dimanche 16 septembre 2012

Le point sur le Championship et le rugby en général

Après quatre journées, le premier Rugby Championship (appelons-le Championship pour ne pas faire comme ces incultes de journaleux) a livré son verdict pour désigner le vainqueur, sans surprise. Par contre, les rencontres ont été serrées, accrochées, à défaut d'être spectaculaire.





Les résultats et la manière.

Les journées 3 et 4 des 8 et 15 septembre ont livré les résultats suivants :

Nouvelle-Zélande bat Argentine 21-5
Australie bat Afrique du Sud 26-19

Nouvelle-Zélande bat Afrique du Sud 21-11
Australie bat Argentine 23-19


Aucun point de bonus offensif n'a été inscrit depuis le début de la compétition. Une seule fois une équipe a marqué trois essais, ce qui montre à la fois la qualité défensive des formations, les difficultés des attaques et l'homogénéité des compétiteurs. Car même si les All Blacks survolent la compétition au classement, ils sont loin d'être aussi souverains dans le jeu.

Des Blacks malmenés mais vainqueurs.

Les deux victoires à domicile traduisent un écart de niveau avec les vaincus mais la physionomie des rencontres n'a pas vraiment récompensé ces derniers :
- L'Argentine a tenu une heure avant de craquer et d'encaisser deux essais. Les Pumas menaient 5-3 à la pause et le carton jaune subi à l'heure de jeu s'est payé en toute fin de période d'infériorité numérique.
- Les Néo-zélandais peuvent s'estimer heureux d'avoir battu les Boks. Ceux-ci ont abandonné pas moins de 20 points dans les coups de pied au but (6 pénalités et une transformation manquées). On ne peut pas battre les Blacks avec un triste 2/9 dans les tirs.
- Les champions du monde ont fait comme d'habitude, c'est-à-dire créer la décision dans les 10 dernières minutes. L'absence de Carter sur blessure, de Sony Bill Williams parti pour un défi sportif, n'expliquent pas tout. Comme tout le monde, les Néo-zélandais ont du mal contre des équipes très puissantes, très physiques et bien organisées en défense. Face aux Boks, ils n'ont pas été loin de la catastrophe.

Le remplaçant de Sonny D-Bill Williams a du mal avec la passe après contact. Dire "Casse-toi pauvre con" au défenseur adverse ne suffit pas !


Les Australiens s'en sortent bien.

Par deux fois les Wallabies ont été menés à la pause. Par deux fois on se demandait comment l'équipe allait s'en sortir : menés 6-13 par les Boks ou même 6-19 par les Argentins qui ont marqué deux essais coup sur coup en début de deuxième mi-temps. Mais par deux fois, on se demande comment, les jaunes ont réussi à renverser la vapeur et à s'imposer en arrivant enfin à développer du jeu et à alterner des séquences productives.
Mais les Australiens sont encore en difficulté et ils ne sont pas épargnés par la malchance : Willy Genia, leur demi de mêlée, se blesse au genou et ne sera pas de retour avant le début du Super rugby 2013 (au mieux). Après Horwill et Pocock, les troisièmes du mondial 2011, c'est le troisième capitaine de la saison qui se blesse. Ensuite, le match contre l'Argentine aurait pu devenir un match de chat noir : l'arbitrage vidéo refuse justement aux Australiens deux essais en première mi-temps mais le deuxième essai argentin est entaché d'un pied en touche d'Imhoff qui n'est pas signalé (et l'arbitre n'a pas fait appel à la vidéo). Privés de créativité, malgré le retour d'un Cooper encore un peu juste, de percussion dans l'axe (bien que Mc Cabe ait été de retour samedi), les Wallabies peuvent se satisfaire d'éviter une probable dernière place.

L'Argentine mérite sa place.

On craignait beaucoup de cette première participation car l'Argentine risquait de ne pas être au niveau. Force est de reconnaître que ce n'est pas le cas, même si le score des deux matchs semble démontrer le contraire. On peut regretter que le dernier quart d'heure soit défavorable aux Pumas qui ont craqué contre les Blacks alors qu'ils n'étaient menés que 5-9 et contre les Wallabies alors qu'ils menaient à un moment de 13 points. Mais c'est loin de la quarantaine d'unités qu'on prévoyait aux sud-américains. Et sur quelques séquences, on a bien perçu leurs qualités intrinsèques derrière. Avec plus de matchs à jouer, l'Argentine étoffera son jeu et elle sera plus qu'une équipe qui empêche les autres de jouer. Et il faudra régler cette question qui taraude tout le rugby argentin : dans quel hémisphère vont jouer les internationaux ?

L'Afrique du Sud en régression.

Lorsque Heynecke Meyer a été (enfin) nommé à la tête des Boks, on pensait qu'il allait apporter du sang neuf dans le jeu sud-africain. Là aussi, l'erreur a été d'y croire. Meyer reproduit quasiment le jeu des Bulls lorsqu'il avait remporté ses premiers titres avec : des coups de tatane du demi de mêlée pour des réceptions Ave Maria, du jeu basé sur la surpuissance du pack d'avants avec quelques fois des ballons aux ailiers qui en profitent (comme Habana hier).
En gros les recettes d'avant ont été reprises. Sans succès, surtout si les buteurs sont absents comme hier à Dunedin. C'est certain que sur les 9 tentatives, plusieurs ont été lointaines mais si c'est pour échouer et tenter des tirs de loin parce qu'on n'arrive pas à forcer le verrou de près, c'est quand même assez inquiétant. L'Afrique du sud a des joueurs créatifs à l'ouverture comme Patrick Lambie des Sharks mais Meyer se réfère à l'inamovible Morné Steyn qui est loin de son efficacité au pied d'il y a 3 ans. Bref, les Boks rament parce qu'ils se croient à l'Aviron bâillonné (ça c'est pour la vanne) !

Le classement.

1.Nouvelle-Zélande 16 (4-0-0)
2.Australie 8 (2-0-2)
3.Afrique du Sud 7 (1-1-2)
4.Argentine 3 (0-1-3)

Les deux dernières journées se disputeront en Afrique du Sud et en Argentine : les Blacks iront d'abord faire la chasse aux Pumas avant d'aller voir les Boks ; l'Australie fait le parcours inverse.

Et le Patop 14 ?

Il décolle et il a généré quelques très bons matchs, au moins des matchs spectaculaires. Par exemple Montpellier contre Toulon, où la présence de Michalak fait croire que Laporte pratique un rugby offensif. L'USAP a tapé l'équipe 1 de Toulouse mais est endeuillée par la mort du chauffeur de l'équipe. Malgré une infériorité numérique et l'absence de piliers à Clermont, les Catalans ont su démontré du jeu en Auvergne. Grenoble montre de belles choses alors que certaines équipes sont statistiquement des purges : Bayonne a marqué 2 essais en 5 journées (19 pénalités réussies), le Racing 3 et Mont-de-Marsan (mais là c'est différent car l'équipe n'a pas les moyens des autres) aussi.

On pourra pester sur la mêlée et les commandements et les arbitrages incompréhensibles mais si la solution était de les faire très vite et de ne pas la sacraliser par des temps de pause avant sa mise en oeuvre : tout le monde s'y met, l'arbitre dit "entrer" et la mêlée devient une action où on met le ballon en jeu. Et si la mêlée s'écroule et que la balle est en troisième ligne... on joue (ne pas jouer ne sert à rien dans la protection des joueurs) sur l'ordre de l'arbitre.

Et terminons par la réduction de la pénalité à deux points, ce qui pourrait modifier les stratégies de certaines équipes.

14 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Le niveau des Argentins m'a agréablement surpris.
Je faisais parti de ceux qui les voyaient prendre quelques belles roustes les premières années avant de se mettre petit à petit au niveau de leurs adversaires. J'avais tort.
Sinon, je pense que les joueurs auront intérêt, petit à petit, à opter pour l'hémisphère sud. Déjà pour des raisons de cohérence de calendrier. Bon, il faudra se faire la place dans les franchises du Super Rugby pour les meilleurs. Sinon, il y a aussi les clubs des championnants nationaux du sud.

Ceci dit, au delà du niveau des Argentins, je trouve les trois autres équipes assez moyennes.
Les Blacks s'en sortent parce qu'ils sont quand même au dessus.
Les Boks régressent, t'as raison et les Australiens jouent par intermittence.

Pour le Top 14, le jeu de l'USAP proné par Delpoux semble se mettre en place et ça fait plaisir.
Par contre le décès de Paul Okesene, leur chauffeur de bus, à tout juste 44 ans a terni la victoire. C'était un ancien joueur à XIII de bon niveau et le grand frère de tous les Iliens arrivés à l'USAP. RIP.

Tarswelder a dit…

Depuis 10 ans et les succès des Anglais, le jeu s'appauvrit. La place de finaliste de la France illustre à ce titre comment le rien peut réussir. Mais il paraît que c'est le lot du sport de haut niveau.

Gin Tonic a dit…

Sauf pour le hand !

Tarswelder a dit…

Le hand est un sport d'attaque contre défense où les deux phases sont clairement séparées et où on peut changer les joueurs. Mais c'est clairement un sport ultra-tactique et très précis dans le jeu, où on marque de plus en plus de buts j'ai l'impression.

Gin Tonic a dit…

Au hand, au début des années 80, on a modifié non pas les règles mais leur interprétation afin de favoriser le jeu offensif.
A l'époque, un score final de 15-8 n'était pas rare.
J'ai moi même souvenir d'un match ou on menait 12-2 à la mi-temps. Les 2 buts, c'était un 7 mètres et un but à la 30ème mn.
Dès que l'adversaire approchait des 9 mètres, il finissait sur le cul. Et ça, sans carton ni avertissement.

Après un temps d'adaptation à ce nouvel arbitrage les scores sont devenus petit à petit ce qu'ils sont actuellement.

Sans avoir fait de stats, je pense que le nombre de buts marqués par match est stable depuis pas mal d'années.

Sinon, c'est vrai que c'est très tactique, mais il y a quand même aussi une grande part d'improvisation. Plus qu'au basket par exemple ou au volley.

Tarswelder a dit…

La règle du refus de jouer a changé les choses aussi.

Gin Tonic a dit…

Oui, mais, de mon point de vue, c'est pas la plus importante dans l'évolution du jeu.

Tarswelder a dit…

C'est certain que si on sanctionne les fautes en défense, l'attaque s'en trouve favorisée.

J'ai le souvenir de nombreux matchs où les deux équipes n'atteignaient pas les 20 buts. Au plus haut niveau c'est assez rare. Les matchs où les attaques sont foireuses sont à 22-23 buts. Quand on se souvient du début de match calamiteux des Bleus contre l'Espagne cet été...

Gin Tonic a dit…

Les matchs avec aucune des équipes à 20 buts, c'est quand même assez ancien. En tout cas de façon régulière.

Après, tu as des spécificités. Par exemple, les France-Croatie sont rarement prolifiques. Le vainqueur est en général à moins de 25 buts.

Tarswelder a dit…

Disons que les matchs de hand sont devenus plus spectaculaires.

On pourrait dire un peu la même chose du baseball : on marque moins de points mais on peut apprécier un match autant par la performance des attaques que du lanceur qui réussit un match parfait. Tout est question de rythme.

Gin Tonic a dit…

Pour le hand, les matchs sont aussi nettement mieux filmés.
Parce qu'avant, c'était la misère ! Pour les rares matchs qu'on pouvait voir... Et je parle même pas des commentaires...

Tarswelder a dit…

J'ai des souvenirs de l'époque où Gagny était dans les meilleures formations. C'était avant les Barjots !

Gin Tonic a dit…

Ah oui, c'est pas neuf !
C'était les années 80.

Gin Tonic a dit…

Avant, il y avait eu les années Ivry et Saint-Maur.