jeudi 8 mars 2012

Portrait en noir et blanc Capablanca.


Le 8 mars 1942, il y a exactement 70 ans, disparaissait celui qui était considéré comme le plus grand génie de l'histoire des Échecs. Bien qu'il n'ait été que 6 ans champion du monde, José Raul Capablanca a marqué de son empreinte toute une époque, par la légèreté de son jeu et la force de son talent naturel.






L’enfant prodige (1888-1905).

Capablanca et son père alors qu'il a quatre ans



Jose Raul Capablanca y Graupera est né à La Havane le 19 novembre 1888. Il est le fils d’un officier de l’armée espagnole (Cuba était une colonie espagnole avant la guerre hispano-américaine qui permit à l’île de devenir indépendante en 1902).
L’histoire de sa découverte du jeu d’Echecs est probablement légendaire. On raconte qu’il apprit la marche des pièces en observant son père et d’autres joueurs alors qu’il n’a que quatre ans. On raconte aussi que ses progrès furent fulgurants alors qu’il n’avait pas ouvert le moindre livre. Ce qui est remarquable dans son jeu c’est la précision et l’absence d’erreur. Comme l’écrivait le tchèque Richard Réti, les Echecs sont sa langue maternelle car il a appris très tôt le jeu.
A huit ans, il entre au club de La Havane et devint rapidement un très fort joueur malgré son jeune âge et les contraintes imposées par le médecin de famille. Sa force était telle qu’il affronta le champion de Cuba Juan Corzo en match en 1901. Le jeune joueur âgé de 13 ans crée la sensation en battant le champion. Malgré la perte des deux premières parties, l’adolescent  s’impose par 7 points à 6 (4 victoires à 3 et 6 nulles). L’année suivante, il ne termine que quatrième du championnat national (le premier de l’Histoire du pays).

Les débuts de la carrière professionnelle (1905-1910).
En 1905, Capablanca partit pour New York pour poursuivre ses études de chimie. Il joua même au baseball, à l'université de Columbia où il évolue à l'arrêt-court. Il intègre le prestigieux Manhattan Chess Club. Il rencontre pour la première fois le champion du monde Emmanuel Lasker et le bat dans une partie rapide.
Un mécène avait payé ses études mais le Cubain n’a jamais montré beaucoup de motivation à travailler dur. Chez lui tout devait être aisance et facilité. Dans le travail universitaire cela ne suffit pas et le mécène coupa son soutien. En 1908, Capablanca embrasse la carrière de joueur professionnel.

Capablanca (troisième debout à partir de la gauche), avec l'uniforme de l'équipe de baseball de l'université de Columbia. Le baseball est le sport numéro un à Cuba. Capablanca fera des Echecs le sport numéro deux. Battu en 1927 lors du championnat du monde, le Cubain déclara plus se souvenir des 60 home runs frappés par Babe Ruth cette année-là que de sa carrière la même année.


Pour faire parler de lui, le Cubain multiplie les exhibitions en parties simultanées (qui rapportent aussi de l’argent). Sur plus de 600 parties, Capablanca obtient 96% des points possibles. La réputation du champion grandit. Elle arrive aux oreilles du grand champion américain Frank James Marshall. Celui-ci, gentleman parmi les gentlemen, voulait se refaire après une tournée européenne décevante et affronta en match le jeune espoir qu’il comptait bien mater. Pour Capablanca c’était la première vraie confrontation contre un champion de l’élite mondiale (Marshall a été candidat au titre mondial en 1907). Las, la surprise est totale : Capablanca écrase Marshall, qui il est vrai n’a jamais été un bon joueur de match : 8 victoires, 14 nulles et 1 défaite. L’Américain n’en prend pas ombrage loin de là et va soutenir activement l’entrée du Cubain dans le monde des grands tournois européens. Sa victoire s’explique par la simplicité de son style : il ne cherche pas les complications comme son adversaire, joue simplement et logiquement, accumule les avantages et les exploite habilement. Bref tout le contraire d’un Marshall qui s’ennuyait dans les positions où rien de concret ne pouvait se produire.

Frank James Marshall (1872-1944). Fondateur du célèbre Marshall Chess Club et surtout un joueur très populaire par son style sans compromis. Ecrasé par Capablanca lors de leur match en 1909, il n'en voulut pas à son adversaire et imposa sa présence aux organisateurs du tournoi de Saint-Sébastien en 1911. Il a eu raison.



Pendant ce temps, Capablanca effectue une tournée en Amérique du Sud et brille, notamment à Montevideo. Il est sur la pente ascendante et son étoile commence à briller de plus en plus. . Sa victoire au tournoi de l’Etat de New York en 1910 avec un score parfait (7/7) lui ouvre les portes de l’Europe.
De la révélation au candidat au titre mondial (1911-1914).

Capablanca vers 1910


Marshall força l’invitation de Capablanca au grand tournoi de Saint Sébastien qui se déroule en février 1911. La haute estime de l’Américain se prouve par le fait qu’il a fait dépendre sa propre participation de la présence du Cubain. Joueur spectaculaire, populaire et créatif, Marshall a obtenu gain de cause. Capablanca ne le démentit pas.  A la surprise générale, il remporte cette très forte épreuve (tous les meilleurs sauf Lasker sont présents) : il marque 9,5 points sur 14 et ne perd que contre Akiba Rubinstein, le candidat au titre mondial le plus sérieux alors. Là encore son style simple, apparemment sans vigueur, s’exprime à merveille. Mais sa combativité et surtout sa science en fin de parties font aussi beaucoup de dégâts. Par exemple contre David Janowski, il subit pendant trente coups une attaque terrible de son adversaire mais sa ténacité a raison des nerfs du Franco-polonais qui craque alors qu’il allait conclure. Finalement une combinaison finale donne la victoire au Cubain.


Le commentaire en vidéo de la partie Capablanca Janowski. Un combat monumental.

Capablanca multiplie les exhibitions en Europe et en Argentine. Il revient aux Etats-Unis où Marshall le devance cette fois dans un tournoi à New York. En 1911, le Cubain sûr de lui lance un défi à Lasker. Ce dernier impose 17 conditions presque inacceptables, façon de répondre au jeune loup qu’il devra attendre son heure.
La rivalité Marshall-Capablanca dans le Nouveau Monde est aussi palpitante que parfaitement correcte. Capablanca s’impose à New York en 1913 mais l’Américain prend sa revanche à La Havane la même année. Après sa victoire sur le héros local, Marshall entendit le public s’agiter. Il crut qu’il allait le lyncher pour avoir battu leur champion mais c’était en fait pour l’acclamer.
L’Amérique n’était pas le terrain idéal pour s’affirmer encore. Il fallait jouer en Europe. D’autre part, la jeune république cubaine trouvait en Capablanca un représentant idéal pour faire parler d’elle. Elle le nomma attaché à l’ambassade à Saint-Petersbourg puis au ministère des Affaires Étrangères. La seule arme diplomatique était de participer aux compétitions et de les gagner. De plus le Cubain était fort bel homme, raffiné et cultivé. Il était aussi polyglotte (il avait quelques lointaines racines françaises). Pendant son premier séjour en Russie, il joua et battit plusieurs forts joueurs dont un jeune espoir de 21 ans, Alexandre Alekhine.


En 1914, le club de Saint-Petersbourg organisa un très fort tournoi. Les meilleurs joueurs du monde étaient invités dont Lasker, qui faisait son retour à la compétition depuis sa victoire en 1910 contre Janowski. Onze joueurs participent à cette compétition qui se déroule en avril-mai 1914. Capablanca domine le tour préliminaire avec 8/10. Lasker est à 1,5 points alors que Rubinstein est éliminé à la surprise générale. Mais dans le tour final, Lasker le rattrape peu à peu. Le champion du monde résiste ardemment avec les Noirs et fait nulle après 100 coups. Puis Capablanca est victime de « l’effet horizon ». En jouant trop pour la nulle, alors qu’il est en tête, il est négligeant dans une position équilibrée et commet plusieurs erreurs avant de perdre contre l’Allemand. Le lendemain, Capablanca perd encore contre Tarrasch et doit se contenter de la deuxième place. Certes il n’a pas gagné le tournoi mais il a au moins imposé son rang de numéro deux mondial.

Capablanca contre Lasker au tournoi de Saint-Petersbourg en 1914. Dans cette partie, le Cubain imposa une pression terrible mais Lasker obtint la nulle après 100 coups joués. C'est pourtant le champion du monde qui remporte le tournoi après un finish étourdissant et une victoire célèbre contre son jeune adversaire.


Après le tournoi de Saint-Pétersbourg, Capablanca accepta le protocole qui définissait les règles pour affronter Lasker en match. Mais la guerre en décida différemment. Capablanca retourna peu avant en Amérique.

L’ "Invincible" (1914-1921).

L’activité échiquéenne sommeilla en Europe au cours de la Grande Guerre mais aux Etats-Unis les tournois continuaient. Certains Européens comme Janowski ou Edward Lasker s’étaient installés là-bas en attendant le retour de la paix. Capablanca  assure une nouvelle fois sa domination : en 1915, il gagne avec 13/14 un tournoi à New York (il bat tout le monde sauf Marshall avec qui il annule les deux parties). Il survole le tournoi Rice en 1916 : 12/13 au premier tour mais « seulement » 2/4 au tour final (il gagne quand même avec 3 points d’avance sur Janowski). Il s’incline contre Oscar Chajes mais c’est la dernière défaite avant longtemps.
Toujours à New York en 1918, Capablanca gagne le tournoi du Manhattan Chess Club (10,5/12) devant le Serbe Boris Kostic. A l’occasion il doit affronter une arme surprise de son vieux rival Marshall : un sacrifice de pion dangereux (même encore aujourd’hui) mais la formidable intuition du Cubain lui permet de repousser l’attaque et de remporter la partie.

Capablanca contre Marshall et son sacrifice audacieux.


La guerre terminée, les tournois reprennent lentement. Capablanca affronte d’abord Kostic en match à La Havane. Il raconte qu’il a ouvert pour la première fois des livres d’ouverture car son adversaire était connu pour sa connaissance encyclopédique. De même il le fit lorsqu’il donna quelques cours à une jeune fille. Contre Kostic la différence ne se fit pas dans le début (Capablanca traitait les ouvertures sans ambition particulière, n’éprouvant pas l’envie de les travailler) mais dans le jeu et les finales. Au final, 5 parties et 5 victoires.
Puis le revoilà à Hastings pour le Tournoi de la Victoire. Il bat tout le monde et annule avec Kostic, c’est un triomphe (10,5/11). Après une tournée d’exhibitions en Angleterre, en France et en Espagne, il retourne à Cuba. Il lance officiellement un défi à Lasker pour le championnat du monde. Lasker ruiné et dépressif renonça d’abord à défendre ses chances et déclara céder son titre sans combat. Mais pour Capablanca, ce n’était pas acceptable. Soutenu financièrement, il proposa une bourse de 20000 $ à Lasker qui en touchera les deux tiers quelque soit le résultat final. Contraint par les exigences, Lasker accepta de partir pour La Havane.
La rencontre débute au mois de mars 1921 et est prévue en 24 parties maximum. Après 4 parties nulles, Capablanca remporte la cinquième, puis après quatre autres nulles gagne les parties 10 et 11. Le challenger gagne encore la quatorzième partie. Mené 4-0, malade à cause du climat tropical auquel il n’est pas habitué, Lasker demande à jouer le match aux Etats-Unis. Capablanca refuse, Lasker décide alors d’abandonner le match pour des raisons de santé.  Capablanca a mis fin à un règne de près de 27 années.


Capablanca et Emmanuel Lasker à Moscou en 1925. Les deux joueurs annuleront et se contenteront des accessits derrière Bogolioubov qui remporte le premier tournoi majeur de l'URSS.


Champion du monde (1921-1927).

Bien qu’auréolé du titre mondial, le Cubain ne change pas ses habitudes.  Il se marie (il a deux enfants dont Jose Raul Jr, un avocat qui servira d’intermédiaire lors du mémorial dédié à son père en 1965 quand Fischer disputa ce tournoi par télex) et débarque à Londres pour le grand tournoi de 1922. Dans une forme éclatante, le champion de 33 ans gagne facilement le tournoi (13/15 soit 1,5 point devant Alekhine qui est lui aussi invaincu). La même année, il donne une simultanée géante à Cleveland. Il gagne 102 des 103 parties, l’autre est nulle.
En 1924, il redescend dans l’arène pour le fort tournoi de New York. Lors de la cinquième ronde, il est battu par le Tchèque Richard Réti. L’Invincible ne l’est plus après 8 années et  1 mois sans défaite. En retard au premier tour, il revient sur Lasker qu’il bat au début du deuxième tour mais l’Allemand réussit un finish étourdissant et repousse le Cubain à 1,5 point (16 contre 14,5 points). Le vieux lion n’est plus champion du monde, il n’a probablement plus envie mais il mord encore. Par contre les challengers potentiels de Capablanca (Alekhine, Bogolioubov notamment) sont derrière. En 1922, Capablanca a imposé un protocole pour tous ceux qui veulent le défier.


Sa célèbre victoire contre Tartacover en 1924 dans une finale de tours demeurée un classique

Capablanca ne reparaît pas dans les grands tournois avant novembre 1925 et celui de Moscou. Mais là aussi il subit une nouvelle déception. Il est devancé par Bogolioubov (malgré le fait de l’avoir battu) et Lasker. Un mauvais départ (deux défaites contre les meilleurs joueurs russes de l’époque hors Bogolioubov) l’a pénalisé mais une belle fin de tournoi lui permet d’atteindre l’accessit. Il apparaît en vedette dans un petit film ‘La fièvre des échecs’ (Voir deuxième opus sur l’histoire des Echecs).



Certes, personne ne conteste le titre de Capablanca mais deux forts tournois joués sans victoire, ce n’est pas acceptable pour celui qui avait tout gagné. En 1926, il gagne sans forcer à Lake Hopatcong avec 6/8.

En avril 1927, New York accueille à nouveau un très fort tournoi. Il doit déterminer le futur adversaire de Capablanca mais curieusement, ceux qui l’ont devancé ou battu ne sont pas invités. Avec 14 points sur 20, Capablanca écrase la concurrence : Alekhine, qui a perdu une partie et annulé trois fois avec le champion du monde, termine deuxième. Il est désormais le challenger et la
 rencontre est prévue pour l’automne 1927 à Buenos Aires.


La perte du titre (1927).

Capablanca est largement donné favori du match. Jamais Alekhine n’a battu le champion du monde en douze parties (4 victoires et 8 nulles). Capablanca est au sommet de sa gloire et ne pense pas que le Russe, qui obtiendra la nationalité française en fin de match, le batte. Certains pensent même qu’Alekhine ne gagnera pas une seule partie alors qu’il en faut six pour devenir champion du monde.

Couverture du livre consacré au match Alekhine-Capablanca en 1927, écrit par Ilyn-Genevski et publié en URSS.


Le choc est donc immense quand Alekhine gagne avec les Noirs la première partie. Capablanca est bousculé mais se ressaisit. Il gagne assez nettement les parties 3 et 7. Tout revient dans l’ordre. Un des tournants du match se situe dans les parties 11 et 12. Au terme d’un affrontement mémorable, Capablanca perd la 11ème puis manque une occasion de renverser la douzième partie après une erreur d’Alekhine. Ce dernier retourne la situation : de 1-2 il mène 3-2. Capablanca n’a pas l’intention de changer de style : apparemment sans agressivité et toujours en essayant d’user les nerfs de son adversaire. C’est pourtant lui qui refuse une nulle trop rapide et qui commet des erreurs qui lui coûtent une défaite rapide dans la partie 21. Il sauve de justesse la partie 22, « Capa », la machine à jouer aux échecs comme on l’aimait le surnommer, est déréglée.
Le champion du monde se reprend mais manque deux gains dans les parties suivantes. Il vient pourtant, enfin, à bout des nerfs d’Alekhine dans une finale nulle et se relance après sa victoire dans la 29ème partie (3-4). Mais il perd la 32ème et le moral le brise. Malgré une résistance acharnée, il paie ses imprécisions dans le milieu de jeu de la 34ème partie et concède une sixième victoire. Alekhine devient contre toute attente champion du monde, presque même contre son avis. C’est en français que l’ex-champion du monde signifie son abandon à l’interruption de la partie et félicite son adversaire dans sa lettre de résignation.

Ex-champion du monde (1928-1935).

Dans un premier temps, Capablanca a mal réagi à cette perte. Des déclarations peu objectives dans le New York Times, disant qu’il était meilleur, ont l’effet contraire. Mais il est vrai qu’Alekhine a beaucoup appris du Cubain mais a démontré que la force légendaire de ce dernier en finale était exagérée. D'autre part, Capablanca aurait cherché à interrompre le match qui s'éternisait.  Peu après sa défaite,  il demande la revanche mais il remet en cause le protocole de Londres qu’il a lui-même imposé. Les négociations sont rompues avec Alekhine. Les deux joueurs se détestent désormais et s’évitent prudemment. Durant cette période, Capablanca se sépare de son épouse et se remarie avec une Russe, Olga, en 1934.


Capablanca, qui s’est installé à Paris au début des années 1930, décide alors de se montrer davantage pour forcer un match revanche. Il est deuxième à Bad Kissingen en 1928, gagne à Budapest et Berlin la même année. En 1929, il l’emporte à Ramsgate devant la championne du monde Vera Menchik. Il gagne à Budapest encore puis à Barcelone (une nulle pour 13 victoires) et Hastings ; mais une gaffe incroyable contre Rudolf Spielmann (une pièce perdue au 9ème coup) lui coûte un succès à Carlsbad où il est deuxième après Nimzovitch. Il produit pourtant ce qu'on appelle son chef d'oeuvre contre le Tchèque Karel Treybal.




Capablanca contre Treybal



L’hiver 1930 le voit second à Hastings encore derrière Euwe alors qu’il perd contre l’Indien Sultan Khan, l’année suivante, il gagne à New York, bat Euwe en match (2 victoires et 8 nulles). Il observe une période de retraite pendant presque deux ans. Capablanca essaie à tout prix d’organiser un match revanche contre Alekhine mais ce dernier durcit les conditions et la crise économique l’empêche de réunir les fonds nécessaires. Ce n’est que fin 1934 que le Cubain reparaît toujours à Hastings où il termine quatrième.



Le déclin (1935-1942).



L’ex-champion du monde connaît à partir de ce moment-là une période plus difficile. Ses adversaires sont mieux préparés, alors que lui continue de ne pas trop prêter attention aux débuts de partie. De plus, il n’inspire plus la crainte, arme fatale des champions ; sa force en finale est encore reconnue mais il n’arrive plus à faire la décision aussi souvent qu’il le faisait avant.
Capablanca se retrouve à Moscou en 1935. Il termine quatrième derrière Flohr et Botvinnik, co-vainqueurs, et Emmanuel Lasker (3ème à 66 ans) qui le bat dans une belle partie. Une mauvaise humeur certaine le fait prolonger de 20 coups une partie perdue depuis longtemps. A Margate, il termine deuxième mais perd contre le vainqueur l’Américain Reshevsky.

En 1936, Capablanca prend sa revanche à Moscou. Il gagne magnifiquement (13/18) et donne l’impression de retrouver la forme de la grande époque. Celle-ci est confirmée quelques mois plus tard à Nottingham où il gagne avec Botvinnik (10/14) et devance tous les champions du monde (Euwe, Alekhine, Lasker). Il affronte le Français pour la première fois depuis leur match et le bat dans une partie où la tension était palpable (avec un incident en fin de session).





Capablanca contre Botvinnik en 1936.

C’est malheureusement le champ du cygne. En 1937, Capablanca termine certes troisième à Semmering-Baden. Il gagne un petit tournoi en 1938 à Paris. A l’automne, il participe au tournoi de la radio néerlandaise AVRO. C’est le vétéran du tournoi et il supporte mal les nombreux déplacements (les joueurs jouaient tous les jours dans une ville différente) : il est victime d’une attaque en cours de tournoi ce qui explique en partie sa performance. Il réalise le plus mauvais tournoi de sa carrière : il marque 6 points sur 14, termine avant-dernier et subit une lourde défaite contre Alekhine en plus d’un magnifique sacrifice de Botvinnik.
L’année 1939 le voit terminer deuxième en Angleterre, où il a eu de bons résultats, derrière Kérès puis il participe à l’Olympiade de Buenos Aires en août de la même année. Il obtient le meilleur résultat au premier échiquier (8/10) tandis que Cuba termine 9ème sur 15 de la finale gagnée par l’Allemagne.


Capablanca (droite) contre Moshe Czerniak, de l'équipe de Palestine, lors des Olympiades de 1939, disputées à Buenos Aires. Le Cubain remporte la médaille d'or individuelle. C'est sa dernière compétition : ses problèmes d'hypertension et la guerre -qui éclate pendant la compétition- le contraignent à la retraite.





La guerre ruine tous ses espoirs. On parlait d’un match contre Kérès, d’un autre contre Euwe et éventuellement contre Alekhine. De tout ça rien n’est venu. La carrière de joueur professionnel ne suffisait plus à vivre convenablement. La vie d’oisif ou presque, de séducteur aussi laissa celle à un attaché commercial à New York. Le 7 mars 1942, alors qu’il observait des parties au Manhattan Chess Club, Capablanca s’effondre. Il est victime d’une hémorragie cérébrale liée à une hypertension. On le transporte à l’hôpital du Mont Sinaï, là ou un an et deux mois plus tôt Emmanuel Lasker avait rendu l’âme. Il décède le lendemain alors qu’il était âge de 53 ans (chose étonnante Alekhine mourra également au même âge 4 ans plus tard). Une semaine plus tard, son corps est enterré à La Havane.







Les funérailles de Capablanca. Il était et est encore considéré comme un héros à Cuba.
Alekhine dira que le monde des Echecs a perdu celui qui a été son joueur le plus génial.



Capablanca et son héritage.



Le Cubain était avant tout un joueur. Son apport en matière théorique reste négligeable. Une variante du gambit de la Dame lui est attribuée incorrectement mais il l’a souvent joué en particulier dans son match contre Alekhine. Capablanca n’a pas laissé un grand héritage littéraire : un livre de tournoi ou sur son match de 1921 même si ses leçons Chess Fundamentals et My Chess Career sont considérés comme des livres importants. Il a donné à la fin de sa vie des leçons à la radio. On soulignera toujours la concision de son commentaire qui révèle sa façon de penser. Peu de variantes beaucoup d’observations. Et comme ultime héritage, il fit cadeau à sa femme Olga d'une partie, jouée contre Tartacover en 1938, en lui disant qu'elle lui vaudra un bijou. Cette partie n'est connue que récemment, après que sa veuve ait cherché à monnayer sa publication 10 000 $.

Capablanca est surtout célèbre par ses petites combinaisons. Des suites de coups bien calculés mais pas forcément très longues. Elles ne sont pas toujours très spectaculaires mais sont toujours correctes et rapportent souvent un gain matériel, plus qu’un mat, que le Cubain repérait parfaitement même avec peu de matériel. Sa force en finale était redoutée même si on sait que ses adversaires auraient pu mieux jouer. Mais sa réputation agissait comme un choc, même pour un Alekhine qui s’est demandé comment il avait battu le champion du monde. Plusieurs de ses finales sont entrées dans les classiques. Contre Yates en 1929, il parvient à gagner une finale théoriquement nulle. Contre Treybal, il force l’ouverture d’une position bloquée de manière presque miraculeuse.



La conception de Capablanca était d’un classicisme presque absolu. Ne pas se laisser entrainer dans les complications même s’il pouvait s’en sortir. Exploiter tous les avantages minimes soient-ils, ce qui au fil du temps ne suffisait pas pour gagner. Capablanca n’a jamais été un grand travailleur, laissant son talent naturel brut. Son autre grande particularité a été la grande difficulté à le battre. Sur plus de 578 parties officielles il n’en perdit que 36. Seuls Alexandre Alekhine (7 fois), Emmanuel Lasker (2 fois) et Rudolf Spielmann (2 fois) ont pu remporter plus d’une partie. Seuls les Russes Verlinsky et Ilyin-Genevsky et l’Indien Sultan Khan ont un bilan positif contre lui : mais il faut admettre qu’ils n’ont joué qu’une seule partie contre lui et l’ont battu. Tous ceux qui ont joué au moins deux fois n’ont pas mieux que 50% de victoires.

Il pensa aussi que le jeu avait perdu ses secrets et qu’il allait mourir à terme. Il proposa de rajouter deux pièces à l’échiquier. Mais sa défaite contre Alekhine signifia aussi que la richesse du jeu actuel était loin d’avoir été épuisée. Cependant, Bobby Fischer lui-même reconnut qu'il était plus proche du style du Cubain que du Franco-russe (ce qui était vrai), bien que son approche du jeu ait été résolument différente.

Capablanca est un héros à Cuba. Chaque année un festival lui est dédié, le mémorial Capablanca. Le plus célèbre s’est joué en 1965 quand Bobby Fischer, empêché par l’embargo américain, disputa le tournoi par télex.


Vous pourrez trouver d'autres vidéos consacrées à des parties de Capablanca sur ma page dailymotion :


Parties commentées par tarswelder.

5 commentaires:

Gin Tonic a dit…

Je relirais tranquillement ce soir.
Ainsi que tous les liens.

Gin Tonic a dit…

Une bio que je relis toujours avec plaisir.
Pour tous les liens, ce sera ce WE, entre 2 matchs de rugby.

Tarswelder a dit…

T'en as un paquet. Sans compter tout le reste...

Gin Tonic a dit…

Ben oui, c'est pour ça que je vais attendre le WE !

Tarswelder a dit…

Avec tout ce qu'il y a, je te conseille les RTT !