mardi 29 janvier 2013

Sprint en plein océan !

Sans doute parce que je suis breton, parce que ma famille habitait Saint-Malo -où je passais les vacances d'été un an sur deux-, que j'ai été marqué dans ma jeunesse par les grandes courses à voile. Tabarly était le héros et j'ai encore le souvenir -hélas non daté- de voir son immense bateau, le Royale (à l'époque où les marques de cigarettes sponsorisaient le sport) dans le port de la cité corsaire.







Sans doute aussi parce que beaucoup de gens pensent que la course au large reste une des dernières aventures humaines, qui n'est pas encore trop polluée par la technologie à outrance et encore moins par le dopage, dont on ignore s'il est pratiqué -il est vrai- et si la prise de produits a réellement une incidence significative sur l'endurance globale des navigateurs.

Quoiqu'il en soit, on a beaucoup entendu parler du Vendée Globe, dont la médiatisation était un peu plus grande à chaque édition. Le succès du jeu en ligne Virtual Regata en témoigne.

En tout cas, cette édition s'est résumé en une lutte serrée entre les deux premiers, François Gabart et Armel Le Cleac'h. Pendant quasiment tout le parcours, les deux hommes se sont livrés une hallucinante course poursuite. Au final, trois heures les séparent sur un parcours dont la longueur équivaut à peu près à la circonférence de la Terre à l'équateur.

Le début de la course est une gigantesque régate accompagnée d'une course à élimination jusqu'au cap de Bonne Espérance. Favori, Vincent Riou doit abandonner dans la descente. Le Cleac'h et Gabart prennent la tête, personne ne ravira la position à l'un ou à l'autre. Dans l'Océan Indien, Le Cleac'h mène l'essentiel de la course en choisissant des trajectoires plus directes, plus courtes, alors que Gabart préfère suivre les vents. Son bateau (Macif) est un peu plus rapide que le Banque Populaire (ancien bateau de Macif) ; c'est pourquoi, Gabart pouvait se permettre d'adopter des stratégies moins audacieuses. Il était fréquent que la tête change d'un point du classement à un autre. Ils se sont vus, là perdus dans les mers du Sud. Quoiqu'il en soit, ils ont creusé l'écart sur Bernard Stamm, dont les soucis techniques ont fini par le contraindre à perdre du temps, à le disqualifier pour assistance, puis à abandonner avant que l'appel soit examiné.

Un navigateur a pu croire à un moment de revenir sur le tandem : Jean-Pierre Dick a réussi à rattraper un retard important dans le dernier tiers de la traversée du Pacifique mais il était encore loin. A la lutte avec Alex Thomson, Dick a cassé il y a quelques jours sa quille et il va finir ce parcours mais il abandonne sa troisième place.

Après le passage du Cap Horn, Gabart a fini par imposer sa loi au large du Brésil. Le Cleac'h a tenté ces fameuses trajectoires directes, plus risquées mais les vents étaient moins porteurs. Selon lui, la course s'est décidée sur une journée. Avant d'atteindre le pot aux noirs, l'avance de Gabart dépassait les 200 milles, alors que les deux ont passé leur parcours à des distances inférieurs à 80 milles l'un de l'autre. Ralenti, le leader a vu Le Cleac'h revenir mais il est sorti de la zone le premier, a repris un peu d'avance pour finir en vainqueur.

Le record est battu d'une semaine : 78 jours et quelques. La technologie avance mais elle ne fausse pas tant que ça la course à mon avis ; en effet, l'assistance d'un routeur était interdite (les cartes météo étaient fournies par l'organisation et les navigateurs devaient choisir leur stratégie seuls) et c'est l'absence d'assistance qui rend cette course aussi mythique. Mais il n'est pas moins vrai que pour avoir un bateau aussi rapide, il faut investir plusieurs millions d'euros et quelques années. Beaucoup de skippers ont renoncé au Vendée Globe faute d'argent et on commence déjà à réfléchir sur la prochaine épreuve pour permettre à plus de marins de participer : il faut réduire les coûts. Les uns proposent de donner le même bateau à tous les participants, les autres proposent l'idée de n'imposer que certaines parties du bateau qui soient identiques.

Les autres ne sont pas arrivés. Alex Thomson a moins de 400 milles à parcourir. Dick un peu plus de 600.La voile reste un sport dangereux, la course se déroule loin du monde et il faut une sacrée compétence pour piloter ces monocoques. Pas question ici de nabots sortis de centre de formations sans avoir une idée. Le projet se monte de A jusqu'à Z, sur plusieurs années. Et cette année, c'est un débutant dans l'exercice qui devient le plus jeune vainqueur du Vendée Globe.

C'est sans doute une de nos dernières parts de rêves sportifs qu'on a encore car même si les bateaux vont de plus en plus vite, le courage ne s'achète pas en flacons. Franchir le Cap Horn reste toujours un moment magique même pour un marin expérimenté. Et la France est toujours une grande nation dans la course au large. C'est déjà ça de gardé.

3 commentaires:

Gin Tonic a dit…

C'est vrai que la technologie n'est pas omniprésente, mais elle est quand même très importante (bon, d'accord, c'est pas la coupe de l'América ou la F1 dans un autre domaine).

Et les sommes nécessaires sont élevées (j'en sais quelque chose...).

Après, c'est vrai que c'est une aventure humaine exceptionnelle.

Tarswelder a dit…

8 millions pour MACIF je crois pour le bateau de Gabart.

Gin Tonic a dit…

J'ai pas le droit de donner des chiffres, mais c'est en effet beaucoup !