samedi 15 décembre 2012

London Chess Classic et le reste en général. Carlsen efface Kasparov !

C'était une question de temps mais finalement, c'est venu au rythme qu'on attendait. Quelques jours après avoir fête son vingt-deuxième anniversaire, Magnus Carlsen a remporté le London Chess Classic pour la troisième fois en quatre éditions (2009,2010 et 2012). Cette victoire lui permet d'effacer des tablettes un certain Garri Kasparov, en établissant un nouveau record mondial du classement Elo avec 2861 points offficieux (qui seront officiels le 1er janvier prochain), soit 10 points de mieux que le record de l'ancien champion du monde, qui datait de 1999.

(Photo Ray-Morris Hill). Selon Vladimir Kramnik, Magnus Carlsen est sur une autre planète. Sa victoire au London Chess Classic, son record du meilleur classement Elo de tous les temps, et la photographie semblent attester du statut du Norvégien.





Victoire avec la manière.

Car pour gagner 13 points Elo, quand on est le meilleur joueur du monde et qu'on a un classement nettement supérieur aux autres (le deuxième mondial, Levon Aronian pointait à plus de 30 points et le troisième Kramnik à plus de 50 points), il faut réussir impérativement un gros score pour ne pas perdre de points, même dans un tournoi de catégorie 21 (plus de 2750 points Elo de moyenne). Carlsen l'a fait en s'imposant 5 fois et en annulant les 3 autres parties. Avec le système de points du football, il s'impose avec 18 points (6,5 sur 8) devant Vladimir Kramnik 16 points (invaincu avec 4 victoires et 4 nulles). Sur le fil, l'Américain Hikaru Nakamura devance au départage l'Anglais Michael Adams avec 13 points tous les deux.

Les prestations du champion du monde Vishy Anand (9 points) et du numéro 2 mondial Levon Aronian (8 points) sont assez décevantes, en particulier pour le second, qui laisse la place à Kramnik. Enfin, le tournoi a été difficile pour la meilleure joueuse de tous les temps, Judit Polgar (6 points) et pour les deux autres britanniques, Luke McShane (5 points) et Gawain Jones (3 points, première participation). Les années se suivent et ne se ressemblent pas pour McShane, le trader de Goldman Sachs, qui avait bien marché l'an passé et qui avait retrouvé les chemins de l'échiquier au plus haut niveau ces derniers mois.

A part contre Kramnik, où il s'en sort bien, et contre Adams où il a été un moment en difficulté, Carlsen n'a jamais été franchement en difficulté. Les qualités du Norvégien sont presque à l'opposé des joueurs de sa génération : ceux-ci misent sur une préparation informatique poussée, sur des lignes tendues qui valorisent leur capacité à calculer de longues variantes, Carlsen oppose une conception qu'on oserait presque dire dépassée : il travaille relativement peu avec l'informatique comparé à ses concurrents. Il ne cherche pas à prendre l'avantage à tout prix dans l'ouverture. D'ailleurs, il n'a pas de répertoire spécifique et sa préparation semble plus axée sur la surprise que sur l'efficacité des lignes choisies : c'est là où il rejoint par exemple un Emmanuel Lasker, un Capablanca ou même un Tal qui ne misaient pas tout sur l'ouverture. Ensuite, le style de Carlsen c'est d'abord le "grattage", c'est-à-dire la capacité à accumuler les avantages positionnels et à transposer dans une fin de partie où le Norvégien est souvent supérieur dans ce domaine à ses adversaires. Parfois, c'est le sang-froid dans des positions critiques qui lui permet de renverser des situations délicates. Mais comme tout joueur de ce niveau, il sait évidemment bien calculer les variantes. S'il se retrouve en difficulté, il ne perd jamais la tête, c'est la proximité avec le style d'Emmanuel Lasker (1868-1941). A Londres, Carlsen a livré des combats de toutes sortes et il a encore impressionné par sa faculté à gagner ces parties. C'est un vrai joueur de tournoi, plus qu'un joueur de match, où ses lacunes dans sa préparation des ouvertures pourraient se faire sentir.

Deuxième, Vladimir Kramnik a encore réalisé un excellent tournoi. Vainqueur en 2011, il a fait admirer son style, qui détruit systématiquement les joueurs anglais. Tout semble simple et méthodique avec l'ancien champion du monde. Surtout, et c'est un régal, ses commentaires en anglais sont parfaitement clairs et compréhensibles. Mais Kramnik manque désormais d'endurance pour courir après le lièvre : après deux victoires initiales et une nulle contre Carlsen, il a dû laisser le numéro un mondial s'envoler, même s'il ne finit après tout qu'à deux points ! Il reprend néanmoins le deuxième rang mondial, qu'il avait abandonné depuis quelques années.

Revenons sur Vishy Anand. Le champion du monde, qui fêtera dans quelques jours son quarante-troisième anniversaire, n'arrive plus à gagner en tournoi : après les 9 nulles et une défaite du grand chelem à Bilbao, Anand a réussi à battre Judit Polgar et à remporter une première partie en compétition officielle depuis la 8è de son match contre Boris Gelfand en mai dernier. Mais il gaffe contre Adams et doit se contenter de peu. Aronian, lui, semble moins en forme depuis quelques semaines. Le vainqueur du Tata Steel 2012 déçoit depuis la victoire de son pays, l'Arménie, aux dernières olympiades.

Pour terminer avec le London Chess Classic, notons le tweet de Garri Kasparov qui félicite son ancien élève d'avoir battu son record. Gageons aussi que le prochain cycle du championnat du monde soit le bon pour Carlsen, qui n'est pas forcément favori dans un format match mais dont la formule tournoi sied mieux à son talent.



Championnat du monde féminin.

Vous en avez entendu parler ? Non, c'est toujours à Khanty-Mansyisk, au fond de cette sympathie Russie ouralienne, que l'épreuve majeure féminine s'est terminée dans le plus grand anonymat. Et la victoire de l'Ukrainienne Anna Ushenina, si elle est méritée, ne changera pas les choses. 37ème joueuse mondiale, elle a surtout bénéficié de la scandaleuse formule qui dénature même le principe d'un championnat du monde.

En effet, les tours qualificatifs se disputaient par élimination directe sur deux parties longues, puis des parties rapides. A ce jeu, quasiment toutes les favorites sont passées à la trappe dès les premiers tours : Hou Yifan, la championne du monde sortante, s'est coulée dans les départages, même si elle s'était déjà sabordée dans la deuxième partie longue, après avoir gagné la première avec les Noirs. Humpy Koneru, vice-championne du monde 2011, Katerina Lahno, les soeurs Kostintseva (opposées entre elles en plus), la Chinoise Wenjun Ju et d'autres sont aussi sorties. Que retenir d'une formule où l'erreur est quasiment irrattrapable ? Celles qui ont perdu ont toujours tort, d'autant plus que le jeu féminin est moins stable psychologiquement mais tout aussi capable de renversements de situations improbables, que les hommes. Mais quand même, il y a un vrai problème.

Reste que la Française Marie Sebag s'en est bien sortie. La 12ème joueuse mondiale a atteint les quarts de finale et elle est tombée sur Antoaneta Stefanova, la finaliste et ancienne championne du monde. Marie aurait pu d'ailleurs sortir la Bulgare : victorieuse avec les Noirs dans la première partie, elle perd la seconde puis s'incline en barrage.

La finale entre Ushenina et Stefanova s'est disputée en 4 parties longues seulement. Après deux nulles, Ushenina remporte la troisième manche mais Stefanova égalise dans la dernière. A 2-2 on joue des parties rapides. Ushenina fait la différence et devient championne du monde. Elle affrontera en match Hou Yifan, l'ancienne tenante du titre, qui a eu le droit de disputer le match car elle a gagné le grand prix FIDE.

On n'y comprend rien et la hiérarchie n'a pas de sens.

Anna Ushenina contre Antoaneta Stefanova. La finale d'un championnat du monde dont la formule ne donne pas de crédibilité aux Echecs féminins et qui a pour seul mérite de laisser quelques sous aux femmes.


Pendant ce temps à Tachkent...

Lorsque l'homme d'affaires Andrew Paulson prit en main les destinées du grand prix FIDE, il pensait redonner une image beaucoup plus médiatique à cette série de tournois, qui a commencé en septembre à Londres, et qui finira en septembre à Paris. Mais jouer à Tachkent, en Ouzbékistan, n'est pas l'idéal pour attirer les Occidentaux. En plus, ni Carlsen, ni Anand, ni Aronian, ni Kramnik ne participent au grand prix FIDE, pour des raisons diverses.
A Tachkent donc, la deuxième étape de ce grand prix FIDE s'est jouée du 22 novembre au 4 décembre. Comme à Londres pour la première étape, la victoire a été partagée en trois : Sergey Kariakin (Russie), Wang Hao (Chine) et Alexandr Morozevich (Russie) l'emportent avec 6,5 points sur 11. Notons au passage que les neuf premiers se tiennent en un point, c'est-à-dire au moins 50% des points. Les contre-performances viennent de deux vice-champions du monde : Boris Gelfand (en 2012) est 10è avec 4,5/11 sans victoire et Gata Kamsky (en 1996) est dernier avec 3,5 points.

Qui en a parlé ? Pas grand-monde. Ces tournois sont très relevés et très serrés, en raison de l'homogénéité des participants. Je ne suis pas certain qu'on parlera encore des grands prix FIDE car l'absence des quatre joueurs qui comptent dans le paysage échiquéen est un lourd handicap.



12 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Carlsen va quand même bien devenir champion du monde un jour.

Tarswelder a dit…

Pour le prochain cycle. Je pense qu'il faut qu'il ait réellement envie. Et ça, je ne sais pas.

Gin Tonic a dit…

Un titre de champion du monde, ça doit quand même faire un peu envie.

Tarswelder a dit…

Oui mais ce n'est pas forcément quelqu'un qui a envie de tout sacrifier pour atteindre cet objectif. Il sait qu'il devra se concentrer à fond pour atteindre son but mais est-il prêt à l'accepter, lui qui donne l'image de quelqu'un qui vit plus ou moins comme les jeunes de son âge.

Gin Tonic a dit…

Pas très compatible avec le fait de faire l'apéro trop souvent, c'est sur...

Mais bon, dans quelques années, quand il sera devenu "vieux", ça le fera peut-être.

Tarswelder a dit…

Oui il est quand même nettement au-dessus des autres. Si on ne le voit pas champion du monde, on ne sait pas qui peut véritablement l'empêcher de l'être.

Gin Tonic a dit…

Mon prono, c'est qu'il le sera.

Tarswelder a dit…

Le tournoi des candidats aura lieu en mars prochain. S'il gagne il disputera le championnat du monde contre un Anand qui semble de moins en moins motivé.

Gin Tonic a dit…

Donc, une bonne chance de victoire.

Tarswelder a dit…

Le match aura lieu en octobre prochain en Inde.

Gin Tonic a dit…

Juste après la mousson.
Pas facile du coup de se mouiller pour un prono...

Tarswelder a dit…

Juste après la mousson et avant la saison des tests de cricket.

On va déjà attendre le finaliste.