samedi 27 octobre 2012

La NHL s'enfonce...

Ca y est, la NHL est retombée dans ses travers et ses inquiétudes. Le lock-out a été décrété le 15 septembre dernier, après l'expiration de la convention collective. Les propriétaires ferment boutique. C'est la troisième fois en 16 ans (et la quatrième en vingt même si le plus ancien a eu moins d'effets que les trois autres sur la saison) que la ligue de hockey se lance dans un conflit majeur. Et les deux premiers mois du calendrier de la saison régulière ont été annulés, en attendant les autres.




Ce qui provoque un conflit de ce genre c'est la répartition des revenus entre les propriétaires et les joueurs. Ces derniers recevaient 57% des revenus totaux et les propriétaires demandaient, dans un premier temps, une réduction de la part à 47% en plusieurs temps.

Exigence nécessaire ? Oui si on considère que des franchises sont en difficulté financière. C'est le cas des Coyotes de Phoenix, finalistes de la conférence ouest cette année, qui sont passés sous le contrôle de la NHL et qui devraient être rachetés (tout n'est pas encore très clair). La ligue a tout fait pour maintenir la franchise en Arizona et la municipalité de Glendale y a mis du sien. Mais les difficultés financières persistent.

On peut être plus optimiste pour les Coyotes -dont les résultats sont progressant depuis 3 saisons- que pour les Trashers d'Atlanta. Incapables de se qualifier en playoffs, d'attirer les spectateurs, ayant laissé partir ses vedettes (comme Ilya Kovalchuk échangé au New Jersey), la deuxième franchise de hockey de l'histoire d'Atlanta a connu le même destin que la première : un déménagement au Canada (la première, les Flames, a été délocalisée à Calgary) à Winnipeg pour faire renaître les Jets.

D'autres franchises connaissent des difficultés : les équipes floridiennes (Florida Panthers, Lightning de Tampa Bay) ont toujours du mal à attirer du monde dans des territoires qui n'ont rien d'être des marchés de hockey. Alors oui on peut penser que les propriétaires ont raison, surtout que les salaires moyens ont augmenté significativement depuis le précédent lock-out (de 2,45 millions sur les 7 dernières années, compensant largement la réduction prévue en 2005).

Mais non aussi car les propriétaires multiplient les gros contrats, qui s'étendent sur une décennie ou plus et qui peuvent dépasser les 100 millions de $ comme pour Kovalchuk. Les deux gros contrats accordés par le Wild du Minnesota à l'attaquant des Devils Zach Parise et à l'ancien défenseur de Nashville Ryan Suter s'étendent sur 13 ans tous les deux ! Les propriétaires ne sont pas vraiment raisonnables bien qu'ils aient obtenu du précédent lock-out un plafond salarial, qui a contraint les dirigeants des Blackhawks de Chicago à démanteler leur équipe qui venait de gagner la Coupe Stanley en 2009.

Le précédent lock-out avait entraîné l'annulation de toute la saison régulière en 2004-2005, une première dans l'histoire du sport professionnel aux Etats-Unis. La NHL a réussi à remonter la pente et à augmenter ses revenus : le spectacle était revenu grâce à quelques grandes vedettes (Sidney Crosby, Evgeni Malkin, Alex Ovechkin...), à l'aménagement des règles pour éviter un spectacle trop ennuyeux et à la construction de quelques enceintes comme à Pittsburgh ou au New Jersey. Mais le système économique est encore fragile : s'il paraît très solide dans les régions du nord-est, qui sont de vraies terres de hockey, le sud est des plus instables comme on l'a dit. Même à Detroit, ville sinistrée par la crise, les gens vont voir les Red Wings et la Classique hivernale est un succès médiatique et populaire. Les gros marchés ont tiré profit de la convention collective.

Un nouveau conflit durera certainement : la saison commence dans moins d'un mois et rien ne laisse présager de la reprise des discussions. Mais c'est normal quand la fermeture de la ligue vient d'être décrétée : chacun reste sur ses positions. L'association des joueurs est prête à réduite la part reversée aux joueurs mais les propriétaires campent sur leur position. Il faudra aussi s'interroger sur le rôle de Gary Bettman, le commissaire de la ligue : c'est son troisième conflit. Dans les deux premiers, on a eu l'impression qu'il réglait un compte avec le représentant des joueurs de l'époque, Bob Goodenow. Vaincu dans le premier, il a eu le dessus dans le second où les joueurs avaient dû accepter une baisse de 24% de leur salaire. Bettman est-il encore quelqu'un sur qui on peut avoir confiance alors qu'il est impliqué dans autant de conflits ?

Gary Bettman, le commissaire de la NHL. Une des clés du conflit vient de sa présence et du soutien que les propriétaires lui accordent pour défendre une ligne dure. L'ancien adjoint de David Stern à la NBA peut-il encore diriger une ligue alors qu'il a connu trois conflits salariaux où il est en partie un des instigateurs ?


Une tendance au conflit ?

Le conflit dans la NHL était le plus prévisible car les traces du précédent lock-out n'ont jamais été totalement effacées. Et les positions étaient très éloignées entre propriétaires et joueurs (voir plus hat). La négociation de la convention collective de la NHL est la troisième qui débouche sur un conflit sur les quatre grandes ligues de sport collectif. La NFL était plutôt épargnée par ce genre d'affaires et l'accord salarial a permis d'éviter un raccourcissement de la saison régulière. La crise en NBA a été dure mais elle a débouché sur un accord vicié car elle  permet aux propriétaires de faire exploser le plafond salarial par la quantité d'exceptions au dit plafond, et donc de contenter en partie les joueurs (et ne règle pas les problèmes de fond). La crise a joué son rôle mais la NBA est la ligue la plus ouverte au monde et peut s'en sortir, malgré la relative modestie de son poids aux Etats-Unis comparé à la NFL et la MLB.

Seule la MLB s'est dispensée d'une grève. Il est vrai que les points de discorde étaient peu nombreux et ils ne portaient pas sur l'essentiel. Et puis la précédente en 1994 a été déclenchée en pleine saison par les joueurs ; elle a été mal vécue par les spectateurs qui ont mis du temps à revenir et les joueurs n'en sont pas sortis plus populaires. Reconnaissons aussi que la MLB n'a pas instauré de plafond salarial mais à la place a créé un système de compensation des marchés, qui permettent aux plus petits de s'en sortir et même de gagner de l'argent en ayant des résultats mauvais. Pour le moment, le modèle économique reste encore viable.

Pour conclure, je pense que la NHL a vraiment un problème de confiance et de défiance qui remonte aux deux précédents conflits. Ce problème est aussi lié au fait que la stratégie globale d'expansion de la ligue, élaborée par Bettman et son équipe, n'est pas une franche réussite : en détournant la ligue de ses marchés naturels (le Canada), peu peuplés mais très fidèles, au profit de grandes métropoles du sud des Etats-Unis peu intéressés au départ par ce sport, cela a contribué à créer des déséquilibres qui expliquent l'intransigeance des propriétaires. Mais que ceux-ci fassent le ménage chez eux et qu'ils prennent la responsabilité de ne pas accorder des contrats démesurés par rapport aux moyens dont ils disposent. Et ils savent qu'ils seront aussi les plus gros gagnants -ou les moins gros perdants- dans l'histoire. Les joueurs prennent ce qu'on leur propose et s'ils dépendent aussi de propriétaires qui veulent gagner de l'argent -c'est le but d'une franchise-, ils doivent faire des concessions. D'ailleurs la dernière proposition de la ligue était de répartir les revenus à égalité mais les joueurs hésitent (notamment sur la question du respect des contrats en vigueur) et la NHL a retiré son offre. On est toujours dans l'impasse.

Pendant le lock-out, certains joueurs auront une solution de repli dont le niveau n'est pas si éloigné de la NHL : la KHL (Kontinental Hockey League) est la ligue qui regroupe des franchises venant de l'ancienne URSS, dont il y a un an, une des équipes venait d'être décimée par un accident d'avion : le Lokomotiv Yaroslav qui a repris ses activités après avoir déclaré forfait la saison dernière (suite à la catastrophe aérienne qui a tué l'ensemble de l'équipe). Mais la Suède, la République Tchèque, l'Allemagne, la Suisse et la Finlande pourraient accueillir d'autres joueurs de la ligue: ceux qui y sont originaires.

N'oublions pas quand même que les victimes ne sont jamais celles qui discutent : les employés, les vendeurs, ceux qui vivent de l'événementiel qu'est un match de hockey. Pour certains, entre le lock-out dans la NBA et celui de la NHL, les temps sont durs. Et puis, on n'a toujours pas discuté de la réorganisation de la ligue consécutive au déménagement de la franchise de Winnipeg venant d'Atlanta.

L'année dernière, David Stern avait fixé une échéance pour que la saison se déroule : le 25 décembre. Gary Bettman en fera-t-il autant avec une autre grande date, celle de la classique hivernale du 1er janvier ? Mais dans ce cas, on arrivera à une moitié de saison accomplie. C'est déjà mieux que rien, une deuxième fois.

8 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Ca a l'air d'un joyeux boxon !

Je maitrise pas trop le sujet, mais il me semble qu'une répartition 50/50 serait un bon compromis.

Tarswelder a dit…

Je n'ai pas tout compris non plus mais la NHL est un vrai panier de crabes où tout le monde dit tout et fait le contraire.

Gin Tonic a dit…

A force, ils vont finir par se saborder.

Tarswelder a dit…

Surtout que Bettman n'est plus soutenu à fond par les propriétaires.

Gin Tonic a dit…

Bettman, c'est l'homme idiot ??

Tarswelder a dit…

Ou l'homme qui parie... sur les joueurs qui vont craquer.

Aloïs 06 a dit…

Le problème vient du fait que la ligue ne peut pas se désavouer ! Les marches artificiels qu'elle a crées dans le sud n'ont pas résisté à la crise économique de 2008 ! Pour la plupart, ces franchises sont en grandes difficultés économique et se retrouvent dans une situation intenable et paradoxale. Pour fidéliser de nouveaux spectateurs, elles sont obliger d'attirer des joueurs à fort potentiel marchand. Le soucis c'est que ces derniers ont un prix, et donc elle sont obligé de se séparer d'une partie de leur meilleurs joueurs pour faire de la place dans le salary cap. Résultat, l'équipe s’affaiblit sportivement entrainant une perte d’audience. C'est un peu le serpent qui se mort la queue.

Tarswelder a dit…

On peut voir l'incohérence des propriétaires : quand le Wild, les Devils donnent des contrats de 15 ans et 100 millions à des joueurs, comment le prendre ?

Sur la stratégie de Bettman, elle est un échec : après Atlanta, Phoenix risque de perdre une franchise. Dallas tient encore, la Floride aussi (surtout Tampa Bay) mais la Caroline reste encore un désert malgré une Coupe Stanley gagnée.

La NHL a privilégié des marchés potentiels mais sans culture hockey à des marchés plus petits avec une grande culture hockey. Bettman a dû ravaler sa salive lorsqu'il a accepté la délocalisation des Trashers à Winnipeg. Et plein de villes rêvent tout haut de récupérer le cadavre des Coyotes.