jeudi 17 janvier 2013

Histoire du jeu d échecs une approche (partie 2) 1850-1945

Le 27 mai 1851 marque un tournant dans l’Histoire des Échecs. C’est la première fois qu’un tournoi international est organisé et réunit quelques-uns des meilleurs représentants du jeu. C’est le début d’une ère moderne du jeu, qui se poursuit par une nouvelle réflexion sur le jeu et sa perception. C'est aussi la première compétition sportive, au sens moderne.



La partie d'échecs de Marcel Duchamp (1910). Museum of Art, Philadelphie. Duchamp était un très bon joueur d'échecs au point d'avoir joué en équipe de France au début des années 1930 et d'avoir envisagé une carrière professionnelle.






Les débuts de la compétition moderne.
Le tournoi se dispute en élimination directe (système coupe). Pour se qualifier pour le tour suivant, il faut remporter un certain nombre de parties. Promoteur du tournoi et proclamé meilleur joueur du monde, Staunton était le grand favori mais il fallait compter sur le Hongrois Löwenthal, l’Allemand Horwitz également installés dans la cité anglaise et aussi un compositeur d’Échecs reconnu en Allemagne, un professeur de Breslau, Adolf Anderssen (1818-1879). A la surprise des spécialistes présents, ce dernier s’impose en éliminant Kieseritzky, puis Staunton en demi-finale et Wyvill en finale.



Howard Staunton. Critique littéraire de profession, il est considéré comme le meilleur joueur du monde dans les années 1840. Il contribua activement à organiser le tournoi de Londres en 1851.
Anderssen est admiré pour son jeu imaginatif et ses combinaisons, mais contrairement à ce qu’on pense, sa célèbre victoire contre Kieseritzky (qu’il avait battu au premier tour), la « partie immortelle », a été jouée quelques jours plus tard en partie amicale. L’Allemand acquis une célébrité plus grande l’année suivante quand on publia une combinaison magnifique dans une partie contre Jean Dufresne (qui est allemand comme son nom ne l’indique pas) : la « toujours jeune ». Des sacrifices brillants, même si aujourd’hui on sait qu’ils ne sont pas totalement corrects, ont fait de lui le plus digne des représentants de l’école italienne.



Adolf Anderssen. Professeur de mathématiques, il est le premier vainqueur d'un tournoi dans l'histoire moderne du jeu. Ses combinaisons célèbres (Immortelle, Toujours Jeune) font de lui l'emblème du jeu romantique
Staunton, vexé, voulut une revanche mais ne put s’entendre avec Anderssen.
Il fallut attendre 1857 pour qu’un autre tournoi soit organisé, à Manchester cette fois. Il eut un déroulement assez curieux : tout d’abord, les joueurs n’ont pas assisté au tirage au sort des appariements, ensuite ceux-ci opposèrent systématiquement les étrangers en eux et les britanniques entre eux. Enfin, l’issue du match dépendait d’une seule partie. Anderssen fut battu par Löwenthal au deuxième tour et ce dernier remporta le tournoi. Cette formule des tournois par élimination directe va être éliminée au profit d’un tournoi où tous les concurrents s’affrontent, par souci d’équité. Le système coupe n’est rétabli dans les grands tournois qu’au début des années 1990.
La comète Morphy.



Paul Morphy. Certainement le joueur le plus fascinante de l'histoire. Sa carrière a été aussi courte que sa domination écrasante, comme jamais personne n'a affiché sa suprématie.
Des nouvelles d’Amérique racontent qu'un jeune champion écrasait tout sur son passage. Ce jeune joueur s’appelle Paul Morphy et a écrasé tous ses adversaires lors du championnat des Etats-Unis en 1957, y compris le solide joueur allemand Louis Paulsen, pourtant un des meilleurs joueurs du monde. A 20 ans, il faisait parler de lui comme d’un magicien qui déclenchait une combinaison aussi spectaculaire qu’inattendue. Une de ses victoires contre Paulsen fit le tour du monde : il sacrifia la dame et mena une attaque décisive jusqu’au mat.
Issu d’une famille de juristes de la Nouvelle-Orléans, Morphy avait une grande aisance financière. Il lança un défi à Staunton, qu’il tenait pour le meilleur joueur du monde (en dépit de ses échecs). L’Anglais, invoquant son travail littéraire, déclina le voyage en Amérique. Qu’importe si Staunton ne va pas à Morphy, c’est Morphy qui ira à Staunton.
En Angleterre, Morphy écrase tous ses concurrents. S’ils remportent ici ou là une victoire, l’Américain remporte les matches par des scores écrasants. Mais il ne parvient pas à affronter Staunton. Ce dernier, méfiant, avait accepté une partie en consultation contre lui (Un groupe de joueurs affronte un autre groupe de joueurs) mais s’aperçut vite qu’il n’aurait pas la moindre chance. Il évita donc le match. Pendant ce temps, Morphy éblouit les amateurs par ses séances de parties simultanées contre les meilleurs joueurs anglais, de parties à l’aveugle (sans voir l’échiquier contrairement à l’adversaire) voire en simultané à l’aveugle.
Ne pouvant affronter Staunton, Morphy se rendit à Paris. Francophone (sa mère était d’origine française), le jeune Paul (21 ans) éblouit à la fois les joueurs d’échecs parisiens et la haute société de la capitale française. Il battit les meilleurs joueurs continentaux : Harrwitz, le prince du Café de la Régence, qui abandonna le match déprimé par ses défaites. Puis ce fut le tour d’Anderssen, à Noël 1858. Le joueur allemand remporta bien la première partie du match mais ne résista pas à l’Américain. Il gagne largement 7 victoires à 2 et 2 nulles. Morphy continua d’éblouir ses admirateurs par ses démonstrations. A l’époque, on joue pour de l’argent et Morphy gagna bien sa vie. Il disputa aussi des parties libres contre des personnalités : la « partie de l’Opéra » joué contre le duc de Brunswick et le comte Isouard est une des plus belles jamais jouées.

La partie de l'opéra commentée par mes soins (donc insipide)
En 1859, Morphy repartit pour les États-Unis, via l’Angleterre. Il n’était pas arrivé à affronter Staunton. Même si ce dernier affirma que son refus n’était pas dû à la force de l’Américain, il se comporta de telle manière qu'on interpréta ce refus par de la lâcheté. En 1860, Morphy annonça sa retraite, à 23 ans seulement. Aucun adversaire ne se proposait à lui. Il avait proposé une série de matches à handicap (Il accorde un ou plusieurs avantages, matériels le plus souvent, avant le début de la partie). Pris dans la tourmente de la Guerre de Sécession, envahi par des contradictions qu’il ne pouvait combattre, Morphy abandonna les Échecs et plongea dans la déprime. On le retrouva mort dans sa baignoire le 10 juillet 1884, à l'âge de 47 ans. Si Morphy laisse une trace indélébile dans l’esprit de l’amateur de beau jeu, il a emporté avec lui ses secrets. Il avait plusieurs décennies d’avance et avait découvert des principes que nul autre joueur ne connaissait.
La rivalité Anderssen-Steinitz.
Morphy retiré, les autres joueurs ne pouvaient contester cependant que la place de meilleur joueur en activité, l’Américain paraissant toujours invincible. Anderssen resta le meilleur joueur européen. Lors d’un nouveau tournoi à Londres en 1862, il triomphe nettement. C’est le point culminant de sa carrière. On utilisa une nouvelle formule, qui est désormais la formule habituelle des grands tournois : le round-robin où chaque joueur affronte les autres concurrents.
La relève est bien là, en particulier un jeune autrichien de 26 ans, qui s’est distingué par ses talents combinatoires : Wilhelm Steinitz (1836-1900) fut rapidement surnommé le « Morphy autrichien ». Il s’installa à Londres où il gagna sa vie comme joueur professionnel. Il disputa aussi quelques tournois et matches, le plus souvent avec succès, ce qui lui acquit le soutien des milieux échiquéens londoniens. Cependant, Steinitz jouait d’une façon différente de Morphy. Son jeu se développait moins directement, moins rapidement, ses manœuvres étaient parfois difficiles à voir à long terme. Steinitz voulait aussi découvrir la vérité, savoir quel secret détenait Morphy. Son style se développa de manière intuitive.



Anderssen à gauche et Steinitz à droite en 1866 alors qu'ils s'affrontent en match.
En 1866, un match est organisé avec Anderssen à Londres. L’Allemand, âgé de 48 ans, était le favori et Steinitz l’étoile montante. Dans ce duel tendu et serré, le jeune l’emporta par 8 victoires à 6 sans nulle. Steinitz pouvait se croire meilleur joueur du monde. Mais il connut ensuite des déceptions, il subit aussi les sarcasmes de ses rivaux. Ainsi le maître anglais Bird déclara que Morphy le battrait même en lui concédant l’avantage du pion et du trait. Il écrivit aussi à propos du jeu de Steinitz : « Mets tes pièces dans ton chapeau, secoue-le vigoureusement, verse-les sur l’échiquier. Ainsi tu comprendras le jeu de Steinitz ».
La rivalité austro-allemande avait donc largement dépassé le cadre de Sadowa et la guerre des Six Semaines en 1866. Steinitz fut devancé par Anderssen à Baden-Baden en 1870 (le tournoi se poursuivit même après le début de la guerre franco-allemande). Ce n’est qu’en 1873 que l’Autrichien devança enfin l’Allemand vieillissant, sur ses terres à Vienne. Anderssen continua encore de jouer jusqu’à sa mort en 1879. Vainqueur écrasant de l’Anglais Blackburne, avec qui il partagea la victoire à Vienne, par 7 victoires à 0 sans nulle, Steinitz est enfin reconnu le meilleur joueur du monde. Il aurait pu se proclamer champion du monde, mais ne le fit pas, de peur de froisser une partie des amateurs et aussi parce que sa supériorité était telle qu’il n’était pas nécessaire de le faire. Steinitz quitta la compétition pour devenir chroniqueur dans un journal anglais (The Field) : il en profita pour développer ses idées en analysant des parties qu’il collectait dans les tournois.
Steinitz, le père de la pensée moderne du jeu.
Ce que Steinitz ressentait, il finit par le définir et l’élaborer. Pour lui, la combinaison et l’attaque ne sont pas dues à l’inspiration créatrice soudaine du joueur. Elles sont motivées par des facteurs inhérents à la position. Un peu comme ces scientifiques, ces philosophes qui cherchent la vérité dans les sources et de manière rationnelle, Steinitz en fait autant : il élabore tout un système qui doit permettre d’évaluer la position et ainsi de justifier l’attaque. Il définit 10 critères d’évaluation de la position (les 10 commandements du jeu positionnel en quelque sorte) pour expliquer que l’attaque doit être motivée par les faiblesses adverses, par ses propres forces et ainsi doit guider le joueur dans le plan à venir.
Steinitz est le père du jeu dit positionnel : celui où on manœuvre afin d’atteindre un but partiel : conquérir un point faible pour envahir le camp adverse, accumuler patiemment des avantages, etc. Le mat n’est que le but ultime mais pas l’objectif unique de la partie.
Définitivement, Steinitz incarne aussi le basculement politique et culturel de l’Europe. L’Angleterre était toute-puissante après le congrès de Vienne en 1815 mais les transformations politiques et économiques de l’Europe centrale ont produit l’émergence des empires centraux (L’Allemagne comme puissance économique, l’Autriche-Hongrie avec Vienne comme foyer culturel et artistique). Les Anglais n’auront plus de candidat au titre mondial avant un siècle alors que l’Allemagne et l’Autriche-Hongrie domineront les Échecs jusqu’au moins la Première Guerre Mondiale. Pourtant les professionnels y gagnent bien leur vie comme le fit Steinitz et les grands tournois s'y déroulent régulièrement jusqu'à la Seconde Guerre Mondiale.
En 1882, Steinitz fait son retour devant l’échiquier. Il est premier ex-æquo à Vienne avec le Polonais Winawer. Mais en 1883, il est devancé par un autre Polonais, de l’Empire allemand, Johannes Zukertort à Londres. Les deux joueurs sont désormais les plus farouches rivaux. Élève d’Anderssen, Zukertort était un incorrigible optimiste et un attaquant redoutable. Les deux hommes s'invectivant par voie de presse, il fallait clarifier qui des deux était le meilleur.

Steinitz, champion du monde (1886-1894)




Wilhelm (William) Steinitz. Premier champion du monde officiel en 1886, il est aussi celui qui a révolutionné la pensée du jeu en créant le jeu de position.
Avec la mort de Morphy en 1884 , c’est comme une chape de plomb qui se soulève : l’existence physique de l’Américain empêchait de dire qu’un autre était le meilleur du monde aux yeux des amateurs. C’est pourquoi les milieux échiquéens américains proposèrent d’organiser un match entre Steinitz (qui s’était installé aux États-Unis) et Zukertort. Ce match, où chacun devait apporter 1000 $, serait appelé championnat du monde. Le vainqueur doit remporter 10 parties, les nulles ne comptant pas et remporte l’ensemble de la mise de surcroît. Le titre est une affaire privée : les conditions sont définies par contrat (c’est pour cela que les conditions de victoires ont souvent changé), le challenger devra apporter la somme exigée, etc. L’affaire ne sera publique qu’après la mort d'Alekhine en 1946.
C’est donc dans plusieurs villes américaines (New York, Saint-Louis, la Nouvelle-Orléans), à la fin de l’hiver 1886 que ce match eut lieu. Zukertort prit le meilleur départ : 4 victoires, 1 défaite après 5 parties, mais Steinitz vit valoir ses connaissances supérieures. Il s’imposa finalement en 20 parties : 10 victoires contre 5 à Zukertort et 5 nulles. Son adversaire ne s’en remit pas : brisé par la défaite, ruiné, il décéda deux ans plus tard à l’âge de 46 ans.

La première partie de l'histoire du championnat du monde d'échecs.
Steinitz eut à nouveau d’autres rivaux. Le Russe Mikhaïl Tchigorine réfutait qu’on puisse enfermer les échecs dans un ensemble de règles : d’autre part, il préférait le cavalier au fou, alors que Steinitz défendait l’avantage de la paire de fous. En 1889, les deux joueurs s’affrontent une première fois. Steinitz l’emporte par 10 à 6 et 1 nulle. En 1890, c’est l’Anglo-hongrois Isidore Gunsberg qui défie Steinitz : l’adversaire est fort mais largement à la portée de Steinitz. Peut-être moins motivé, Steinitz s’impose 10,5 à 8,5 (6 victoires, 9 nulles et 4 défaites). En 1892, Steinitz et Tchigorine se retrouvent pour un autre match. La querelle d’idées a pris de l’ampleur. Les deux s’étaient défiés dans un match par câble sur des variantes d’ouverture et Steinitz y avait perdu 2000 $. Dans ce match, Steinitz est souvent mené au score mais finit par gagner sur une incroyable bévue de Tchigorine : dans une position gagnante, il se fait mater en deux coups (Score final : 10 victoires à 8 et 5 nulles)
Le long règne de Lasker le psychologue (1894-1921).
Steinitz séjourne aux États-Unis où il a de plus en plus de mal à survivre à cause de l'échec du magazine qu'il avait créé : sa fortune s'était engloutie dans ce projet. Entre-temps, la puissance allemande produit deux champions d’exception en quelques années. D’abord Siegbert Tarrasch (surnommé plus tard le Praeceptor Germaniae), médecin, qui remporte les plus forts tournois au début des années 1890. Il a beaucoup œuvré pour populariser les pensées principes de Steinitz (notamment dans La Partie d’Echecs Moderne) : il était un défenseur très dogmatique de l'Autrichien dans ses écrits mais dans ses parties il faisait preuve de plus de pragmatisme. Il est considéré comme le meilleur joueur du monde mais n’ose pas aller défier Steinitz en Amérique. Quelques années plus tard, c’est le jeune Emmanuel Lasker (1868-1941) qui s’impose. Après des succès en Angleterre, il veut affronter Tarrasch pour régler la suprématie nationale, mais ce dernier l’expédie vertement en lui signifiant qu’il n’a pas remporté de grand tournoi et qu'il doit prouver sa valeur.
Lasker part en Amérique défier Steinitz. Le champion du monde est fatigué, dépressif mais il relève le défi. En 1894, Lasker remporte le match (10 à 5 et 4 nulles). Il est champion du monde mais n’est pas encore considéré comme le meilleur joueur du monde.
En 1895, la ville d’Hastings organise un tournoi avec les meilleurs joueurs du monde : les Lasker, Steinitz, Tchigorine, Tarrasch et autres noms sont présents mais tous sont devancés par le jeune américain Harry Pillsbury (1872-1906), qui triomphe à la surprise générale. Ce tournoi est un des plus importants de l’Histoire. A l’hiver 1895-96 à Saint-Pétersbourg, un autre tournoi est organisé, les cinq premiers d'Hastings (tous ceux cités plus haut) sont invités. Tarrasch se dérobe les autres sont présents : Lasker en sort vainqueur mais dans cette série de parties (chaque joueur affronte 6 fois ses concurrents), il perd son mini-match contre Pillsbury. L’Américain, spécialiste comme son compatriote Morphy du jeu à l’aveugle, était amateur du beau sexe. Dans une « maison spécialisée » de la capitale russe, une prostituée lui transmet la syphilis. Le docteur Tarrasch aura beau le soigner mais la forme qui l’atteint est incurable (C’est la forme qui paralyse progressivement le système nerveux) et l’emporte à 34 ans en 1906. C'est une perte incommensurable pour le jeu : Pillsbury était certainement le rival le plus dangereux de Lasker.
Le jeu de Lasker se dégage de ses contemporains. Brillant tacticien, il est influencé par Steinitz mais il considère que le jeu est d’abord une lutte entre deux hommes, deux esprits avec leurs forces et leurs faiblesses. Son style consiste alors à chercher ce qui est le plus désagréable à son adversaire, même si objectivement sa position est mauvaise. Plus d’une fois, il est arrivé à Lasker de se trouver dans une position perdante, mais celle-ci ne convenait pas au goût de son adversaire. En gardant son sang-froid, il tendait des pièges et son adversaire trop confiant trébuchait. On a parlé de chance mais pour avoir une telle façon de jouer, il fallait des talents multiples. Lasker a introduit la psychologie aux Échecs (en même temps que Freud la psychanalyse), ce que méprenaient totalement ses contemporains.
Les tournois se multiplient et Lasker y prend part. Il remporte en 1896 celui de Budapest avec une grande supériorité devant le nouveau venu, le Hongrois Maroczy (et malgré une défaite contre un autre phénomène hongrois Charousek). A l’hiver suivant, il accepte la revanche contre Steinitz à Moscou. Mais l’Autrichien ne peut résister et Lasker gagne très facilement (10 victoires à 2 pour 5 nulles). Steinitz continue, pour gagner sa vie, à disputer des tournois mais il finit par errer dans les jardins de New York, en clochard qu’il est devenu. C’est là qu’il meurt le 12 août 1900 alors qu’on le voyait les mois précédents, murmurer un échiquier en main et même défier Dieu.
Son titre conservé, Lasker fait des apparitions plus rares dans les tournois. Il exige des sommes importantes mais le spectateur en a pour son argent. Son titre est son bien le plus précieux, c’est pourquoi il n’a pas joué beaucoup de tournois au cours de sa carrière. En 1899, il gagne le tournoi de Londres avec 4,5 points d’avance sur le deuxième. En 1900, il ne concède qu’une défaite (contre l’Américain Frank Marshall) et une nulle au tournoi qui accompagne l’exposition universelle de Paris. En 1904, après qu’il eut passé son doctorat en mathématiques et en philosophie, il reparaît à Cambridge Springs : mais il est largement devancé par Frank Marshall.



Emmanuel Lasker. L'Allemand est un touche-à-tout de génie. Mathématicien, philosophe, joueur de bridge, il a aussi introduit la dimension psychologique dans le jeu, ce que personne n'avait compris à son époque.
D’autres concurrents se révèlent : outre Marshall, Tarrasch, Maroczy, puis Pillsbury, on retrouve David Janowski (un Polonais vivant à Paris réputé pour sa maîtrise des Fous), Karl Schlechter (Un Autrichien tellement pacifique et sociable qu’il accordait souvent la nulle), puis Rudolf Spielmann et le Polonais Akiba Rubinstein, qui est son plus sérieux rival à la fin des années 1900. Lasker défend son titre contre ceux qui disposent des fonds nécessaires pour organiser le match. Mais il n’a pas de problème contre des joueurs bien trop limités techniquement : en 1907, Marshall est battu par 8 à 0 et 7 nulles. En 1908, les dirigeants allemands arrivent enfin à organiser le match entre Lasker et Tarrasch. Une anecdote relate un échange entre les deux joueurs : Lasker admit qu’il n’avait pas de haine envers son adversaire mais Tarrasch répondit : « Monsieur, je n’ai que trois mots à vous dire, échec et mat ». Sur l’échiquier, c’est Lasker qui mate son rival : 8 victoires à 3 et 5 nulles.
Puis c’est au tour de Schlechter. L’Autrichien est un très fort joueur, sous-estimé en raison de son pacifisme. Il a pourtant failli battre Lasker : ce dernier avait imposé un match en 10 parties et le prétendant devait le battre de 2 points minimum pour s’emparer du titre. Après la 9ème partie, Schlechter mena 5-4 (1 victoire et 8 nulles) mais tomba dans le piège psychologique tendu par Lasker et perdit. Le match s’acheva par l’égalité (1-1) ; Lasker proposa de continuer mais son challenger déclina l’offre, se proclamant avec humour « demi-champion du monde » (NDLR. Certaines sources pensent que ce match n’était pas un championnat du monde mais un match amical comme le deuxième match entre Lasker et Janowski. Néanmoins, les deux sont considérés comme des championnats du monde). Dans chaque match, Lasker s’est évertué à placer ses adversaires en position psychologiquement défavorable : contre l’attaquant Marshall, il a cherché des positions techniques, contre Tarrasch, il a provoqué des parties compliquées où son adversaire perdait le fil dans les combinaisons, contre Schlechter il a gagné en le faisant sortir de sa réserve. Lasker prenait des risques, exagérément mais ils étaient bien pesés.
Vint aussi le tour de Janowski. Soutenu par un peintre Léo Nardus, il put organiser 3 matches. Dans le premier il fit match nul (2-2), dans le deuxième il fut écrasé (8 points à 2. Ce match est souvent considéré, à tort, comme un championnat du monde voir plus haut sur le match avec Schlechter), dans le troisième, c’est pire. Malgré toute sa bonne volonté, Lasker ne parvient pas faire que Janowski en gagne une (8 victoires et 3 nulles). Un jour les Blancs gagnaient, le lendemain c’étaient les Noirs écrivit  alors le spirituel chroniqueur Georg Marco à propos de ce match.
D’autres rivaux n’ont eu les moyens pour affronter Lasker ; ses exigences étaient tellement élevées qu’elles lui permettaient d’écarter ses rivaux les plus dangereux. C’est le cas d’Akiba Rubinstein, qui remporta de très forts tournois au début des années 1910 mais qui n’a jamais pu avoir le soutien financier nécessaire. De plus, Lasker n’a participé qu’au seul tournoi de Saint-Pétersbourg (en 1909), durant la période 1905-1914. Battu par Rubinstein, il finit par le rejoindre en tête de l’épreuve.
Capablanca, la « machine à jouer aux Échecs ».



Jose Raul Capablanca. Sans doute le plus grand technicien de l'Histoire du Jeu. Il donnait l'impression d'une telle facilité qu'on pensait qu'il était invincible et qu'il était né pour jouer aux Echecs.
Là encore, le danger vient d’Outre-Atlantique. Un Cubain, du nom de José Raul Capablanca (1888-1942), a étrillé le brillant américain Marshall en match en 1909. Lorsqu’il séjourne en Europe, « Capa » impressionne littéralement ses adversaires ; sa victoire lors de sa première sortie à Saint-Sébastien en 1911 est autant une surprise qu’un succès mérité. Son talent est pur et limpide, son jeu est apparemment d’une grande simplicité et sa force en fin de partie relève déjà du mythe. En 1914, il est déjà le principal rival de Lasker avec Rubinstein qui a gagné plusieurs forts tournois au début des années 1910.
Au mois de mai 1914, le club de Saint-Pétersbourg organise un grand tournoi qui réunit les joueurs ayant remporté des tournois importants. Certaines vieilles gloires sont là (Ainsi Blackburne qui a 73 ans participe), les joueurs majeurs aussi (Lasker, Tarrasch, Rubinstein, Capablanca, Marshall, Janowski) et quelques autres qui ont fait parler d’eux plus récemment (Nimzovitch bien qu’il fût connu depuis quelques années pour ses écrits). Le benjamin du tournoi est russe, il a 22 ans et talentueux : il s’appelle Alexandre Alekhine (1892-1946).
Ce tournoi est important pour plusieurs raisons : d’abord parce que pour la première fois on décerne le titre de grand-maître, aux cinq premiers, ensuite parce qu’il constitue l’apogée de la carrière de Lasker, enfin parce que Capablanca devient désormais le seul rival de l’Allemand. Dans ce tournoi disputé en deux phases (11 joueurs se disputent pour 5 places dans la phase finale) : Capablanca prend largement la tête au début mais Lasker réalise un deuxième tour extraordinaire, bat le Cubain dans une position apparemment ingagnable et remporte le tournoi. L’autre sensation est la 3ème place du jeune Alekhine.



Les cinq premiers grands maîtres de l'Histoire des Echecs : de gauche à droite, Emmanuel Lasker (assis), Alexandre Alekhine, Jose Raul Capablanca, Frank J. Marshall (debouts) et Siegbert Tarrasch (assis). Tous ont été champions du monde ou ont disputé un match pour le titre.
Capablanca a lancé un défi à Lasker dès 1913 mais l’Allemand a répondu en émettant un nombre de conditions telles et inacceptables, que c’est tout simplement un refus déguisé, d’autant plus qu’il a ajouté que d’autres s’étaient déclarés avant lui (Rubinstein qui aurait dû affronter Lasker à l’automne 1914).
La guerre éclate en août 1914, en plein tournoi à Mannheim. La vie échiquéenne est en veille en Europe alors que Capablanca dispute et remporte plusieurs tournois en Amérique.
Le conflit terminé, les vainqueurs ne veulent plus d’un champion du monde allemand. Ruiné par la guerre, déprimé, Lasker refuse le nouveau défi lancé par le Cubain, proposant même de céder son titre sans jouer. La confortable bourse (20 000$) attire finalement le champion allemand à La Havane mais le climat, la maladie, la fatigue ont raison de sa formidable résistance : mené 4-0 après 14 parties, Lasker abandonne le match. Il est resté près de 27 ans champion du monde, un record inégalé et qui le restera sans doute, au vu de la longévité de la carrière et de l'espacement des matchs pour le titre, ce qui est totalement impensable dans nos sociétés actuelles.
Capablanca devient champion du monde. Sa victoire à Londres en 1922, devant Alekhine, témoigne de sa grande forme et en 1924, le tournoi de New York réunit l’élite mondiale. Capablanca est battu pour la première fois en 8 ans par le Tchèque Richard Réti. Malgré sa victoire contre Lasker, il doit se contenter de la deuxième place derrière l’Allemand qui a retrouvé la forme. En 1925, Capablanca est à nouveau derrière Lasker à Moscou, mais ce dernier est aussi devancé par un émigré russe qui vit en Allemagne, Efim Bogolioubov. Mais en 1927, il triomphe à New York, sa supériorité est incontestable (mais tous ceux qui ont battu ou devancé le Cubain étaient absents comme Lasker, Bogolioubov et Réti). C’était 8 mois avant sa défaite.
Voici un extrait d’un film tourné lors du tournoi de Moscou (La fièvre des Echecs par Poudovkine) où Capablanca tient un petit rôle où on le voit charmeur (à la Rudolf Valentino)  et où on voit quelques champions comme Marshall, Spielmann ou Ernst Grünfeld en train de jouer. Aucune version n’est sous-titrée en français. C’est probablement le premier film où sont filmés des champions en train de jouer un vrai tournoi (même si certaines séquences ont été mises en scène)
La révolution hypermoderne.



Aaron Nimzovitch. Le penseur le plus important depuis Steinitz. Chef de file de l'école hypermoderne, il combattit le classicisme dès la fin de la première décennie du siècle.
Les années 1920 sont marquées par la multiplication des tournois. L’Europe centrale reste le cœur échiquéen de l’organisation mais aussi de la pensée du jeu. Or, celle-ci est révolutionnée par un courant, dont les prémices sont apparues dès les années 1910.
Ce courant rejette certaines règles émises par Steinitz. L’Autrichien a déclaré que la domination du centre ne peut se faire que par l’occupation par les pions. Ceux qu’on va appeler les hypermodernes (qu’on pourrait assimiler aux cubistes, aux surréalistes dans la peinture ou la littérature à l’instar des Picasso, Marcel Duchamp qui était un très bon joueur d'échecs et qui a joué pour l'équipe de France, Breton), estiment qu’on peut le dominer en le contrôlant à distance. D’où le développement systématique du fianchetto (terme italien qui désigne l’installation du fou sur les grandes diagonales), la rétention des pions centraux…
Les épigones de ce courant s’appellent Gyula Breyer (joueur hongrois mort prématurément en 1921), Savielly (Xavier) Tartacover (austro-hongrois, installé en France, naturalisé polonais avant d’obtenir la nationalité française. C’est aussi un écrivain prolifique et doté d’un certain humour échiquéen. Son œuvre la plus connue est le Bréviaire des Échecs), Richard Réti (Joueur tchèque, théoricien et compositeur de finales) et surtout Aaron Nimzovitch. Ce letton, naturalisé danois, a un compte à régler avec les « classiques » emmenés par Tarrasch (qui fit énormément pour la popularisation du jeu par ses écrits). En 1925, il publie « Mon système », où il systématise tout un ensemble de règles. Il y développe aussi des notions telles que la surprotection et la prophylaxie. Il rencontre beaucoup de critiques, de sarcasmes, son livre est mal écrit, son humour n’est pas toujours très simple ni drôle mais c’est un livre majeur car il aborde des notions et des types de position qu'on évoquait peu. Cet écorché vif prend un plaisir à développer des systèmes complexes, tordus mais aujourd’hui souvent reconnus comme corrects (La défense Nimzovitch ou Nimzo-Indienne est une des meilleures avec les Noirs : 1.d4 Cf6 2.c4 e6 3.Cc3 Fb4). Ce rejet en règle des traditions poussent ces joueurs à des expérimentations parfois douteuses. Ainsi lors du tournoi de New York en 1924, les joueurs visitèrent le zoo et Tartacover s’amusa avec une femelle orang-outan répondant au nom de Susan ; il lui dédia la prochaine partie qu’il allait jouer. Avec les Blancs il poussa le pion b2 de deux cases (1.b2-b4), expliquant ensuite que la marche de ce pion lui faisait penser à ce singe. Cette ouverture a pris le nom de début Orang-outan.



Les participants au tournoi de New York en 1924. Debout à gauche, F. Marshall qui permit au tournoi de s'organiser. A sa gauche, Xavier Tartakover. Debout, deuxième à droite, Richard Réti qui vainquit Capablanca
Lasker n’ambitionne plus d’être champion du monde. Sa philosophie personnelle lui fit accepter l’inévitable. D’autre part, il n’a plus disputé de tournoi entre 1925 et 1934. Un autre rival est apparu, Alexandre Alekhine. Ce russe avait fini par quitter son pays en pleine guerre civile, pour s’installer à Paris (comme d’ailleurs de nombreux compatriotes et joueurs d’échecs). Alekhine est un créatif : son but est l’attaque, son élément vital l’initiative et son jeu est d’une grande variété. Il est un des premiers joueurs à comprendre l’importance d’un travail de préparation des ouvertures : il a laissé son nom à la défense 1.e4 Cf6. Bien qu’il refuse d’appartenir aux hypermodernes, son approche ressemble parfois à leur vision du jeu. De plus, il refuse la traditionnelle division de la partie en trois phases (ouverture, milieu de partie, finale) : il estime que la partie est un ensemble beaucoup moins facile à diviser et propose une autre division en deux phases : une phase consacrée à la lutte pour le maintien de l’équilibre au centre et une phase d’exécution qui commence au moment où l’équilibre est rompu. Il devient le « champion d’Europe » dans les années 20, remporte de nombreux tournois (son plus grand succès est à Baden-Baden en 1925) mais il termine toujours derrière Lasker et Capablanca quand il les rencontre. Il semble lui manquer quelque chose. Pourtant en 1927, le match contre Capablanca est arrangé. Le Cubain est donné largement favori : d’abord parce qu’il perd peu de parties, ensuite parce que jamais Alekhine ne l’a battu en 12 parties (4 victoires et 8 nulles pour Capablanca) et enfin parce que sa victoire à New York, au printemps de cette année-là, était tellement impressionnante que personne n’est en mesure de le dépasser.
Pendant ce temps, les échecs continuent de se structurer. La FIDE (Fédération Internationale Des Échecs) est fondée à Paris en 1924, pendant les Jeux Olympiques. En 1927 est créé le premier des deux championnats du monde amateur (remporté par Max Euwe). Un tournoi par équipes nationales est créé : le tournoi des Nations deviendra après la guerre Olympiades.
Alekhine, le génie russe.



Alexandre Alekhine. Issu de la noblesse russe, il émigre en France en 1920. Il incarne le génie russe avec ses combinaisons audacieuses.
Le match est prévu à Buenos Aires pour l’automne 1927. Au bout de 3 mois et de 34 parties (le vainqueur est celui qui remporte 6 victoires), la surprise est grande : l’Invincible est battu par 6 à 3. Alekhine a maîtrisé ses nerfs et s’est adapté au style de son adversaire, bien que remportant certaines parties dans son propre style. Trois jours avant sa victoire finale, Alekhine acquiert la nationalité française.
Les relations entre le Cubain et le désormais Français se détériorent ;  Capablanca contesta les termes d’un match revanche qu’il avait lui-même imposé à ses challengers.  Alekhine avait promis une revanche, il ne l’accordera jamais en exigeant une bourse supérieure au Cubain pour qu’il puisse lancer le défi (chose d’autant plus difficile pendant la crise des années 1930). La période 1929-1934 est marquée par la domination du champion du monde. Il écrase deux fois Bogolioubov en match (15,5 à 9,5 en 1929 et 15,5 à 10,5 en 1934), fort joueur mais qui n’avait que son optimisme à opposer à Alekhine. En 1931, ce dernier remporte le tournoi de Bled avec 5,5 points d’avance sur son challenger. Jamais un joueur ne remportera un tournoi de ce niveau avec une telle marge. Le champion du monde est au sommet de sa forme et tous ses concurrents (Hormis Bogolioubov figurent Nimzovitch, Tartacover, Spielmann, Flohr, Euwe notamment) sont surclassés. Cette période est marquée par l’apparition furtive de l’Indien Sultan Khan : analphabète, il ignorait la théorie mais il avait un sens du jeu peu commun. Serviteur d’un officier indien de l’armée britannique, il brilla dans les tournois à partir de 1929, battit même Capablanca mais quand son maître repartit en Inde en 1934, on n’entendit plus parler de lui (Il mourut en 1966). A cette époque, on créa aussi le championnat du monde féminin : la joueuse russe naturalisée britannique Vera Menchik Stevenson (1906-1944) détint le titre depuis sa création en 1927. Elle fut la première femme à participer à des grands tournois internationaux avec les hommes ; ses résultats furent modestes mais très honorables. Elle battit Max Euwe, le premier champion du monde à perdre contre une femme (avant sa victoire contre Alekhine).



Vera Menchik-Stevenson. La première femme championne du monde d'Echecs de 1927 à 1944. Elle a battu plusieurs fois joueurs, ce qui entraina la création d'un Vera Menchik club qui regroupait tous ceux qui avaient perdu contre elle (et plus tard les femmes en général dans les tournois). Elle trouva la mort lors d’un bombardement d’un V-1 à Londres en 1944.



Machgielis dit Max Euwe. Professeur de mathématiques, il est le seul champion du monde véritablement amateur (dont il a remporté le titre en 1927). Vainqueur surprise d'Alekhine en 1935 il ne conserve son titre que deux ans mais il a beaucoup travaillé sur la préparation des ouvertures et a œuvré pour la diffusion du jeu.
Capablanca joue souvent, obtient de bons résultats, mais les deux rivaux évitent de se rencontrer dans les tournois. Si Alekhine est toujours le meilleur, il traverse une profonde crise morale : la nostalgie de son pays natal, l’alcool, la cigarette font perdre ses moyens devant le rigoureux hollandais Max Euwe (1901-1981). Ce qui ne semblait qu’une formalité contre un très fort joueur mais qui manquait de régularité, et qui ne semblait pas avoir assez d’atouts pour battre le champion du monde, devient un cauchemar. Mieux préparé, plus stable, Euwe bat Alekhine (15,5 à 14,5) : le Hollandais, professeur de mathématiques, n’a jamais été le meilleur joueur du monde mais il a battu tous les meilleurs et fait preuve de constance  dans ses résultats à  partir de 1930. Sur la fin du match, Alekhine se fiait à la force qu’il croyait transmise par son chat, se mit à croire dans les horoscopes…En 1937, c’est la revanche : malgré des résultats en demi-teinte, Alekhine s’est ressaisi (il a arrêté de fumer et de boire) et écrasé Euwe (15,5 à 9,5). Il devient le premier champion du monde à reconquérir son titre.
Le tournoi de Nottingham en 1936 est unique dans l’Histoire des Échecs. Jamais autant de champions du monde n’ont participé à une même compétition : Lasker (dont c’est le dernier tournoi), Capablanca (qui remporte le tournoi avec Botvinnik), Alekhine, Euwe (le Champion du monde en titre) et Botvinnik (Co-vainqueur avec le Cubain et futur champion du monde) composent un plateau où figurent aussi le tchèque Salo Flohr, un des cinq meilleurs joueurs mondiaux et Bogolioubov.



En 1938, la radio hollandaise AVRO organise un autre tournoi historique. Les deux plus jeunes joueurs, Reuben Fine (Américain devenu psychologue après la guerre) et l’Estonien Paul Kérès. Alekhine, qui a repris son titre est 6ème, Capablanca, 7ème et avant-dernier (son plus mauvais tournoi en carrière). Pourtant, le concurrent le plus redoutable est le soviétique Mikhaïl Botvinnik (1911-1995). Il a remporté de nombreux tournois, surtout en URSS, et impressionne par sa concentration et sa préparation. A la fin du tournoi, il propose à Alekhine de discuter d’un match contre lui. Le champion du monde en accepte le principe… mais ces négociations sont stoppées par la guerre.



Alexandre Alekhine (gauche) contre José Raul Capablanca (droite) au tournoi AVRO en novembre 1938. C'est la dernière partie qui opposa ces deux immenses champions. Alekhine domina facilement la partie contre le Cubain qui était diminué par des problèmes cardiaques. Malgré cette victoire, c'est Capablanca qui remporta plus de parties dans leur confrontation : 8 victoires à 7 et 34 nulles. Mais Alekhine a compté pour 1/5 des défaites de Capablanca en parties officielles.
La fin de l'ère des super-champions.

La Deuxième Guerre Mondiale met un frein à l’activité échiquéenne. Pourtant, l’URSS continue de maintenir une activité. Botvinnik remporte largement tous les tournois qu’il dispute alors que l’opposition est très relevée. L’Allemagne nazie organise aussi des tournois : à Munich, à Salzbourg ou à Cracovie. Alekhine y participe, ainsi que l’Estonien Paul Kérès (son pays ayant été annexé en 1940 par l’URSS, il était devenu citoyen soviétique de force mais après l’invasion allemande, il quitta l’URSS. Il échappa cependant à la répression soviétique la guerre finie).
En 1945, la guerre terminée, Botvinnik lance à nouveau son défi à Alekhine, qui s’est exilé au Portugal. Celui-ci, accusé de collaboration et exclu des compétitions, accepte mais le 24 mars 1946, il meurt (les circonstances de son décès, par étouffement accidentel, sont contestées). Alekhine est le seul champion du monde mort alors qu'il détenait le titre.
Le monde des Échecs a perdu pendant la Guerre quelques-uns de ses plus grands noms : les anciens champions du monde Lasker et Capablanca meurent en 1941 et 1942 à New York (ils sont même décédés au même hôpital du Mont Sinaï), la championne du monde Vera Menchik est tuée au cours d’un bombardement en 1944, pendant qu’un des joueurs les plus spectaculaires de son époque, Rudolf Spielmann meurt en exil et pauvre à Stockholm en 1942. D’autres ont été assassinés, comme David Przepiorka en 1940 par les Allemands, parce qu’il avait essayé de relancer l’activité échiquéenne clandestine en Pologne ; Salo Landau, assistant d'Euwe dans ses matchs contre Alekhine, a été déporté puis assassiné dans un camp de concentration ; plusieurs joueurs soviétiques prometteurs ont été tués pendant la guerre, notamment durant le siège de Leningrad. D’autres comme Vladimir Petrovs, un Letton, ont fini leurs jours au Goulag. L’exil était le lot des grands champions et leur fin a souvent été tragique. Steinitz, Lasker, Capablanca et Alekhine sont tous décédés hors de leur pays natal (les trois premiers sont même morts à New York) et dans une situation précaire.
Avec la mort d’Alekhine, la FIDE décida de prendre en main l’organisation du championnat du monde. Celui-ci n’allait plus répondre aux seules conditions financières et techniques exigées par le champion. Une nouvelle période s’ouvre. Comme la précédente, le contexte politique et culturel influencera l’évolution du jeu et de son approche.
A suivre…

6 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Bizarre les changements de polices de caractères.

J'ai toujours autant de plaisir à lire.

Tarswelder a dit…

J'ai pas trop compris le truc mais j'ai essayé d'importer l'article de Libre office. Ca ne marche pas mais du coup, les caractères ont dû changer aussi.

Gin Tonic a dit…

C'est pas très génant non plus.

Tarswelder a dit…

J'ai quand même changé 2-3 choses. J'aurai pu publier certaines parties célèbres mais je n'aurai pas tenu les délais.

Je pourrai le faire plus tard.

Gin Tonic a dit…

Tu peux éventuellement faire un "article" avec juste une série de liens.

Tarswelder a dit…

C'est ce que je ferai sans doute pour le tome 3.