il déclare forfait pour le suivant pour cause de conflit financier. Il se retire progressivement de la compétition sérieuse. En 1999 à Las Vegas, le champion du monde « loterie » comme le pense bien des experts, est gagné par le fort grand-maître Khalifman mais qui n’est pas dans les 10 meilleurs mondiaux (beaucoup ont boycotté ce tournoi). En 2001, c’est Anand qui s’impose et en 2002, l’ukrainien Rouslan Ponomariov est sacré (devenant ainsi le plus jeune champion du monde). Puis en 2004 c’est l’ouzbek Kasimdjanov qui gagne le championnat disputé en Libye où les joueurs israéliens sont exclus et où de nombreux joueurs boycottent la compétition pour protester contre ce fait.
Vers une réunification en douleur
Les sous d’Iloumjinov commencent à agacer un peu de monde et il n’arrive pas à réunifier les titres mondiaux. En 2004, Kramnik conserve de justesse par match nul sa couronne devant le Hongrois Peter Leko (3 victoires et 6 nulles chacun). La FIDE essaie enfin de réunifier le cycle. Mais on n’arrive pas à organiser un match pour remettre Kasparov dans le circuit. Ayant compris qu’on ne voulait plus de lui, ayant aussi d’autres intérêts -ceux de combattre Poutine avec quelques incidents dont la presse parle épisodiquement-, le champion russe annonce sa retraite des compétitions officielles après son ultime victoire à Linarès en 2005 (il perd la dernière partie). Mais il participe toujours à des exhibitions.
Quelques mois plus tard, c’est l’Argentine qui accueille un tournoi pour le championnat du monde. Irrésistible depuis quelques mois, le Bulgare Veselin Topalov l’emporte alors qu’on l’accuse de tricherie informatique. Kramnik n’est pas là, il a refusé de jouer le tournoi. Mais il joue et perd un match contre le logiciel d’Echecs le plus vendu au monde, Fritz.
La FIDE accepte un match de réunification. Il a lieu à Elista (Russie) en 2006 et rappelle que les Echecs font la une de l’actualité pour autre chose que le jeu. Malmené en début de match, Topalov accuse Kramnik de tricherie. En effet, il soupçonne que ses fréquentes absences aux toilettes ne sont que prétexte à consulter un logiciel. Le « toiletgate » pourrit l’ambiance de ce match. Kramnik perd une partie par forfait car il refuse qu’on examine le lieu en question. Le match, d’un niveau faible selon les experts, va en prolongation : Kramnik l’emporte 8 ,5 à 7,5 mais il n’a jamais gagné un match comme champion en parties longues (il a gagné les prolongations en parties rapides). La FIDE, qu’on soupçonne d’être une annexe du pouvoir russe, fait payer à Topalov son incartade, alors qu’elle n’a rien fait pour sanctionner les mêmes accusations de tricherie contre le Bulgare. Elle refuse un match revanche, pourtant possible par contrat et fait tout pour que le match (qui doit désigner l’adversaire du match Kramnik-Anand).

Vladimir Kramnik et Veselin Topalov au cours du controversé championnat du monde 2006 à Elista. Juste derrière (deuxième à droite applaudissant) le président de la FIDE Kirsan Iloumjinov. C'était avant le Toiletgate.
Quant à Kramnik, il perd son titre au Mexique en 2007. C’est Anand, le meilleur joueur du monde après la retraite de Kasparov, qui remporte le tournoi. Le match entre Kramnik et Anand se déroule à Bonn. L’Indien surprend et dépasse Kramnik dans le jeu et la psychologie : il remporte 3 des 6 premières parties, Kramnik ne sauve l’honneur que dans la dixième. Mais par 6,5 à 4,5 (3 victoires contre une seule), Anand met fin à des années de division en conservant le titre de  champion du monde. En mai 2010, il conserve son titre mondial contre Veselin Topalov en s’imposant avec les Noirs dans la dernière partie (6,5 à 5,5).
Pourtant, l’Indien n’est pas le centre polaire du monde des Echecs. Celui-ci se nourrit encore de nostalgie quand la presse relate très abondamment le jubilé de Kasparov et Karpov pour les 25 ans de leur premier match en septembre 2009. Bien que retraité, Kasparov s’impose largement. Et il soutient activement la candidature de Karpov à la présidence de la FIDE contre Iloumjinov mais le système kalmouk est un véritable verrou, plus dur que le « mur berlinois » (référence à un système défensif des Noirs contre la partie espagnole, qui est réputé pour sa solidité) et le catenaccio réunis. Le président de la FIDE est facilement réélu.

Vladimir Kramnik contre Viswanathan 'Vishy' Anand lors du championnat de Bonn 2008. L'Indien remporte la partie et le match facilement grâce à une meilleure préparation tant technique que psychologique.


La dynastie des trois K lors du bicentenaire du club de Zürich en août 2009 : Garri Kasparov, Vladimir Kramnik et Anatoli Karpov. Kasparov et Karpov semblent bien réconciliés et vont fêter à partir de lundi le 25ème anniversaire de leur premier match. Si Kasparov ne participe plus qu'à quelques exhibitions, Karpov continue de jouer, principalement en parties semi-rapides. Il a d'ailleurs gagné le tournoi du Cap d'Agde au mois de novembre dernier.
Depuis près de quarante ans, les Echecs n’ont jamais été très loin de la goujaterie, des magouilles. La FIDE n’a pratiquement pas de crédibilité politique, ce qui empêche toute chance par exemple de devenir un sport olympique. D’autre part, l’excessive proportion de nullités rapides a poussé des organisateurs et même la FIDE à imaginer de nouvelles règles : pas de proposition de nulle sans l’accord de l’arbitre, règle instaurée pour la première fois lors du tournoi rapide annuel de Bastia. Enfin les soupçons de tricherie remplacent ceux de dopage. En 2010, un scandale touche l'équipe de France aux Olympiades : le capitaine Arnaud Hauchard et le grand-maître Sébastien Feller sont suspendus sans qu'on sache réellement ce qui s'est passé. Mais de nombreux scandales touchent le monde amateur ou semi-professionnel : un joueur bulgare, un maître allemand ont été suspendus pour triche alors qu'en France -encore-, un joueur amateur corse est soupçonné de tricheries au championnat de Paris sans que personne ne mène l'enquête.
Mais les Echecs ont vécu avec leur époque, en bien ou en mal, suivant une évolution millénaire. Certains ont prédit la fin du jeu. Capablanca voulait ajouter des pièces. Bobby Fischer, dont le mythe s’est définitivement installé après sa mort en 2008, invente le « Fischer Random » où le placement des pièces est tiré au sort avant la partie. Certes aujourd’hui le jeu est fortement marqué par l’ordinateur, qui est plus fort que l’homme ; il influence le style et la préparation des champions.
D’autre part les puissances émergentes le sont aussi devant l’échiquier. Si Anand (né en 1969) incarne à la fois l’origine indienne du jeu et l’émergence de l’Inde, il a fait des émules : la jeune Koneru est une des meilleures joueuses au monde. La Chine s’éveille aussi en cette période olympique : les Chinoises brillent dans les tournois individuels dans les années 90 et les Olympiades par équipes au nez des ex-Soviétiques (Russes et Géorgiennes) ; elles remportent régulièrement les médailles d'or par équipes. L’éveil des garçons est plus tardif : même si aucun n’est encore dans le top 10, ils remportent des succès importants et ce n’est que le début… La présence d’entraineurs de l’ex-URSS a poussé une génération prometteuse vers le haut mais pas encore assez expérimentée. La Chine a donné quatre championnes du monde : Xie Jun, Zu Chen, Xu Yuhua et la jeune Hou Yifan qui a remporté à 16 ans en 2010 le championnat du monde en Turquie. Elle est la plus jeune détentrice d’un titre mondial senior tous sexes confondus.
Mais l’avenir dans les échecs pourrait bien passer par le nord. Déjà dans le top 5 mondial, le Norvégien Magnus Carlsen est considéré comme le plus grand espoir pour faire chuter une génération confirmée (celle de la fin des années 1960- milieu des années 1970). Pour se faire, Carlsen a embauché Garri Kasparov comme entraineur ; les deux champions avaient déjà collaboré un peu et Kasparov avait déjà désigné Carlsen, il y a 6 ans, comme un futur successeur. En octobre 2009, Carlsen devient le plus jeune numéro un mondial de l’Histoire à pas encore 19 ans. En décembre 2012, il pulvérise le record historique du classement Elo que détenait Garri Kasparov. Enfin, au mois de mars 2013, il remporte au départage le tournoi des candidats à Londres, devant Vladimir Kramnik qui s'incline au nombre de victoires, à l'issue d'une fin de tournoi dramatique. Carlsen affrontera Anand en match pour le titre mondial au mois de novembre 2013 en Inde.
Kasparov contre Carlsen en 2003. Le jeune prodige avait alors 13 ans et Kasparov l'avait emporté.
Magnus Carlsen contre Vishy Anand au London Chess Classic en décembre 2012.
J’espère que vous avez passé une bonne lecture au travers de ce long récit d’un jeu mythique, complexe, passionnant au point de pousser les humains jusqu’à leurs extrémités.



6 commentaires:

Gin Tonic a dit…

On avait failli attendre...

Toujours aussi intéressant.

Par contre comment tu expliques qu'il n'y ait pas de matchs garçons/filles, voir une fusion des compétitions ?

Question de résistence physique ?

Tarswelder a dit…

En fait les compétitions "masculines" sont mixtes grâce aux soeurs Polgar. Le championnat du monde, les tournois par équipes nationales sont catégorisés mixtes et féminins.

Il existe des tournois qui opposent les hommes et les femmes. Du côté de Monaco, de Nice il y avait des tournois qui opposaient dans les années 1990 des légendes et des anciens champions du monde (Spassky, Smyslov, Kortchnoi) aux meilleures joueuses. Ça existe encore aujourd'hui mais ce sont toujours les vétérans contre les femmes (pas les meilleures au monde) mais c'est peu médiatisé. Il va y avoir un match entre Hou Yifan (n°2 mondiale) et le n°1 tchèque dans quelques jours à Prague. Il y a 90 points d'écart et le tchèque tourne autour du 35è rang mondial.

L'écart entre les meilleurs hommes et les meilleurs femmes reste quand même assez énorme. Magnus Carlsen a plus de 160 points d'avance sur la meilleure joueuse du monde, Judit Polgar, et plus de 250 sur Hou Yifan.

Pourquoi l'écart ? Bien difficile : la résistance physique ? Possiblement. Une plus grande fragilité nerveuse ? Oui. Un moins grand investissement dans ce type d'activité ? Globalement. On peut rattacher ça aux différences hommes-femmes dans le sport en général.

Par contre, en ce qui concerne une quelconque supériorité intellectuelle, je n'y crois pas. Certains pensent que les hommes et les femmes ont une intelligence différente et que celle des femmes s'adapte moins aux Échecs : rapport à l'espace... C'est le même débat que les femmes et les sciences.

Gin Tonic a dit…

Ce sont les soeurs Polgar qui me faisaient penser à ça.

Bon, on dit aussi que les femmes n'ont pas le sens de l'orientation, ce qui est génant pour se déplacer sur un échiquier...

Tarswelder a dit…

J'ai perdu contre des femmes qui étaient plus fortes que moi et qui ont mieux joué que moi. Y'a pas de honte même si ça peut donner les boules. J'ai joué contre une joueuse dont le classement était très sous-estimé : en fait elle jouait de façon assez irrégulière. Elle a pris l'avantage pour ne jamais le perdre. Une défaite en bonne et due forme.

Les matchs entre les femmes sont souvent plus intéressants car il y a plus de renversements de situation. Mais c'est aussi plus énervant parce que le sabordage est fréquent. J'ai le souvenir de deux matchs des françaises aux dernières olympiades, qui ont coûté une médaille ou plus probablement un top 5.

Gin Tonic a dit…

Si je comprend bien, il y a une approche du jeu différente entre homme et femme.

Tarswelder a dit…

Elles n'ont pas le même niveau de préparation que les hommes.

Après c'est une question de style mais ça n'a rien à voir avec les hommes ou les femmes. Ceci dit, il y a moins de joueuses agressives que de joueurs.