dimanche 8 juillet 2012

Larry Doby, le numéro deux.

Chaque 15 avril depuis 1997, la MLB commémore le Jackie Robinson Day, le jour où Jackie Robinson devint le premier joueur noir à évoluer dans les ligues majeures. Ce qu'on oublie, ce qu'on a oublié, c'est que moins de trois mois plus tard, le 5 juillet 1947, un autre Noir est le premier à jouer dans la ligue américaine, aux Indiens de Cleveland. Il s'appelle Larry Doby et il sera un des premiers à remporter la prestigieuse série mondiale. Le 8 juillet 1997, il y a quinze ans, il effectue le lancer protocolaire du All-Star Game, une façon de reconnaître enfin l'importance de ce champion dans la lutte contre la ségrégation raciale.







Des Negro League à la Major League.

Lawrence Eugene Doby est né à Camden en Caroline du Sud le 13 décembre 1923 (certains considèrent qu'il serait né plutôt en 1919). Il a vécu son enfance dans le New Jersey. Dans sa jeunesse, Doby pratique de nombreux sports, en particulier à l'université de Long Island à Brooklyn : outre le baseball, qu'il pratique au deuxième but, il joue au football américain et au basketball.

C'est donc dans le baseball que Doby choisit de mener sa carrière professionnelle. Comme les joueurs noirs sont interdits de jouer dans la prestigieuse MLB, il doit évoluer dans les Negro League, dont le niveau n'était pas si éloigné du baseball majeur. Il reste dans le New Jersey, aux Newark Eagles, entre 1942 et 1943. En 1944 et 1945, il est appelé au service et combat dans la marine. En 1945, il revient aux Eagles et remporte le Negro League Championship en 1946. Doby affichait une belle moyenne à 0.322.

Mais les temps commencent à changer quelque peu dans le très conservateur monde du baseball, dans une très conservatrice société américaine. Le talent des joueurs noirs est scruté et l'immobilisme de l'ancien commissaire Landis a rejeté toute ouverture de la MLB à leur encontre. La mort de Landis et l'élection de l'ancien sénateur Chandler apporte une autre perspective : Chandler décida de mener une lutte contre la ségrégation raciale après avoir été marqué par les pertes enregistrées par les soldats noirs pendant la Deuxième guerre mondiale. Il autorise les Dodgers à recruter Jackie Robinson au début de la saison 1947. Si dure qu'elle fut à créer, la brèche est ouverte : Bill Veeck, le propriétaire des Indiens de Cleveland, décida d'en faire autant et il fait signer Doby, une des stars des Eagles. Celui-ci, qui voulait devenir entraîneur, fit le grand saut quand il apprit que Robinson avait signé dans les majeures.

L'équipe des Newark Eagles, championne de la Negro League Championship, l'équivalente de la Série mondiale pour les franchises de la Negro League. Larry Doby est en haut à droite.



La carrière indienne (1947-1955)

Doby joue principalement comme frappeur suppléant (33 présences en 29  matchs) lors de son année de débutant. Le 5 juillet 1947, il fait ses débuts avec les Indiens contre les White Sox de Chicago. Il entre comme substitut en septième manche mais il se fait retirer sur des prises. Le lendemain, il frappe son premier coup sûr et produit son premier point alors qu'il est titulaire pour le deuxième match du programme double contre le rival historique. Sur la saison, il ne frappe que 5 coups sûrs.

En 1948, Doby est titulaire mais il est replacé au champ extérieur. En effet, au deuxième but évolue Joe Gordon et à l'arrêt-court Lou Boudreau, deux des piliers de l'équipe. Le 23 avril, il claque le premier de ses 14 HR sur la saison et 253 en carrière. Doby montre qu'il mérite pleinement sa place, malgré les insultes qu'il subit autant que Jackie Robinson. Il réussit une belle saison (0.301, 14 HR, 66 points produits, 83 points marqués). Cette année-là, les Indiens recrutent un autre joueur noir : Satchel Paige, le fantastique et spectaculaire lanceur qui commence une carrière dans les ligues majeures à 42 ans.

Les Indiens remportent la ligue américaine et disputent la série mondiale contre les Boston Braves. Doby est le premier joueur noir à frapper un home run durant cette série. Il se produit dans le match 4, en troisième manche et constitue le point gagnant des Indiens (les Indians s'imposent 2-1). Doby et Paige sont les premiers joueurs noirs à remporter la Série mondiale. Une photo fit polémique et eut une dimension symbolique : on voit Doby et Steve Gromek se congratuler après le match 4 gagné par le second, grâce au coup de quatre buts du premier.

Stan Gromek et Larry Doby s'enlacent après la victoire dans le match 4 de la Série Mondiale. Les Indians battirent les Braves de Boston en 6 rencontres.


Doby devient une star du baseball majeur : entre 1949 et 1955, il est retenu pour le match des étoiles. Avec les Indiens, il lutte avec les Yankees de New York de Di Maggio et Berra. Doby mène la ligue pour les points marqués, les circuits et la puissance en 1952. Il est également un des leaders de l'équipe dans le vestiaire. En 1954, la meilleure saison régulière des Indiens, il frappe 32 HR et produit 126 points, les meilleurs totaux de la ligue mais il termine deuxième du scrutin au MVP derrière l'inamovible receveur des Yankees (Yogi Berra). Cette année-là, Cleveland est nettement favorite contre les Giants de New York mais la réception de Willie Mays contribuera à couler la franchise de l'Ohio, qui s'écroule 4-0.

Fin de carrière (1955-1962).

A la fin de la saison 1955, il est échangé aux White Sox de Chicago, de Bill Veeck encore, où il joue deux saisons. Son niveau est encore élevé mais ses statistiques déclinent peu à peu. A l'hiver 1957, il est échangé aux Orioles qui l'échangent aux Indians au début de la saison 1958. Son retour à Cleveland se fait dans une franchise qui commence sa descente aux enfers. Le déclin est cette fois plus prononcé. En 1959, il joue à Detroit et encore aux White Sox. Le 26 juillet de cette année, il dispute son dernier match dans le baseball majeur.

En 1962, Doby tente une expérience au Japon, aux Chunichi Dragons. Il est le troisième américain à jouer dans la NPB. A la fin de l'année il se retire.

Une reconnaissance tardive.

Après sa carrière, Doby ouvre un bar. Contrairement à Jackie Robinson, il ne voulut pas faire de son histoire un engagement politique particulier. Mais il ne quitte pas le baseball : il devient entraîneur pour les Expos de Montréal en 1971 mais on ne lui donne pas sa chance. En 1978, il devient manager des White Sox de Chicago en remplacement de son ancien équipier aux Indians Bob Lemon. L'histoire est encore pleine d'ironie : il est le deuxième noir à diriger une équipe du baseball majeur. Le premier était un Robinson mais Frank, c'était en 1975 et pour les Indians là-aussi et toujours nommé par Bill Veeck. L'expérience tourne court car il ne dirige que 87 fois les White Sox (37-50) pour terminer une saison mal engagée.

Doby resta actif car il devint porte-parole des anciens joueurs. Mais la reconnaissance se fait attendre. En 1997, la MLB célèbre le cinquantenaire de l'entrée de Robinson et Doby dans le baseball majeur. Doby parut alors ignoré : si on retira le numéro 42 de l'ancien Dodger de Brooklyn, on ne mit pas en avant le numéro 14 des Indians, qui était pourtant entré dans le circuit majeur que 3 mois plus tard. Doby effectua le lancer protocolaire au All-Star Game de 1997 (le 8 juillet) qui se déroula à Cleveland. L'année suivante, il est élu par un comité au Hall of Fame. Les Indians avaient devancé la reconnaissance de Doby : ils ont retiré son numéro 14 en 1994.

Le 8 juillet 1997, Larry Doby est acclamé à Cleveland au moment du lancer protocolaire du All-Star Game. Les Indians ont été pionniers dans les changements majeurs dans le monde du baseball grâce à Bill Veeck en particulier, qui fit signer Larry Doby.



Malade, Doby se retira des affaires du baseball. Il est atteint d'une tumeur cancéreuse et subit l'ablation d'un rein en 1997. En 2001, son épouse meurt du cancer. C'est ce même crabe qui emporte Larry Doby le 18 juin 2003 à Montclair dans le New Jersey, dans sa 80ème année.

L'ombre de la lumière.

Bien entendu, l'Histoire ne retient que les premiers. Doby fut le second et pourtant, il a été un des meilleurs joueurs de la décennie qui a suivi la fin de la guerre. Mais autant que Jackie Robinson, Larry Doby a réussi à imposer la présence de joueurs noirs. Doby reste encore un des meilleurs joueurs ayant évolué au sein de la Tribu ; il a été un des premiers frappeurs afro-américain. Il a frappé 253 circuits en carrière, dont 215 pour les Indians (6è total pour la franchise).

Jackie Robinson (gauche) et Larry Doby. Les deux joueurs ont joué un rôle important dans l'histoire du baseball américain mais aussi dans l'histoire sociale et raciale des Etats-Unis. Si Jackie Robinson a incarné la franchise des Dodgers, au point de prendre sa retraite quand elle a quitté Brooklyn pour Los Angeles, il a aussi mené activement la lutte pour l'égalité raciale.


Cette reconnaissance a désormais franchi un autre palier aujourd'hui : Cleveland a décidé de rebaptiser une de ses rues au nom de Larry Doby, située derrière le champ gauche du Progressive Field et à côté d'une avenue nommée Eagle Avenue, comme le nom de sa première équipe professionnelle.

La plaque de Larry Doby à Cooperstown au Hall of  Fame.
Les statistiques de Doby ne lui ont pas permis de mériter naturellement son intronisation mais
l'apport du joueur dans l'histoire de la MLB a finalement été reconnue en 1998.
Timbre émis par la poste américaine qui sera émis à partir du 21 juillet 2012. Larry Doby est un des quatre joueurs qui fait partie de la série que l'US Postal publiera ces prochains jours.



10 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Et tout ça n'est pas si ancien...

Tarswelder a dit…

Non. C'est tout un pan de l'histoire des Etats-Unis qui passe par cette histoire.

Gin Tonic a dit…

Oui, et c'est très intéressant.

Tarswelder a dit…

Il reste qu'un grand joueur noir n'a jamais joué en MLB. Il s'appelle Josh Gibson. On surnommait Babe Ruth le Gibson blanc, c'est dire.

Gin Tonic a dit…

Il me semble que tu en avais parlé un jour. Dans l'article sur Babe Ruth peut-être ?

Tarswelder a dit…

Oui sans doute. Mais je n'ai jamais écrit dessus.

Gin Tonic a dit…

Pas écrit dessus oui.
C'est le xxxx blanc (me rappelais pas le nom bien sur) à propos de Babe Ruth qui m'a évoqué quelque chose.

OAL a dit…

Bonjour à tous, je ne sais pas si ce messsage apparaîtra, ça va faire 3 fois que j'essaie. Bon, s'il apparaît...eh bien, tant mieux ! Je m'arrête là pour l'instant, ça fait 3 fois que j'écris des tartines et que JE perds tout mon texte. Bouuhhh !!!

A +

Gin Tonic a dit…

Bonjour,
Ce coup ci il est passé.

Tarswelder a dit…

Bonsoir OAL,

Désolé mais ce sont les caprices de l'identification.